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Le contrat des BPC russes officiellement signé

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Le contrat des BPC russes officiellement signé

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C'était champagne et vodka vendredi, à Saint-Pétersbourg, où le contrat portant sur la commande de bâtiments de projection et de commandement (BPC) destinés à la marine russe a enfin été signé. Après trois ans de négociations, parfois très dures, et un certain nombre d'effets d'annonces, ce projet devient donc réalité. Le contrat, évalué à plus de 1 milliard d'euros, a été signé par Rosoboronexport et DCNS, qui sera maître d'oeuvre du programme, pour lequel STX France agira en qualité de sous-traitant. Les chantiers nazairiens ont, de leur côté, conclu un accord avec leurs homologues russes OSK (Saint-Pétersbourg), qui seront impliqués dans la réalisation des futurs BPC. Le montage industriel prévoirait toujours la construction par Saint-Nazaire de 80% du premier navire puis 60% du deuxième, OSK se chargeant de fournir les blocs complémentaires, soit 20% et 40% des coques. La livraison du premier navire est prévue en 2014 et celle du second 12 mois plus tard.

Le BPC Dixmude à Saint-Nazaire en 2010  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le BPC Dixmude à Saint-Nazaire en 2010 (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Deux BPC pour commencer

Si le projet porte, au total, sur quatre BPC, seuls deux ont, pour le moment, été commandés par la Russie. Les deux suivants devraient l'être ultérieurement, probablement à la lumière du travail réalisé en coopération sur les premiers bâtiments. Pour DCNS, concepteur des BPC, il s'agit d'un beau succès à l'export. C'est en effet la première fois que l'industriel français vend à l'étranger ce type de navire, dont les deux premiers exemplaires (Mistral et Tonnerre), ont été livrés en 2006 et 2007 à la Marine nationale (un troisième, le Dixmude, est actuellement en achèvement à Saint-Nazaire). On notera également qu'il s'agit du premier achat « à l'Ouest » d'un armement majeur par la Russie depuis la seconde guerre mondiale.

Le BPC Dixmude  (© : BERNARD PREZELIN)
Le BPC Dixmude (© : BERNARD PREZELIN)

Adaptation du Dixmude

Côté technique, les bâtiments russes seront directement inspirés du Dixmude, troisième BPC du type Mistral, qui intègre un certain nombre d'évolutions par rapport à ses aînés (propulseur d'étrave supplémentaire, passerelle de défense à vue améliorée...) Les futurs bâtiments seront légèrement modifiés pour répondre aux besoins de la marine russe, notamment dans le domaine aéronautique. Le pont d'envol, les ascenseurs et le hangar seront adaptés à la mise en oeuvre d'hélicoptères très lourds et dotés d'un double rotor. De plus, pour les navigations dans le grand nord, les navires verront leur coque renforcée avec une certification glace. STX France sera en charge de la réalisation des coques, y compris l'assemblage des blocs fournis par OSK, et de leur aménagement. DCNS, de son côté, réalisera l'intégration du système de combat et du système de communications. Comme leurs homologues français, les BPC russes seront dotés d'un Système d'Exploitation Navale des Informations Tactiques (SENIT).

Véhicules dans le Mistral  (© : MER ET MARINE)
Véhicules dans le Mistral (© : MER ET MARINE)

Le BPC Tonnerre et des chalands de débarquement  (© : MARINE NATIONALE)
Le BPC Tonnerre et des chalands de débarquement (© : MARINE NATIONALE)

Débarquement à partir du Mistral  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Débarquement à partir du Mistral (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Débarquement à partir du Mistral  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Débarquement à partir du Mistral (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le BPC Mistral  (© : MARINE NATIONALE)
Le BPC Mistral (© : MARINE NATIONALE)

Hélicoptère russe Kamov Ka-52 sur le Mistral (© : MARINE NATIONALE)
Hélicoptère russe Kamov Ka-52 sur le Mistral (© : MARINE NATIONALE)

Acquisition de capacités et transfert de technologie

Avec ce contrat, la marine russe a deux objectifs. D'abord, elle veut disposer rapidement de deux bâtiments de projection modernes et très polyvalents. Longs de 199 mètres pour un déplacement de 22.000 tonnes, ces navires pourront mettre en oeuvre des hélicoptères et des engins de débarquement, avec d'importantes capacités d'emport d'hommes et de matériel. Sans compter que les BPC peuvent servir d'unités de commandement pour une opération interarmées (PC de 800 m2 avec 150 postes d'opérateurs) et disposent d'importantes infrastructures hospitalières (deux blocs opératoires et 69 lits). Mais l'autre grand intérêt du contrat est la volonté de Moscou de remettre à flot la construction navale russe, qui ne s'est pour ainsi dire pas modernisée depuis l'effondrement de l'URSS. Et il y a un travail considérable à mener pour que les chantiers russes abandonnent leurs méthodes traditionnelles pour passer à un mode de production moderne et standardisé, avec la réalisation de blocs pré-équipés. Le programme comprend donc un important volet portant sur un transfert de technologique pour la fabrication de la coque. C'est pourquoi les chantiers OSK sont impliqués progressivement dans la réalisation. De 20% à 40% des deux premiers navires, qui seront achevés à Saint-Nazaire, ils doivent ensuite, si les BPC 3 et BPC 4 sont commandés, assembler en Russie les deux derniers, STX France fournissant alors (selon le schéma initial) 40% puis seulement 20% des coques sous forme de blocs.

Construction du BPC Dixmude  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Construction du BPC Dixmude (© : STX France - BERNARD BIGER)

Un complément de charge pour Saint-Nazaire

Chez STX France, on se félicite bien évidemment de la conclusion de ce contrat. Les deux premiers BPC russes vont apporter une importante charge de travail, essentiellement à Saint-Nazaire, permettant d'assurer 1000 emplois dans l'Hexagone durant quatre ans. Pour STX France et ses coréalisateurs, cela représente 4 millions d'heures de travail. C'est beaucoup et peu à la fois. Car le chantier nazairien, compte tenu de ses énormes capacités, est très gourmand en activité. Ainsi, à pleine charge, l'entreprise consomme 8 millions d'heures de travail par an. Malmené en 2009 et 2010, STX France a retrouvé un bon niveau d'activité avec la réalisation de deux gros paquebots de 139.000 tonneaux et 1739 cabines pour la compagnie italo-suisse MSC (U32) et l'armateur libyen GNMTC (X32), ainsi que la construction du Dixmude (G33), commandé par anticipation en 2009 au titre du plan de relance de l'Economie. La petite embellie ne va toutefois pas durer. Car le Dixmude quittera Saint-Nazaire début juillet, alors que les deux paquebots doivent être achevés en mai et décembre 2012. Sans compter que l'avenir du X32 demeure toujours incertain en raison de la situation en Libye (les travaux se poursuivent même si GNMTC n'a probablement pas honoré le versement du second acompte mi-mai).

Le U32 en construction  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le U32 en construction (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

D'autres commandes doivent être rapidement signées

En dehors ces trois navires, STX France n'a dans son carnet de commandes, outre les BPC russes, que l'Europa 2 d'Hapag-Lloyd (H33), une unité de croisière de luxe mais de petit gabarit (39.500 tonneaux, 258 cabines), livrable en mars 2013. C'est pourquoi les syndicats, s'ils se félicitent de la prise de commande des BPC russes, demeurent inquiets. La situation va, notamment, vite devenir difficile pour les bureaux d'études, qui vont attaquer cet été les BPC russes (ce qui sera vite terminé) et achèveront en fin d'année les travaux sur le H33. « La commande de deux BPC va diminuer la sous charge mais ne comblera pas le manque de 2012 et 2013. D'autres commandes sont nécessaires, vers tous les types de navires (paquebots, ferries...) et diversification (Offshore, Energies Marines Renouvelables...) », explique la CFDT, qui appelle l'Etat, actionnaire à 33.34% de STX France, à poursuivre son soutien aux chantiers, notamment au travers de montages financiers, de garanties bancaires ou encore d'aides à la formation.

Le Norwegian Epic, livré en juin 2010  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le Norwegian Epic, livré en juin 2010 (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

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