Histoire Navale
Le cuirassé USS Missouri en cale sèche à Pearl Harbor

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Le cuirassé USS Missouri en cale sèche à Pearl Harbor

Histoire Navale

Transformé en musée à flot il y a 10 ans, à Pearl Harbor, l'USS Missouri (BB-63), dernier cuirassé construit par les Etats-Unis, a réalisé, la semaine dernière, une courte navigation. Le géant, hérissé de canons, a été remorqué jusqu'à une cale sèche, où il va subir son carénage décennal. L'opération, qui s'est déroulée le 14 octobre, a pris 11 heures entre le moment où les amarres ont été larguées et l'instant où le cuirassé est entré au Drydock 4 de Pearl Harbor Naval Shipyard (PHNS). Ce passage au bassin, qui a nécessité un an de préparation, va durer trois mois et coûtera 18 millions de dollars.

Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)
Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)

Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)
Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)

Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)
Le Missouri lors de son transfert (© : US NAVY)

Chargé des travaux, BAE Systems Ship Repair va employer 200 personnes chaque pour réaliser l'entretien de la coque du navire, dont le retour à son quai est prévu le 7 janvier. Une grande cérémonie marquant la réouverture du musée est programmée le 29 janvier, date à laquelle seront également célébrés le 11ème anniversaire de la transformation du Missouri en mémorial et le 66ème anniversaire de son lancement à l'arsenal de Brooklyn.

Pièces de 406 mm (© : US NAVY)
Pièces de 406 mm (© : US NAVY)

Bordée de 406 mm (© : US NAVY)
Bordée de 406 mm (© : US NAVY)

Bordée de 406 mm (© : US NAVY)
Bordée de 406 mm (© : US NAVY)

Des pièces de 406 mm et des obus de plus d'une tonne

Mis sur cale en janvier 1941, le navire est lancé trois ans plus tard et admis au service actif en juin 1944. Le Missouri faisait partie d'une classe qui devait comprendre six unités. Mais, après la livraison de l'Iowa (BB-61) et du New Jersey (BB-62) en 1943, puis du Missouri (BB-63) et du Wisconsin (BB-64) en 1944, la construction des Illinois (BB-65) et Kentucky (BB-66) fut interrompue avec la fin des hostilités avec le Japon. Long de 270.6 mètres pour une largeur de 33 mètres, le Missouri affichait un déplacement de 52.000 tonnes à sa mise en service. Côté protection, l'épaisseur de la ceinture est de 307 mm, alors que le navire dispose de trois ponts blindés totalisant 285 mm. La protection frontale des tourelles principales est assurée par une épaisseur de 432 mm. Côté armement, l'artillerie principale consiste en 9 pièces de 406 mm réparties en deux tourelles triples à l'avant et une tourelle triple à l'arrière. Chaque pièce tirait des obus de 1.2 tonne à près de 40 kilomètres.
Les Iowa étaient également dotés, à leur mise en service, de 10 tourelles doubles de 127 mm, 20 canons de 40 mm et 49 pièces de 20 mm.

Le Missouri durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)
Le Missouri durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)

L'Iowa durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)
L'Iowa durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)

Tous ces canons (hors 406), à vocation antiaérienne, devaient assurer la protection des bâtiments contre les attaques de l'aviation japonaise, et notamment celles des kamikazes. Il convient également de rappeler qu'à cette époque, les bâtiments de ligne étaient utilisés en support des porte-avions, dont ils assuraient la couverture. A ce titre, ils devaient également devoir suivre les « ponts-plats », d'où une propulsion extrêmement puissante. Doté de 8 chaudières, quatre groupes turbopropulseurs et quatre lignes d'arbres, l'appareil propulsif développait 212.000 cv, autorisant une vitesse maximale de 33 noeuds.
Les Iowa sont les plus grands cuirassés jamais alignés par l'US Navy. Mais, dans cette catégorie, le record des Japonais ne fut jamais égalé. Le Yamato et le Musashi (71.600 tonnes, 9 pièces de 457mm) resteront comme les plus gros et les plus puissants bâtiments de ligne du monde.

Le Missouri à Pearl Harbor (© : US NAVY)
Le Missouri à Pearl Harbor (© : US NAVY)

Le Missouri derrière le mémorial de l'Arizona (© : US NAVY)
Le Missouri derrière le mémorial de l'Arizona (© : US NAVY)

Symbole de la guerre du Pacifique

Pour les Américains, l'USS Missouri est un véritable symbole. Depuis 1999, il est amarré à proximité du mémorial installé au dessus de l'épave du cuirassé USS Arizona, coulé lors du raid japonais sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. L'attaque nippone, menée à partir de six porte-avions, allait mettre hors de combat, en quelques heures, les huit bâtiments de ligne de la flotte du Pacifique. Par chance, les porte-avions Lexington Saratoga et Yorktown ne furent pas détruits, car absents du port de Hawaii. C'est à partir de ces bâtiments, des croiseurs lourds épargnés et des forces légères que les Etats-Unis stopperont l'avancée japonaise à Midway, en juin 1942. Précipitant l'entrée en guerre des USA, l'attaque surprise de Pearl Harbor suscita un profond désir de revanche de la part des Américains, dont l'industrie ne tarda pas à produire à la chaîne des milliers de navires. La Navy toucha des dizaines de porte-avions, des centaines de destroyers et de nouveaux bâtiments de ligne. Il y eut d'abord les North Carolina, puis les South Dakota et, enfin, la série des quatre Iowa, dont fait partie le Missouri.

Le New Jersey et la IIIème flotte (© : US NAVY)
Le New Jersey et la IIIème flotte (© : US NAVY)

Le Missouri durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)
Le Missouri durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)

L'Iowa durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)
L'Iowa durant la seconde guerre mondiale (© : US NAVY)

Le cuirassé japonais Yamato (© : DROITS RESERVES)
Le cuirassé japonais Yamato (© : DROITS RESERVES)

Contrairement à ses deux aînés, l'Iowa et le New Jersey (appartenant à la IIIème flotte de l'amiral Halsey), le BB-63 ne participera pas à la bataille de Leyte, en octobre 1944, dernier grand choc entre l'US Navy et la marine impériale. L'affrontement tant attendu entre, d'un côté, les Yamato et Musashi et, de l'autre, les Iowa et New Jersey, n'interviendra d'ailleurs jamais. Tombant dans un piège tendu par les Japonais, qui avaient placé les porte-avions désarmés de l'amiral Ozawa en appâts, Halsey ratera la seule occasion d'affronter le corps de bataille japonais. Ce dernier, emmené par Kurita, déplorera la perte du Musashi, coulé suite aux raids de l'aviation américaine avant d'arriver à Leyte.
L'âge d'or des cuirassé était révolu, la guerre consacrant les batailles à distance entre porte-avions. Malgré quelques combats classiques entre cuirassés (Guadalcanal en 1942 et détroit de Surigao en 1944), les escadres arrivèrent très rarement à portée de canons.
A la fin de la guerre, les cuirassés restaient, néanmoins, un symbole de puissance. Et c'est, d'ailleurs, à bord du Missouri que l'acte de reddition du Japon fut signé en baie de Tokyo, le 2 septembre 1945, mettant ainsi fin à la seconde guerre mondiale.

Le Missouri survolé par l'aviation américaine en baie de Tokyo (© : US NAVY)
Le Missouri survolé par l'aviation américaine en baie de Tokyo (© : US NAVY)

De la baie de Tokyo à la guerre du Golfe

A la fin du conflit, la flotte américaine affiche des effectifs impressionnants. Elle aligne 25 cuirassés, 95 porte-avions, 45 croiseurs et 580 destroyers. Rapidement, de nombreuses unités sont désarmées et seuls quelques bâtiments de ligne restent opérationnels. Le Missouri fut de ceux-ci et servira comme ses frères, en 1950, durant l'intervention américaine en Corée. Puis le bâtiment, comme ses trois sisterships, fut mis en réserve en 1955. Les Etats-Unis eurent toutefois la « sagesse » de ne pas le envoyer à la casse, ce qui leur permis de connaître une seconde vie. Entre avril 1968 et décembre 1969, le New Jersey est brièvement réarmé à l'occasion de la guerre du Vietnam. Lors des opérations de bombardement côtier, son artillerie principale se révéla d'une redoutable efficacité.

Au large de la Corée (© : US NAVY)
Au large de la Corée (© : US NAVY)

De ce fait, il est envisagé de réactiver et refondre les navires de cette classe. Le projet date de l'administration Carter (1977 à 1981) mais c'est sous son successeur, Ronald Reagan, qu'elle verra le jour. Le New Jersey est le premier à être refondu, entre octobre 1981 et janvier 1983. L'électronique et la propulsion sont remises à niveau, alors que l'armement évolue significativement. Les tourelles de 406 mm restent en place, de même que six des dix tourelles doubles de 127mm. Le bâtiment reçoit quatre conteneurs pour missiles de croisière Tomahawk (32 missiles, dont certains dotés de têtes nucléaires), 16 missiles antinavire Harpoon et 4 systèmes d'artillerie multitubes Phalanx. L'Iowa est refondu de janvier 1983 à avril 1984, le Missouri d'octobre 1984 à mai 1986 et le Wisconsin janvier 1987 à janvier 1989.

Tir de Tomahawk sur le New Jersey (© : US NAVY)
Tir de Tomahawk sur le New Jersey (© : US NAVY)

Tir de missile sur le New Jersey (© : US NAVY)
Tir de missile sur le New Jersey (© : US NAVY)

Après sa remise en service, le New Jersey soutiendra en 1983-1984 les troupes américaines déployées Liban, intervenant à de multiples reprises avec son artillerie principale. Les Missouri et Wisconsin tireront, quant à eux, des bordées de 406 mm sur des cibles terrestres, lors de la guerre du Golfe (1991). Durant l'opération Tempête du Désert, ils mettent également en oeuvre le Tomahawk, que l'opinion publique internationale découvre à cette occasion.
Après cette dernière opération de guerre, les cuirassés sont finalement retirés du service. Les différents projets de refonte, notamment en bâtiments porte-aéronefs, n'aboutirent pas, notamment pour des questions budgétaires. Les Missouri et New Jersey sont rayés en 1995. Quant aux Iowa et Wisconsin, ils restent en réserve jusqu'en 2006, l'US Navy souhaitant pouvoir réarmer ces bâtiments, en cas de besoin, pour servir à l'appui feu.

Le Wisconsin (© : US NAVY)
Le Wisconsin (© : US NAVY)

US Navy / USCG