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Le chimiquier Gascogne détourné au large d’Abidjan

Le chimiquier Gascogne, appartenant à l’armement français SeaTankers et affrété par un client sud-coréen, a été, selon toute vraisemblance, attaqué puis détourné dans la nuit du 2 au 3 février, alors qu’il se trouvait au large du port ivoirien d’Abidjan. Il y a 17 marins à son bord. Le quai d’Orsay a confirmé dans l’après-midi d’hier qu’aucun ressortissant français ne se trouvait sur le Gascogne. D’après le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, les marins seraient de nationalité togolaise mais selon la capitainerie d’Abidjan, interrogée par l’Agence France Presse dans la soirée d’hier, l’équipage serait constitué de sept Togolais, quatre Béninois, deux Sénégalais, deux Ivoiriens, un Chinois et un Sud-Coréen.

Long de 119 mètres pour une largeur de 17 mètres, ce navire de 7000 tonnes de port en lourd, construit en 2004 et battant pavillon luxembourgeois, avait appareillé d’Abidjan dans la journée de vendredi dernier avec une cargaison de 3000 tonnes de gasoil. Il aurait ensuite effectué un transfert de cargaison – « ship-to-ship » - vers un autre navire au large. Puis, selon le colonel Bertin Koffi Tanno, directeur des Affaires Maritimes de Côte d’Ivoire, il aurait été détourné « à 139 kilomètres d'Abidjan, dans les eaux ivoiriennes, par une bande armée ». Toujours selon la même source, le navire serait actuellement au large du Nigeria. Alors que l’armement Sea Tankers n’a pu établir le moindre contact avec le pétrolier, le gouvernement français a indiqué n’avoir reçu aucune revendication. Le ministère de la Défense serait actuellement, selon Frédéric Cuvillier, « mobilisé ».

 

Un phénomène en recrudescence

 

Le mode opératoire ainsi que le type de navire visé font penser aux pratiques des pirates sévissant dans le golfe de Guinée depuis plusieurs années : des hommes armés montent à bord d’un navire-citerne transportant du produit raffiné -immédiatement exploitable à terre- détournent le navire puis le siphonnent avant de le libérer. Une attaque similaire a eu lieu mi-janvier, quasiment au même endroit, envers un pétrolier nigérian.

Ce phénomène de piraterie est en nette augmentation depuis l’année 2012 dans cette région à forte production pétrolière. Les attaques violentes, parfois accompagnées de prises d’otages, ont commencé par viser la flotte de navires de ravitaillement des plateformes pétrolières (Bourbon en a déjà été victime à plusieurs reprises), avant d’évoluer vers cette forme de vols de cargaisons. Parti du Nigeria, et plus particulièrement de la région du delta du Niger, le phénomène prend de l’ampleur puisque les attaques se font désormais bien plus à l’est, devant la Côte d’Ivoire.

Les autorités ivoiriennes ont avoué ne pas avoir de « de navires destinés à la surveillance de leur territoire maritime ». La France a une présence permanente dans la zone, via la mission Corymbe de la Marine nationale. Début janvier, l’amiral Jean-Pierre Labonne, commandant la zone Atlantique, indiquait qu’une « vigilance particulière sur les risques de piraterie de la zone » était exercée. Mais les moyens français déployés dans le secteur sont bien trop faibles pour assurer la protection de la zone, sans compter que ce n'est pas le rôle de la France. Seul un renforcement significatif des marines et garde-côtes des Etats riverains serait efficace.

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