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Le Charles de Gaulle rentre à Toulon avec les honneurs

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Le Charles de Gaulle rentre à Toulon avec les honneurs

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C'est dans une émouvante ambiance de retrouvailles et avec les félicitations des plus hautes autorités de l'Etat, que le porte-avions Charles de Gaulle a regagné Toulon le 12 août. Accueilli en rade par une nuée de petits bateaux et les jets d'eau des remorqueurs, le grand bâtiment s'est dirigé vers les appontements Milhaud, où une imposante foule, constituée des familles de marins, attendaient les 1800 membres d'équipage. Epouses, maris, enfants, parents... La joie s'exprimait sur les visages, à l'heure de retrouvailles bien méritées après une longue absence (voir reportage photo à la fin de cet article).

La patrouille de France saluant le retour du CDG (© : ARMEE DE L'AIR)
La patrouille de France saluant le retour du CDG (© : ARMEE DE L'AIR)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Car le Charles de Gaulle, sur les 300 jours qui ont précédé son retour au port, en a passé 270 loin des côtes varoises. Il y a d'abord eu son déploiement pour la mission Agapanthe. Entre le 13 octobre 2010 et le 21 février 2011, le porte-avions et son groupe aéronaval, qui ont passé 94 jours en mer, ont croisé en Méditerranée, mer Rouge, océan Indien et golfe Persique, menant de nombreux exercices et participant à diverses opérations, comme le soutien aérien aux troupes engagées en Afghanistan. Puis, un mois seulement après son retour de mission, la Marine nationale battait le rappel pour, sur ordre du président de la République, que le fleuron de la flotte française gagne la Libye dans le cadre de l'opération Harmattan. Le 20 mars, le Charles de Gaulle appareillait donc de nouveau et, deux jours plus tard, son groupe aérien embarqué (GAE) commençait ses opérations dans le ciel libyen pour protéger les la population et les insurgés des attaques des forces fidèles au colonel Kadhafi.

Rafale au catapultage sur le Charles de Gaulle  (© : EMA)
Rafale au catapultage sur le Charles de Gaulle (© : EMA)

SEM à l'appontage sur le Charles de Gaulle  (© : EMA)
SEM à l'appontage sur le Charles de Gaulle (© : EMA)

2380 catapultages et appontages lors de l'opération en Libye

Avec 10 Rafale Marine, 6 Super Etendard Modernisés, 2 Hawkeye et plusieurs hélicoptères, le Charles de Gaulle a connu un rythme d'activité très soutenu en Libye. Le GAE, limité à environ la moitié de la capacité d'emport maximale du porte-avions, a été intelligemment dimensionné pour, à la fois, remplir les missions confiées dans le cadre d'un conflit de moyenne intensité, tout en permettant à la force de tenir dans la durée, en tenant compte des contraintes liées au personnel et au matériel. En tout, 2380 catapultages et appontages ont été réalisés durant Harmattan, les appareils du GAE menant notamment à bien 770 sorties d'attaque au sol (avec deux avions à chaque sortie) et 356 sorties de reconnaissance (un appareil à chaque sortie). L'ensemble a représenté quelques 3600 heures de vol sur le théâtre, pour moitié de nuit. Très sollicité, le bâtiment a, quant à lui, parcouru entre le 20 mars et le 12 août quelques 40.000 nautiques, soit l'équivalent de près de deux tours du globe, avec une période de navigation ininterrompue de 63 jours. En fait, les 146 jours d'opérations n'ont été entrecoupés que de 8 jours à quai, intervenus au cours de deux escales à La Sude en mai et juillet. Ces deux brefs arrêts en Crète ont, notamment, permis d'effectuer des interventions techniques, tout en embarquant du matériel et en assurant, le mois dernier, une importante relève d'équipage (340 marins).

Nicolas Sarkozy sur le CDG, le 12 août  (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - C. ALIX)
Nicolas Sarkozy sur le CDG, le 12 août (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - C. ALIX)

Nicolas Sarkozy sur le CDG, le 12 août  (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - C. ALIX)
Nicolas Sarkozy sur le CDG, le 12 août (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - C. ALIX)

« Vous avez démontré votre extraordinaire endurance »

Alors que l'unique porte-avions français a passé 9 des 10 derniers mois en mer, Nicolas Sarkozy, s'est rendu à Toulon pour saluer l'action du porte-avions et de ses marins. « L'aéronavale a joué un rôle essentiel (...) Grâce à vous, des milliers de victimes innocentes, qui auraient été massacrées par un dictateur fou, ont été évitées », a déclaré le président de la République. « Votre action a fait l'admiration de nos alliés. Vous avez détruit des centaines de véhicules, de chars, de pièces d'artillerie, de lance-missiles, de sites de commandement, de stations de communication, de dépôts de munition, de stations radar... Cette expérience acquise loin des côtes et sans terrain de dégagement, est extrêmement précieuse pour l'avenir et, là encore, nos faisons partie du cercle mondial très réduit des forces armées dotées de cette capacité ». S'exprimant devant une partie de l'équipage, rassemblé dans le hangar du Charles de Gaulle, le chef de l'Etat a également salué l'engagement et l'abnégation des marins, tout en insistant sur l'importance du groupe aéronaval. « Vous avez démontré votre extraordinaire endurance. Jour après jour, vous avez maintenu au meilleur niveau de disponibilité opérationnelle ce navire fantastique, le Charles de Gaulle. Ce défi militaire, c'est également un défi humain, technologique, logistique. Nos concitoyens doivent en avoir conscience. Très peu de nations sont capables de faire ce que vous avez fait. Se projeter loin du territoire national, combattre pendant de nombreuses semaines et au meilleur niveau opérationnel requière un savoir-faire, une technologie, une ténacité hors du commun. Durer à la mer est la caractéristique des vrais marins et des grandes nations maritimes. La France demeure ainsi un pays à vocation océanique, l'un des plus grands ».

Mirage 2000  (© : SIRPA AIR)
Mirage 2000 (© : SIRPA AIR)

Ravitaillement en vol de Rafale Air  (© : EMA)
Ravitaillement en vol de Rafale Air (© : EMA)

Complémentarité des moyens militaires

Souvent, et la plupart du temps injustement, brocardé pour des problèmes techniques, le Charles de Gaulle a, au large de la Libye, prouvé sa fiabilité et ses importantes capacités militaires. Attaques contre des objectifs terrestres ou navals, contrôle aérien, reconnaissance, déploiement de nouveaux matériels (missile de croisière Scalp EG, Armement Air-Sol Modulaire, pod Reco NG, nacelle Damoclès...) « Le satisfecit est total sur la façon dont les opérations se sont déroulées », se félicite-t-on à l'Etat-major des Armées, où l'on évoque l'intérêt de la « complémentarité des moyens militaires ». Complémentarité car cette opération fait intervenir des moyens très variés appartenant à la Marine nationale, à l'armée de l'Air et à l'armée de Terre. Ainsi, durant plus de trois mois, aviateurs et marins ont mené de front les opérations aériennes, chaque force assurant en moyenne la moitié des sorties. Alors que l'aéronautique navale intervenait depuis le Charles de Gaulle et des bases terrestres pour les avions de patrouille maritime Atlantique 2, l'armée de l'Air s'est déployée depuis ses bases métropolitaines et en Corse, avant de projeter ses appareils de combat à La Sude puis à Sigonella, en Sicile (les avions ravitailleurs et avions radars décollent toujours depuis la France). Puis l'armée de Terre est entrée dans la danse début mars, en engageant sur le territoire libyen un groupe aéromobile composé d'une vingtaine d'hélicoptères Tigre, Gazelle et Puma. Déployés au plus près des côtes depuis un bâtiment de projection et de commandement (d'abord le Tonnerre puis à partir de juillet le Mistral), les machines de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT) ont apporté une nouvelle capacité de frappe, très précieuse pour frapper les ennemis embusqués que l'aviation ne peut pas voir.

Gazelle sur le Tonnerre  (© : EMA)
Gazelle sur le Tonnerre (© : EMA)

Hélicoptères de l'ALAT à bord d'un BPC  (© : EMA)
Hélicoptères de l'ALAT à bord d'un BPC (© : EMA)

Les forces navales en première ligne

Quant à la marine, son rôle ne s'est pas, et loin s'en faut, limité au seul porte-avions. Frégates et avisos ont assuré la protection du Charles de Gaulle, tout en participant au contrôle de l'espace aérien et au respect de l'embargo maritime sur les armes. Mieux, les bâtiments de surface sont, pour la première fois depuis le Liban au début des années 80, intervenus directement, avec leur artillerie, contre des cibles terrestres. La frégate Courbet a, ainsi, neutralisé au canon de 100mm des positions kadhafistes près de Misrata, tout en déjouant à plusieurs reprises des raids nautiques, dont une opération de minage du port. En permanence, un sous-marin nucléaire d'attaque a également évolué sur zone, assurant la protection du groupe aéronaval, tout en menant discrètement certaines opérations, notamment de renseignement. La Libye a, de plus, conforté l'intérêt des BPC, plateformes polyvalentes pouvant mener des opérations de débarquement amphibie et de projection de forces héliportées , tout en servant d'hôpital et de centre de commandement flottants. Enfin, cette opération, menée dans la durée, n'aurait pas été possible sans une solide capacité de soutien logistique, assurée par les bâtiments de ravitaillement. Continuellement, ceux-ci ont assuré une noria entre Toulon et le groupe aéronaval, ravitaillant directement à la mer les navires en carburant, munitions et vivres, permettant ainsi aux unités de combat de regarnir leurs soutes sans quitter la zone d'opérations.

Le groupe aéronaval  (© : EMA)
Le groupe aéronaval (© : EMA)

la frégate Forbin près du Charles de Gaulle  (© : MARINE NATIONALE)
la frégate Forbin près du Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Tir au canon de 100mm  (© : MARINE NATIONALE)
Tir au canon de 100mm (© : MARINE NATIONALE)

Ravitaillement à la mer du Charles de Gaulle  (© : EMA)
Ravitaillement à la mer du Charles de Gaulle (© : EMA)

Le porte-avions, un outil indispensable

Dans ce conflit, le porte-avions a, une nouvelle fois, démontré toute son utilité. Certes, la Libye n'est pas un théâtre éloigné. Mais, si la zone d'intervention n'est pas située à l'autre bout de la planète, le Charles de Gaulle a offert une irremplaçable souplesse d'emploi qui, cumulée à sa puissante force de frappe (y compris nucléaire), en fait un outil militaire et diplomatique de premier rang. Aérodrome mobile aux capacités pouvant évoluer selon l'intensité du conflit, le bâtiment, capable de parcourir 1000 kilomètres par jour, a pu immédiatement gagner la zone d'opérations, au plus proche des objectifs, en profitant de la liberté de navigation qu'offre la mer. Cette capacité, sans équivalent dans la palette des outils militaires, a permis de soulager l'armée de l'Air. Contrairement à la marine, qui a la faculté de se déployer avec une liberté presque totale, les aviateurs ne peuvent en effet s'affranchir d'importantes contraintes, comme les autorisations de franchir des espaces aériens ou les négociations permettant d'utiliser des bases à proximité des théâtres. Il y a, de plus, un facteur temporel faisant qu'on ne déménage pas une base aérienne, avec avions, pilotes, soutien technique et logistique, aussi facilement qu'un porte-avions, conçu par définition pour se déplacer « au coup de sifflet » et de manière parfaitement autonome. En 2001/2002, l'opération Héraclès en Afghanistan avait déjà clairement démontré cet état de fait. Arrivé au large du Pakistan 16 jours seulement après son départ de Toulon (le 1er décembre 2001), le Charles de Gaulle envoyait ses avions contre les talibans dès le 19 décembre, alors qu'il a fallu aux aviateurs plusieurs mois pour négocier l'utilisation de bases dans les pays voisins et y projeter des moyens conséquents.

Mirage 2000 en Crète  (© : EMA)
Mirage 2000 en Crète (© : EMA)

Dans le cas d' Harmattan, même si l'armée de l'Air aurait sans doute pu, comme tenu de la « faible distance », gérer seule les opérations aériennes, l'intervention du Charles de Gaulle a sans nul doute permis de soulager les aviateurs. En « limitant » jusqu'au mois d'août son intervention, l'armée de l'Air a, ainsi, eu le temps de préparer au mieux le déploiement de ses escadrons au plus près de la Libye sans, entre temps, trop tirer sur son potentiel humain et matériel, le tout en réduisant les coûts. C'est, là encore, un parfait exemple de complémentarité. Jouant le rôle d'une « cavalerie légère », le porte-avions a pour lui sa rapidité d'action et sa souplesse d'emploi, souvent indispensables au début d'un conflit, en attendant que la « cavalerie lourde », à savoir l'armée de l'Air, ait le temps de déployer ses moyens, plus conséquents, permettant de mener durablement une activité intense. Et il en va de même pour une sortie de conflit, le porte-avions servant alors à couvrir le retrait des éléments lourds basés à terre.
Dans cette perspective, et alors que le nombre de crises à travers le monde ne semble pas en voie de diminution, il reste toujours à la France à solutionner un épineux problème : celui de la permanence de son groupe aéronaval, accessible uniquement via la construction d'un second porte-avions. Ce nouveau bâtiment doit compenser les indisponibilités techniques du Charles de Gaulle, et ainsi permettre à la France de pouvoir, en toute circonstance, déployer son groupe aéronaval. Il s'agit aussi de pouvoir poursuivre, même en cas d'opérations, les missions d'entrainement et de qualification des pilotes, essentielles pour maintenir le potentiel de l'aéronautique navale et s'assurer, sur une longue période, la disponibilité d'un personnel qualifié (plusieurs dizaines de jeunes pilotes sont d'ailleurs en attente de qualification depuis plusieurs mois). Enfin, le « PA2 », comme on l'appelle, ne serait pas un luxe pour permettre des relèves entre porte-avions et, ainsi, soulager un équipage et des familles qui, malgré leur abnégation et leur résistance, ont aussi leurs limites...

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Le retour du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
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Marine nationale