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Le coronavirus se répand dans la flotte américaine et immobilise un porte-avions

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Le coronavirus se répand dans la flotte américaine et immobilise un porte-avions

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A l’image de l’ensemble des Etats-Unis, les cas de Covid-19 se multiplient dans les forces armées américaines, y compris au sein de l’US Navy. De nombreux cas ont été signalés dans les bases navales et autres implantations terrestres, mais aussi à bord de bâtiments, dont certains en opération.

C’est à partir de la mi-mars que les premiers tests positifs au coronavirus au sein d’équipages américains ont été officiellement annoncés. Il y a notamment eu des cas à bord du porte-hélicoptères d’assaut USS Boxer, puis du destroyer USS Ralph Johnson, de la frégate USS Coronado… la communication autour des navires touchés s’est ensuite faite beaucoup plus discrète. Jusqu’à ce que les autorités américaines reconnaissant que les deux porte-avions actuellement déployés dans la zone Asie-Pacifique font face à l’épidémie. Il s’agit de l’USS Ronald Reagan et de l’USS Theodore Roosevelt. Le premier est le porte-avions stationné de manière permanente au Japon, où la marine américaine comptait samedi dernier dans la base navale de Yokosuka plus de 130 cas confirmés de Covid-19. C’est lundi que des officiels américains ont annoncé que deux premiers cas avaient été testés positifs à bord de l’USS Ronald Reagan. Mais c’est l’un de ses sisterships, l’USS Theodore Roosevelt, qui génère actuellement le plus d’inquiétude.

L’USS Theodore Roosevelt dans un situation difficile à Guam

Le bâtiment, avec plus de 4000 marins à son bord actuellement, s’est réfugié sur l’île de Guam en début de semaine dernière. La situation est d’autant plus préoccupante que l’épidémie se développe très rapidement à bord, le  nombre de cas étant passé de 3 plus de 100 entre le 25 et le 29 mars. Ce qui est logique puisque le virus circule dans un environnement extrêmement propice à la transmission, le nombre très élevé de marins dans un espace si réduit créant des conditions de promiscuité idéales pour la transmission d’un individu à l’autre. Face à cette situation, le commandant de l’USS Theodore Roosevelt a écrit à sa hiérarchie pour lui demander de l’aide et, notamment, la possibilité de faire débarquer l’équipage à Guam et mettre en place les moyens nécessaires pour assurer la prise en charge des malades et la mise en place de mesures de quatorzaine pour tout l’équipage.

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent »

« La propagation de la maladie se poursuit et s’accélère », alerte l’officier qui insiste sur le fait que l’isolement des personnels atteints, tout comme le respect des règles de distanciation sociale pour éviter la propagation du Covid-19, sont inapplicables à bord du porte-avions. « Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent. Si nous n’agissons pas maintenant, nous ne parviendrons pas à prendre correctement soin de notre atout le plus fiable, nos marins », fait valoir le capitaine Brett Crozier dans sa lettre, que s’est procurée le San Francisco Chronicle. Selon le pacha de l’USS Theodore Roosevelt, « débarquer la majorité du personnel d’un porte-avions nucléaire américain en cours de déploiement et les isoler pendant deux semaines peut sembler être une mesure extraordinaire ». Mais, dit le commandant Crozier, « garder plus de 4000 jeunes hommes et femmes à bord du Theodore Roosevelt constitue un risque inutile qui brise la confiance que les marins ont en nous ».

Problème politique et stratégique

L’affaire est délicate pour le Pentagone et le gouvernement américain, alors que Washington, après avoir négligé le coronavirus, est désormais pris de court par l’explosion de l’épidémie. De plus, au-delà de la dimension politique, il y a aussi les aspects opérationnels et stratégiques. Car l’arrêt temporaire de l’USS Theodore Roosevelt et potentiellement celui de l’USS Ronald Reagan priveraient les Etats-Unis de deux de leurs principaux outils militaires dans la région Asie-Pacifique. Ce qui globalement ne changera sans doute pas grand-chose dans un monde qui a aujourd’hui d’autres chats à fouetter que le rapport de force sino-américain. Il est cependant vrai que l’hypothèse de voir tout ou partie de la flotte américaine neutralisée par le « virus chinois », comme l’a appelé un Donald Trump comparant il quelques jours encore le Covid-19 à la grippe saisonnière, cela ferait mauvais genre pour les Etats-Unis.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

US Navy / USCG