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Le défi technique du chargement des chasseurs de mines sur le Jumbo Jubilee

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Le cargo Jumbo Jubilee a finalement appareillé de Brest hier après-midi avec, à son bord, deux chasseurs de mines de la Marine nationale. Si le chargement de colis lourds est un exercice habituel dans le transport maritime, qui compte de nombreux navires spécialisés dotés d’importants moyens de levage, comme le Jumbo Jubilee, l’embarquement du Pégase et du Sagittaire fut un véritable challenge technique. Non pas en raison de la taille (51.5 mètres) ou du poids (600 tonnes) des bâtiments, mais de leur structure. Les chasseurs de mines « tripartites » (appelés ainsi puisque réalisés en coopération par trois pays, la France, la Belgique et les Pays-Bas) sont, en effet, dotés d’une coque en matériau composite verre/résine. Avantage : le CVR les rend amagnétiques. Inconvénient : les fibres de verre ne se déforment pas, sous la contrainte, elles cassent. Hors de question donc, comme ce serait le cas pour un bateau en acier, d’imaginer de les soulever avec de simples sangles.

 

 

Chargement d'un CMT sur le Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

Le Sagittaire soutenu par ses deux bers (© MARINE NATIONALE)

 

 

Des bers spécialement conçus et réalisés sur mesure

 

 

Il a fallu imaginer un système de levage spécial pour conserver l’intégrité de la coque des CMT lors de leur ascension hors de l’eau et de leur entreposage sur le pont du cargo. Ce travail technique a été mené par le département Service Maritimes Industriels Spécialisés (SMIS) de la compagnie française Marfret, qui a remporté auprès du ministère de la Défense le contrat portant sur l’acheminement du Pégase et du Sagittaire jusqu’à Abu Dhabi. En étroite collaboration avec le Service de Soutien de la Flotte, Marfret, également affréteur du Jumbo Jubilee, s’est appuyé pur les travaux d’ingénierie sur la société brestoise HDS. Ce bureau d’études en design naval, spécialisé dans les matériaux composites, a réalisé une modélisation informatique à partir des plans d’origine des chasseurs de mines, dont la conception remonte à la fin des années 70.

 

 

Travail de modélisation de la coque des CMT (© HDS)

 

 

Ce travail a permis de modéliser le système de levage adéquat et de le valider par le calcul. Une opération particulièrement complexe, avec un dossier technique comprenant pas moins de 750 pages, qui a abouti à la conception de bers (structure supportant le bateau) sur mesure. Réalisés aux Pays-Bas, les bers, longs de 10 mètres et d’un poids unitaire de 40 tonnes, sont arrivés la semaine dernière à Brest à bord d’un cargo. Ils ont ensuite été transférés vers le Jumbo Jubilee et arrimés à deux pantoires, élinguées aux deux grues du navire, qui peuvent lever chacune une charge de 900 tonnes.

 

 

Vue d'un CMT soutenu par ses deux bers (© DROITS RESERVES)

 

 

Chargement : Un travail de précision

 

 

C’est dans la base navale de Brest, au niveau des épis porte-avions, que le chargement a été effectué samedi 16 (Pégase) et dimanche 17 (Sagittaire) mars. Chaque bâtiment est venu à couple du cargo. Sous l’eau, deux bers ont été positionnés avec la plus grande précision, des plongeurs guidant la manœuvre, afin que la moitié de la quille, longue d’une quarantaine de mètre, soit parfaitement soutenue et que la coque ne travaille pas. On notera d’ailleurs que seuls les fluides dangereux, le combustible et les munitions ont été débarqués des chasseurs, d’où leur poids de 600 tonnes au moment du chargement. Un allègement à minima qui permettra de rendre les bateaux opérationnels quelques jours seulement après leur arrivée à Abu Dhabi. Mâts rabattus (ils disposent d’une rotule), le Pégase et le Sagittaire ont été posés sur le cargo avec leurs bers, ceux-ci ayant été soudés au pont. Puis ils ont fait l’objet d’un saisinage classique et d’un calage adapté pour protéger les coques en cas de fort roulis du navire pendant le transit.

 

 

Chargement du Sagittaire sur le Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

Chargement du Pégase sur le Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

Chargement du Pégase sur le Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

Le Sagittaire et le Pégase sur le Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

Le plan de chargement du Jumbo Jubilee (© DROITS RESERVES)

 

 

Economiser le potentiel matériel et humain

 

 

En plus des chasseurs, une demi-douzaine de conteneurs de matériel, comprenant notamment un caisson de décompression, ont été embarqués sur le Jumbo Jubilee. Seul un petit groupe de marin, une équipe de gardiennage chargée de veiller sur les CMT, est à bord. Le reste des équipages rejoindra directement les bateaux à Abu Dhabi, où le convoi arrivera dans une quinzaine de jours (en trajet direct, avec seulement une escale de ravitaillement à Ceuta, au Maroc). Cela représente un temps de transit réduit de moitié par rapport au périple que les chasseurs réalisaient auparavant pour rejoindre la région du Golfe. Un déploiement pour lequel le groupe de guerre des mines devait être soutenu par un bâtiment logistique, la marine pouvant cette fois se dispenser de ce dernier grâce au transport par cargo. Cette solution offre donc plusieurs avantages. D’abord, elle permet d’économiser le potentiel des CMT, qui se traduit par un gain en jours de mer pouvant être utilisé pour les opérations. C’est également mieux pour ces bâtiments, qui ne sont pas conçus pour les navigations hauturières et qui commencent aussi à prendre de l’âge, la marine devant songer à les préserver en attendant le jour où leurs successeurs pourront être construits. Dans le même temps, les militaires y gagnent en économisant du combustible, mais aussi des frais de personnel, les équipages – en dehors du gardiennage – n’étant pas présents à bord lors de l’acheminement sur zone de leurs navires. Exit, aussi, le gros bâtiment de commandement et de ravitaillement mobilisé auparavant pour le soutien des CMT. Par rapport aux précédents déploiements, les économies sont donc importantes, ce qui, en cette période de restrictions budgétaires, est fort appréciable. Cette initiative pourrait d’ailleurs déboucher sur le recours plus ou moins régulier à des navires civils (dotés de grues ou semi-submersibles) afin de déployer outre-mer des unités militaires de faible tonnage.

 

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

Le Jumbo Jubilee quittant Brest hier après-midi (© MICHEL FLOCH)

 

 

Retour à Brest en juillet

 

 

Placé sous la protection de la Marine nationale, qui déploie à son bord une équipe chargée de la sécurité pour la traversée des zones sensibles (notamment le golfe d’Aden où sévissent les pirates somaliens), le Jumbo Jubilee débarquera début avril le Pégase et le Sagittaire à Abu Dhabi. La France dispose dans ce port des Emirats Arabes Unis d’une base navale à partir de laquelle opèrera l’état-major de la force de guerre des mines. Puis, après trois mois de mission dans la région, les bâtiments seront rembarqués par le cargo qui les ramènera à Brest. Entretemps, ils auront mené à bien des levés permettant d’enrichir la connaissance des fonds marins du Golfe, tout en réalisant des missions de surveillance et des actions de coopération avec les pays riverains et des marines alliées, comme celles des Etats-Unis et du Royaume-Uni.

Pour mémoire, la France déploie tous les deux ans un groupe de guerre des mines dans cette zone stratégique pour les approvisionnements pétroliers européens.

 

 

Le Sagittaire (© MARINE NATIONALE)

 

 

Marfret et le ministère de la Défense

 

 

Quant à Marfret, si l’armement marseillais est surtout connu pour ses lignes régulières dans le conteneur et le roulier, il travaille aussi régulièrement avec l’armée française. Le groupe fait, notamment, partie des armateurs référents présélectionnés par le ministère de la Défense pour les besoins urgents dans le domaine de la projection de matériels militaires. Ce fut par exemple le cas pour l’opération Serval au Mali, Marfret ayant affrété le roulier Louise Russ pour acheminer des véhicules et du fret entre Toulon et Dakar. La compagnie assure également le transport de matériel sur ses services réguliers, notamment vers les Antilles et la Guyane.

 

 

Le Louise Russ (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Un porte-conteneurs de Marfret (© MARFRET)

Marine nationale Marfret