Energies Marines
Le chantier du champ éolien de Saint-Nazaire est lancé

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Le chantier du champ éolien de Saint-Nazaire est lancé

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« Si la société toute entière s’exprimait comme les gens réunis aujourd’hui, quel bonheur ce serait ». Claude d’Harcourt, préfet de Loire-Atlantique et des Pays de Loire, était, hier, un des derniers intervenants lors de la cérémonie marquant le lancement officiel des travaux du futur champ de Saint-Nazaire. Autour de lui, plus d’une dizaine de personnes ont raconté le long chemin qui a abouti à la concrétisation du tout premier parc éolien offshore français, aujourd’hui porté par EDF-EN et le fonds canadien Enbridge.

Il y a d’abord Anne-Claire Boux, chef de projet Eolien en mer chez EDF-EN, qui a la voix pleine d’émotion quand elle parle de ces dernières années, des embûches, des attentes, de sa collègue qui a attendu trois heures Emmanuel Macron au salon de l’agriculture pour lui rappeler l’importance du champ et de l’éolien offshore, des échanges avec les pêcheurs et les élus locaux, et surtout « le soutien local », qui sera évoqué par tous les acteurs. Il y a aussi Béatrice Buffon, directrice général adjointe d’EDF-EN qui se souvient « de l’équipe d’une quinzaine de personnes quand cette aventure a commencé  avec l’appel d’offres en 2011 ». Aux côtés de Nass&Wind, les équipes d’EDF-EN ont vécu « embûches, moments intenses, rebondissements inattendus », dont le dernier majeur a sans doute été la renégociation de tarifs imposée par le gouvernement l’an passé. « La réussite vient d’un travail éminemment collectif, avec les acteurs locaux, les élus, les services des collectivités et de l’Etat, les pêcheurs et les associations environnementales avec qui nous avons bâti des relations constructives et une confiance réciproque ».

Le champ de Saint-Nazaire ne devait, logiquement, pas être le premier à être lancé. Mais pourtant, c’est bien lui qui inaugure la série issue du premier appel d’offres attribué en 2012. Pourquoi ? Peut-être en raison de cette unanimité locale, évoquée par tous. A commencer par José Jouneau, président du Comité régional des pêches, « participer à ce projet éolien offshore, nous avons considéré que c’était notre devoir citoyen ». Alors même que la pêche locale a été, forcément, impactée, le comité des pêches « à l’unanimité » a décidé de s’intégrer à la démarche de concertation. « On n’a pas toujours été d’accord, mais on a toujours réussi à trouver des compromis. Nous avons toujours prôné, dans le monde maritime ligérien, une approche constructive. Nous préférons être un vecteur de connaissance et d’information que des empêcheurs de tourner en rond. Et nous sommes contents de participer à la transition énergétique ».

Même son de cloche du côté des associations environnementales, comme Vert Pays Blanc et Noir, intégrée au réseau France Nature Environnement, dont le représentant, Jean-Max Estay, rappelle l’investissement « dès 2009 ». Présents à toutes les réunions locales sur le projet, les représentants de l’association ont dû beaucoup apprendre et « suivent de près » toutes les étapes de la mise en place du chantier. Gwenola Kervingant de Bretagne Vivante rappelle que la concertation autour du champ éolien a vu la mise en place d’une collaboration inédite entre son association et les sections de Loire-Atlantique et de Vendée de la Ligue de Protection des Oiseaux. Ensemble ils ont répondu au volet oiseaux marins et chauve-souris de la concertation. Des dizaines de milliers d’oiseaux et d’animaux comptés plus tard, les associations sont passées d’une « connaissance parcellaire » de cette faune en mer à « une expertise reconnue à l’échelle nationale sur les populations d’oiseaux marins ». « Notre objectif était aussi de faire progresser les connaissance et de comprendre la taille et les déplacements de ces oiseaux ». Mission accomplie puisque les associations sont désormais responsables de la mise en place des mesures de suivi de l’avifaune et des chauves-souris dans les dix années à venir. « La vigilance reste de mise mais nous poursuivons ce travail d’équipe que nous avons mené jusqu’ici ».

Evidemment, les élus ne cachent pas leur fierté d’être sur le territoire pionnier de cette nouvelle ère énergétique. David Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de l’agglomération, rappelle l’importance du « savoir-faire industriel local ». Les Chantiers de l’Atlantique, le port mais également Néopolia, une cohésion des acteurs locaux sur laquelle le projet a pu s’appuyer. « La Loire-Atlantique a une dette énergétique vis-à-vis de la France. Nous sommes dépendants à 90% de l’électricité du réseau national », souligne Philippe Grosvalet, président du Conseil départemental qui a lui-même, à une autre époque, milité contre l’implantation d’une centrale nucléaire au Carnet. L’élu est donc content de voir la transition énergétique en marche sur son territoire même s’il souligne qu’ « il n’est pas facile d’avoir l’adhésion de tous les citoyens, et notamment souvent des plus nantis ». Une position partagée par Yves Métaireau, maire de La Baule, qui reconnaît qu’il a pu voir des résistances notamment parmi ses administrés. Parmi les opposants au projet, on pouvait compter nombre de résidents secondaires de la région, auteurs d’un certain nombre de recours.

Mais le Conseil d’Etat a tranché en juillet dernier : les recours sont tous purgés. Place au concret. Dès cette fin d’année, RTE, en charge du raccordement du champ au réseau national, va commencer les travaux : « deux liaisons de 225.000 volts, 33 km sous la mer et 28 km sous terre », détaille Carole Pitou Agudo, déléguée régionale Ouest de RTE. Des travaux préparatoires de génie civil vont commencer dans les communes côtières de Saint-Nazaire, Montoir-de-Bretagne, Trignac et Prinquiau, où sera installé un nouveau poste terrestre. La jonction des câbles terre-mer se fera sur la plage de la Courance. 

En 2020, ce sera la pose du câble proprement dite, le raccordement vers RTE et la future sous-station construite par les Chantiers de l’Atlantique. Les câbles seront fournis par Seamec, une filiale de Prysmian et posés par LD Travocéan (filiale de Louis Dreyfus Armateurs) Ensuite ce sera la pose des fondations construite par Eiffage et posé par SDI, la filiale française de DEME qui s’occupera également de la sous-station. Enfin, ce seront les 80 turbines Haliade 150 de 6 MW, construite par GE Saint-Nazaire qui seront installées à partir de mars 2022 par le navire Vole-au-Vent de Jan de Nul. La production devrait démarrer à la fin de l’année 2022. La production électrique couvrira environ 20% des besoins du département de Loire-Atlantique.