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Le discours de Francis Vallat aux 4èmes  Assises de l'Economie de la Mer

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Le discours de Francis Vallat aux 4èmes Assises de l'Economie de la Mer

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Suite à un certain nombre de demandes, nous diffusons l'intégralité du dernier discours de Francis Vallat. Le président de l'Institut Français de la Mer et du Cluster Maritime Français s'est exprimé début décembre, au Havre, dans le cadre des 4èmes Assises de l'Economie de la Mer et du Littoral. Il y revient notamment sur les grands sujets d'actualité pour le monde maritime.
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Monsieur le maire et cher administrateur (dont l'assistance, l'accueil, l'efficacité et la motivation maritimes sont un cadeau pour nous), monsieur le ministre, monsieur le secrétaire général de la mer, messieurs les officiers généraux, cher administrateur Jean-Yves Besselat et autres parlementaires ou élus qui vous intéressez à la mer (je salue particulièrement la vice-présidente et le vice-président du conseil de Bretagne représentant notre administrateur Jean-Yves Le Drian, et regrette d'ailleurs de ne pouvoir saluer celle des exécutifs des conseil régional et départemental de Normandie dont j'ai peine à croire que la chose maritime ne figure pas dans leurs centres d'intérêt), cher président de la CCI notre administrateur V. de Chalus, chers directeurs, dirigeants et amis du maritime bonjour !

Un grand homme a quitté notre monde maritime. Jean Morin...
L'Institut Français de la Mer est orphelin de celui qui fut son fondateur et premier organisateur des Journées Nationales de la Mer, aujourd'hui coordonnées pour la 2° fois (dans ces Assises) avec le CMF et nos amis des Echos et du Marin, novation qu'il avait soutenue ardemment. (Nous évoquons entre autres notre grand ami disparu dans un cahier spécial du numéro de la Revue Maritime que vous pouvez trouver gracieusement dans le hall). Jean fut un homme exceptionnel, mais il n'était pas un « people ». Résistant, préfet, très grand Commis de l'Etat, associé à de grands capitaines d'industrie, il fut un homme d'action, de fidélité parfois douloureuse, mais aussi de rigueur, de coeur et d'enthousiasme souvent juvénile. Ce dont il était le plus fier était d'avoir servi le Général au moment où c'était le plus risqué (en tant que Haut -Commissaire en Algérie de 1960 à 1962). Il était aussi très heureux d'avoir dirigé le Secrétariat Général de la Marine Marchande et d'en avoir fait un organe puissant et respecté.

Toujours j'ai bénéficié de son indéfectible soutien... y compris lorsqu'à l'encontre de quelques conservatismes l'IFM prit la décision de fonder le Cluster, dont il suivait l'évolution avec jubilation.

Au nom de toutes ces entités maritimes dont il fut la référence autant que le serviteur, je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence...

Un mot de l'organisation de ces Assises, que certes la crise actuelle n'a pas aidée (nous, les organisateurs voyons bien la différence avec 2007....dont le succès attesté par des centaines de témoignages était prometteur; comme l'étaient l'enthousiasme et le soutien de nombreux dirigeants nous disant avant l'été qu'ils reviendraient avec encore plus de collaborateurs). Or beaucoup « serrent aujourd'hui les boulons » des frais généraux ou sont en déplacement pour défendre leurs marchés, et m'ont appelé ou écrit pour dire leurs regrets, leur intérêt et leur soutien.

Concernant les Pouvoirs Publics... on se souvient du mécontentement que j'avais exprimé à Marseille. Certains d'entre vous, très minoritaires, m'ont même dit qu'ils attendaient de moi un nouveau coup de gueule sur le thème de l'immobilisme du gouvernement au maritime. Mais en fait, quitte à décevoir ces quelques-uns, je ne suis pas d'accord...

Comme eût dit Beaumarchais "la liberté de blâmer" a été exercée, cela me permet de dire notre appréciation objective des actions fondatrices de ces derniers mois. Dominique Bussereau est là, et je salue avec chaleur amitié et reconnaissance ce qu'il est et ce qu'il fait (en plus du soutien vigoureux au monde maritime qu'il a exprimé avec style dans la brochure du Cluster, elle aussi disponible dans le hall).

Et les Pouvoirs publics ont agi. Ce qui a été fait est même impressionnant. Certes l'absence de vision globale de la France maritime se fait encore trop sentir, MAIS plus d'un d'entre vous sera surpris par l'énoncé des premiers résultats de l'action de l'Etat, y compris d'ailleurs au niveau du gouvernement lui-même dont certains membres - absence de vision globale ! - ignorent trop les réalisations importantes de leurs collègues.

A Marseille en 2007 il s'agissait du constat d'un immobilisme inquiétant sur les dossiers prioritaires dont l'Etat lui-même, avait souligné 'urgence (la réforme des ports, l'organisation du Meddad, la promotion de la construction navale, la finalisation de la concertation sur l'enseignement maritime, la responsabilité de l'Etat du pavillon, la défense de nos routes maritimes etc.). Or sur tous ces sujets qui étaient au point mort, la même honnêteté qui m'avait fait pousser un cri l'année dernière impose aujourd'hui de dire nos motifs de satisfaction, TOUS vérifiés avec les fédérations maritimes représentatives.

J'en viendrai ensuite à nos attentes frustrées (évidemment !) mais aussi aux domaines dans lesquels les acteurs maritimes sont prêts à soutenir l'Etat et, à leur juste place, à partager l'effort national réclamé.

Je passerai brièvement sur l'organisation du MEDDAD pour laquelle nous demandions de sortir de la confusion. Ca a pris du temps mais c'est fait. Nous avons au MEEDAT un organigramme lisible, des cabinets, des directeurs et des services organisés, des règles du jeu et des interlocuteurs identifiés auprès de qui nous pouvons agir. Et surtout la qualité des hauts fonctionnaires en place est appréciée ...

Rien à voir donc avec le magma de fin 2007, même si cela n'exclurait pas de trancher une fois pour toutes (serpent de mer je sais) la question d'une entité - ministère ou non - dédiée vraiment à la mer et l'affichant fièrement dans son intitulé.

Plus modestement il nous semblerait judicieux de réaffirmer le caractère interministériel du maritime. En effet il y a eu rumeurs, or si le monde maritime s'est montré dans l'ensemble attaché à l'existence du Secrétariat Général de la Mer, ça n'est pas du fait de l'appréciation qu'il porte sur la structure « telle quelle », mais bien parce qu'il sait l'utilité qu'elle pourrait avoir. En son temps l'IFM, sur la base d'un travail de réflexion ouvert à tous, avait conclu à l'utilité d'une puissante entité de la mer, ministère ou non, et dont la mission irait bien au-delà de la coordination avec les préfectures maritimes ou de quelques dossiers pluridisciplinaires...

Evolution fondamentale, qu'il est plaisant de souligner au Havre et en présence de celui qui a eu la lourde charge de la porter en terrain miné, la réforme des ports a été engagée et bien, voire très bien, menée au cours de la phase si sensible qui vient juste de s'achever. Je pense à l'analyse de la présidente du Medef (citée par Le Marin) : «... Une réforme exemplaire... Dans la conjoncture économique difficile que nous traversons, ce levier puissant de croissance et d'emploi tombe à point nommé...Nous pouvons espérer faire progresser le % du secteur transport-logistique de 6 à 8% du PIB, comme nos voisins européens. Ce qui se traduira par des dizaines de milliers d'emplois supplémentaires", ou encore Jacques Saadé et Armateurs de France qui parlent d'une réforme « devant permettre de redonner confiance aux clients de nos ports qui, modernisés et compétitifs, pourront bénéficier de la croissance des échanges et se mettre dans le rythme de leurs concurrents »

Enfin, il faut avant tout se référer à l'opinion générale de la fédération des "Ports de France", qui indique « que le gouvernement peut ou doit être félicité pour la diligence et l'intelligence avec laquelle il a mené la réforme. En effet moins de 6 mois se sont écoulés entre son annonce dès janvier et la promulgation de la loi le 4 juillet. C'est en outre un projet très bien construit tenant largement compte des attentes exprimées par les professionnels (y compris dans le rapport du cluster) et laissant une large place à la concertation, qui a d'ailleurs permis d'aboutir à un accord cadre national le 30 octobre, signé par la quasi totalité des organisations syndicales ».

Le voeu des professions est maintenant que la mise en place des nouveaux organes de gouvernance ne tarde pas ... Certains ont regretté l'option prise d'un renouvellement complet des équipes qui a sans doute fait perdre quelques semaines, mais je pense que la cohérence de l'approche, et aussi la considération qui devait être montrée à ceux qui ont excellemment travaillé (je citerai naturellement, hic et nunc, notre ami JP Lecomte) méritaient bien le temps d'y regarder à deux fois.

Les professionnels attendent donc que le cap soit clairement tenu, et surtout le soutien du gouvernement aux acteurs chargés de la conduite de la réforme sur le terrain et notamment aux nouveaux dirigeants des "Grands ports maritimes".

Autre évolution tout aussi importante, vous avez aussi, monsieur le ministre, fait bouger les choses - suite à la réunion européenne de La Rochelle d'abord (quel hasard !) - sur la responsabilité de l'Etat du pavillon, en aidant au passage la Commission, comme certains Etats extrêmes, à sortir de l'ornière dans laquelle ils s'étaient mis. Certes on n'en n'est pas encore à une vraie responsabilité des Etats...mais la marche a commencé. Merci.

Merci car l'absence criante de l'Etat de Malte au procès de l'Erika a mis en évidence un abus de souveraineté, consistant à ne pouvoir poursuivre l'un des principaux responsables de ce genre de catastrophes, ie un Etat qui à l'époque n'avait ni l'intention ni les moyens lui permettant de faire respecter les conventions internationales dont il était partie. Il faut donc que notre pays poursuive opiniâtrement son combat, alors que les progrès sont considérables sur la plupart des autres fronts de la sécurité maritime. D'autant plus que le sens de l'histoire est clair ! Et que la perspective d'une vraie percée n'est plus utopique, comme ne l'étaient pas la naissance de l'EMSA, l'efficacité de la lutte contre les dégazages, l'équipement de l'UE en navires anti-pollutions, la publications de listes noires, tous dossiers aujourd'hui réglés mais dont les colères faciles contre les voyous des mers prévoyaient l'échec !

Dans un autre domaine l'Etat a donné à la construction navale la reconnaissance éclatante qu'elle attendait : allusion à l'intérêt manifesté par la visite du Président de la République à Saint Nazaire et par la participation de l'Etat dans STX en France (minorité de blocage et garanties diverses concernant la maintenance de notre savoir-faire et de nos emplois).
L'inauguration du sous marin atomique "Le Terrible" à Cherbourg par le président s'est aussi inscrite dans cet esprit, permettant à la fédération professionnelle concernée de considérer que sur bien des plans de ce secteur l'Etat fait son devoir (au-delà de le déception, non agressive tant l'espoir est toujours là, concernant le deuxième porte-avions).

De même c'est un plaisir de rappeler qu'à la suite de la remarquable tribune parue dans la presse signée par le président de AdF Eudes Riblier, du travail du Délégué Général AS Avé, de celui de Henri de Richemont et du rapporteur du texte à l'Assemblée Nationale Alain Gest, La transposition de la Directive européenne sur la responsabilité des armateurs en cas de pollution évite à la fois les comportements voyous et la pénalisation de nos armateurs, nos équipages et notre pavillon. Là non plus ça n'était pas gagné d'avance, et ce fut un bonheur rare et délicat d'en voir félicité le "maritime français": armateurs et gouvernement s'il vous plaît, lors d'une émission en direct, sur la chaîne parlementaire, où je faisais face à un député vert (Y Cochet) et à un représentant de Greenpeace !!!

Puisqu'on touche à l'environnement, je ne sais pas bien sous quelle rubrique je dois placer ce qui s'est passé et continue de se passer, ou de ne pas se passer, pour le maritime au Grenelle de l'environnement. Place médiocre du maritime dans le corpus de textes alors que la mer est l'avenir de la terre. Confusions diverses, tentations démagogiques, espoirs ou craintes contradictoires. Un exemple pour l'instant : Jérôme Bignon, que nous sommes heureux de recevoir à ces Assises et qui va vous parler tout à l'heure en haut-responsable très respecté par le CMF et par tous, dont chacun connaît les efforts, déclarait récemment à propos du Grenelle et des aires maritimes protégées (rapporté par Le Marin je crois): "partout où je vais je me fais engueuler. Peut-être que l'Etat n'a pas été d'une folle adresse sur le dossier", tout en ajoutant que "la volonté de l'Etat est de travailler dans la concertation". Acceptons en l'augure et rappelons que le maritime soutient vraiment le Grenelle, mais que tout l'art est d'application et qu'il n'est point de dialogue... sans méthode et sans clarté!

Autre avancée, plus claire, l'industrie nautique - si importante pour notre économie maritime - et qui tient à souligner (je cite) " l'excellente coopération avec le gouvernement en cette période de difficulté économique. Les cabinets sont des plus réactifs. Il souffle manifestement un nouveau dynamisme".

Et puis, même si nous ne pouvons pas être satisfaits (mais pouvions nous l'être dans un pays déjà sous pression avant la crise actuelle?) il faut saluer le chantier engagé ( la prise de choix) pour la Défense, et prendre acte de ce « mouvement » nouveau, devant lequel reculaient systématiquement les gouvernements précédents.

Subsidiairement on peut regretter (nous l'avons fait publiquement via une tribune signée de cinq noms prestigieux) que le maritime civil n'ait pas été consulté pour le Livre Blanc. Oui nous avions des choses à dire, comme le démontre d'ailleurs le dialogue intense et constructif sur la question des pirates. Dialogue dont je sais que c'est en votre nom à tous que je témoigne auprès de notre chère Marine Nationale.

Les pirates ! Un autre sujet sur lequel la France a fait bouger les lignes, en tant qu'Etat national, en tant qu'EM, et en tant que PFUE. Le satisfecit est d'autant plus légitime qu'encore une fois ça n'était pas évident vu les coûts et difficultés politiques, juridiques et opérationnelles de mise en oeuvre.
Et ceux qui claironnent que tout cela ne sera pas efficace sont des ignorants, en plus d'être irresponsables. Comme le montre par exemple l'écart croissant entre le nombre d'actes de piraterie tentés et les actes réussis, ou encore la montée en puissance - complémentaire de l'accompagnement des navires de commerce par les bâtiments de guerre, des actions de concertation avec les Etats riverains de l'Océan Indien, ou voisins du Golfe d'Aden. On ne peut ici rentrer dans le détail mais je fais partie de ceux qui pensent que le phénomène pirates sera marginalisé dans cette région du monde comme il le fut dans le détroit de Malacca (et ce malgré les différences évidemment très importantes entre les deux problématiques)... en attendant l'échéance plus lointaine de la reconstitution d'un pouvoir en Somalie. Autrement dit merci à la France d'avoir lancé le processus....

Ah le temps, « le temps et la durée » comme disait Bergson. Après avoir beaucoup espéré après la table ronde de janvier 2008, d'aucuns se sont impatienté de devoir attendre la mise en oeuvre de la réforme si nécessaire de l'enseignement maritime. Mais beaucoup ont aussi accepté que le suivi simultané des réformes des ports et de cet enseignement serait ingérable. C'est donc avec une certaine compréhension qu'une partie importante du CMF (auteur du rapport « Vers une académie universitaire maritime? ») a rongé son frein, mais c'est évidemment avec une véritable impatience que les professionnels « directs » (que le CMF n'est pas) souhaitent t'entendre aujourd'hui !

Donc l'Etat a bougé en 2008... De son côté l'économie maritime française a, elle, poursuivi et approfondi son évolution. Non seulement des fédérations professionnelles ont retrouvé ou sont entrain d'accroître leur lustre et leur solidarité (je pense à la présence renforcée et lisible d'Armateurs de France, au rapprochement en cours entre la CSCN et le Gican, à l'ouverture nette de la FIN vers le monde maritime en complément de celui du tourisme et des loisirs..). Mais aussi la poursuite des activités du CMF - soumise à évaluation après deux ans d'existence - a été confirmée par acclamation, tandis que maintenant environ 170 fédérations et entreprises ont adhéré. Un CMF qui interpelle, y compris à l'étranger où par exemple, après les luxembourgeois, les anglais ont décidé de reproduire son "modèle" quasi à l'identique, tandis que le patron de la Hellenic Chamber of shipping (les grecs!) écrivait il y a peu: "Synergy is a Greek word, but sometimes we forget that a cluster should develop a life of its own...We have not managed to organize ourselves in a service industry in a systematic form ...It is imperative to foster a proper maritime cluster". Le Portugal aussi s'interroge et le Maroc veut faire un cluster national avec notre coopération.L'IFM est fier de son petit...

Et puis il y a le succès, maintenant confirmé, de l'executive MBA maritime marseillais, ou encore la progression - plus qu'un frémissement - de 50% dans les candidatures aux hydros une évolution à mettre au crédit des efforts déployés par la direction ministérielle compétente, les armateurs de France, et des organismes comme le CMF, l'IFM, l'ACOMM, les cahiers du Marin etc. Et ce sans parler de l'augmentation de 5 Mrds d'Euros du CA maritime, aujourd'hui supérieur à 50 milliards...

Mais il y avait tant à faire que beaucoup reste encore à mettre sur l'établi, si possible dans le cadre d'une vraie stratégie maritime globale dont manque toujours notre pays. Ceci est vrai pour de grands dossiers qui au stade actuel ne peuvent relever que de l'Etat, mais aussi de dossiers sectoriels où la responsabilité première est celle du privé mais où ce dernier - pour "travailler français" a besoin d'un cadre national pérenne et clair qui ne peut être défini que par l'Etat.

Au titre des grands dossiers et défis nationaux c'est d'abord bien sûr la formation maritime (déjà évoquée) pour laquelle il est impératif de concentrer les moyens existants, de faire se dégager la réalité de la notion d'académie universitaire maritime ouverte, attractive, attirant équipes pédagogiques extérieures et capitaux privés, capable de "réseauter" avec les grands pôles étrangers, enfin apte à former vite les officiers qui manquent mais sans accroître la démotivation des professeurs maritimes.

Je pense aussi aux énergies marines renouvelables, pour lesquelles il faut se donner les moyens, comme à l'aube du nucléaire, de savoir si oui ou non nous sommes face à la possibilité d'une filière industrielle majeure (pour laquelle la France est l'un des rares pays à avoir la totalité des atouts nécessaires en main: géographiques, industriels, humains).

Je pense encore à l'importance de la connaissance du milieu marin, tant l'enjeu est énorme. D'autant plus énorme que les ZEE vont bientôt être augmentées et que l'on sait que 80% de la faune et de la flore sous-marines (80% !) nous sont inconnus, et alors que nous disposons de cet outil unique qu'est l'Ifremer. Dans cet esprit je pense aussi, plein d'espoir après le rapport remis au gouvernement par Hélène Tanguy le 20 novembre dernier, à la place que pourrait (devrait ?) indubitablement prendre la pisciculture en complément de notre pêche responsable. Un rapport à la fois constructif et clair sur l?état de blocage actuel et la stratégie à mettre en place pour développer la filière, un rapport dont le CMF suivra de près l'exécution.

Je pense enfin à la nécessité, pour laquelle d'ailleurs le gouvernement se bat bien (notre groupe spécialisé du CMF en témoigne) de « pousser » vigoureusement, en matière de « déconstruction des navires en fin de vie », la position internationale universelle qui semble entrain de se dessiner au niveau de l'OMI concernant Etats du pavillon et Etats recycleurs, en veillant à ce qu'il n'y ait aucune distorsion européenne.

Mais cela suppose aussi que les moyens de la France pour peser à l'OMI changent de dimension et que le gouvernement réalise à quel point la pauvreté de notre implication politique et de notre délégation (sauf en dévouement) est une insulte au bon sens et un risque suicidaire pour l'avenir.

Au niveau des dossiers sectoriels je citerais volontiers : Le transport et l'armement maritime pour lesquels, la plupart des questions légales et fiscales ayant maintenant reçu leur réponse (à l'exception de celle du maintien surréaliste du classement du « pavillon français immatriculation RIF » comme pavillon de complaisance, une aberration quand on sait que le pavillon français est pour la deuxième année le meilleur du monde).

Il importe maintenant seulement que l'Etat résiste à la tentation éventuelle (on n'est jamais à l'abri de l'idée brillante d'un technocrate soucieux de mettre sa marque ici ou là !) de remettre encore sur l'établi les mesures en place. Nous savons tous que des années cruciales ont été perdues pour l'extension de la flotte sous pavillon national après la sortie du RIF alors même que se développait la flotte contrôlée, mais il est clair que ces années perdues ne seront rattrapées que dans un cadre réellement pérenne. Oui, on vit les conséquences de notre inconséquence passée (GIE), alors ne recommençons pas !

Et puis il y a la question du transport MCD (Short Sea Shipping), des autoroutes de la mer, sachant en plus qu'il s'agit d'un domaine où la France pour être crédible a besoin d'avancer en clarté et transparence sur certains dossiers en cours (atlantique) dont la mise en oeuvre semble particulièrement complexe et difficile. Mais peut-être va-t-on entendre enfin quelque sirène répondant au voeu de l'IFM d'une approche claire!

Pour les ports notre voeu est que la crise financiéro-économique actuelle n'empêche pas qu'ils soient en ordre de marche solide quand la croissance repartira en 2009-2010. Sachant que la réussite passe par une relance des investissements portuaires, en particulier d'infrastructures publiques (et sachant que les opérateurs privés seront au rendez vous pour les investissements d'équipements des terminaux portuaires) A noter que les directives oiseaux, habitats (Natura 2000), eau, sont autant de difficultés pour le bon déroulement de l'investissement. Evitons donc à tout prix la "sanctuarisation " des espaces maritimes qui nous priverait des nombreuses créations d'emplois attendues, et effectivement réalisées chez nos voisins du Benelux ?

Avec ses 50 000 employés la construction navale est le secteur industriel qui croît le plus fortement en France, qui recrute le plus dans toute l'Europe, et qui ne reçoit quasiment plus aucune aide publique. La priorité de ce secteur est à l'offensive, fondée sur des savoirs-faires uniques (nucléaire, services, énergies marines, navires civils à forte valeur ajoutée). Mais en matière de naval de défense par exemple, la France n'investit quasiment plus dans la R&D ...et achète les navires les moins chers de tout le monde occidental. Aucun industriel ne peut innover dans ces conditions. Il faut donc une vraie ligne particulière pour la recherche, comme cela se fait pour l'aéronautique, et que - pour le reste - l'évolution nécessaire se fasse sans que cela nuise par ailleurs à notre Marine.

La plaisance est elle un vrai leader bien assis sur le podium mondial tant quantitatif que qualitatif. Elle a en outre la sagesse de ne pas s'endormir sur ses lauriers dans un monde qui change, comme le prouvent sa volonté de présence « là ou ça bouge ». Mais le ralentissement du marché national pourrait rapidement avoir un impact très négatif sur la santé du secteur. Or le déficit de capacités d'accueil, des anneaux, en est la principale cause. Et comme la progression des chiffres d'affaires constatée depuis plus de 10 ans est largement due à l'export, il n'y a aucun doute que cela devient vraiment crucial.

Pour la pêche mon rôle est de relayer le cri poignant que nous entendons, à mi-chemin du désespoir et de la colère. Je cite les professionnels représentatifs: "Quel avenir pour la pêche avec une Commission rêvant destruction de navires et diminution drastique des quotas (même quand les stocks sont bien gérés par application principe de précaution)?" Cri lancé par ceux qui se battaient pour l'affichage d'une politique commune de la pêche qui respecte les hommes et les entreprises, et qui soutenaient avec courage une adaptation raisonnable de la gestion des quotas (pluri-annualité etc...) permettant à la fois le nécessaire respect de la sauvegarde des ressources halieutiques et le minimum de considération à accorder aux exploitants pêcheurs qui ne peuvent décemment plus accepter de voir leur existence dépendre de décisions brutales annoncées au dernier moment. Cri poussé par les mêmes qui cherchaient à "faire raison garder", y compris à leurs propres troupes, face la vague Natura 2000 et Aires MP. Cri prolongé par un autre (je cite encore) « pour un secteur qui ne cesse de payer le plus lourd tribut de vies humaines à l'activité maritime?", mais surtout (je cite toujours) "quel avenir avec la menace d'avoir à rembourser des aides jugées illégales par la Commission... nous sommes au bord de la faillite de la pêche française....". Et puis il y a les conflits d'usages, les incertitudes, qui font que les instances professionnelles responsables qui cherchent à dialoguer (sur les granulats, les EMR, la pêche illégale, la traçabilité des produits, l'écolabellisation) se trouvent maintenant face à une crise de confiance et servent injustement de bouc émissaire, alors pourtant que des instances fiables sont plus que jamais nécessaires... et que paradoxalement elles sont soumises à élection juste avant d'être (enfin peut on espérer) réformées.

Je ne peux conclure sans rappeler que le XXI° siècle sera le plus maritime de l'histoire de l'humanité... et que la mer y sera le 1° pilier de l'économie mondiale. Tous les grands pays l'ont compris, et nombreux sont ceux qui investissent et réarment leur marine pour s'assurer la maîtrise de cet espace.

En 2030, notre planète sera économiquement bleue ! On constate que les flux de cargaisons maritimes ont été multipliés par 5 ces trente dernières années seulement (par 5!). On estime qu'en 2020 le transport maritime représentera 14 à 15 milliards de tonnes (contre entre 6 et 7 aujourd'hui) à comparer à 180 000 transportées par avion ( contre 65000 aujourd'hui) ......

Je rappelle aussi qu'en 2007 le gouvernement fédéral allemand a déclaré qu' « un pays comme l'Allemagne doit considérer l'économie maritime comme une affaire nationale", tandis que le gouvernement norvégien présentant « la stratégie gouvernementale pour une croissance de l'industrie maritime » affirmait que « le développement des activités maritimes est la plus importante responsabilité, en plus d'être le secteur recelant le plus de capacité de croissance ». A noter subsidiairement que l'Allemagne a un ministère spécialisé depuis plus de dix ans et devient en ce moment l'une des toutes premières puissances économiques maritimes du monde.

Pour résumer il est clair que l'économie maritime européenne doit être une priorité. La France elle-même y prenant enfin la part qu'elle mérite ... du fait de la qualité de ses acteurs et professionnels maritimes tant privés que publics, et bien sûr du fait de son histoire et de sa vocation internationale !

Bien sûr, ce n'est pas à l'Etat de faire le travail sur le terrain, mais aux entreprises. Or le cluster maritime français, au sens générique du terme, a des atouts formidables pour la compétition économique qu'implique la mondialisation. Chances avérées par le développement impressionnant de secteurs où la France était un acteur de seconde zone jusque récemment (offshore, ligne, navires spécialisés ou de servitude...).

Le secteur maritime national, et son porte-parole le CMF, ne revendiquent donc pas « la », mais « une » priorité maritime au service de la France. Autrement dit le monde maritime ne pleure pas sur son sort ! ses représentants les plus « citoyens » demandent seulement à l'Etat de réaliser que pour rester des opérateurs français, il faut que l'Etat lui-même remplisse son devoir et dise clairement ce qu'est sa politique maritime, qu'il s'engage sur ce qu'est et sera le cadre pérenne dans lequel ils peuvent engager l'avenir en tant que français.

On peut tout résumer en disant que la France a enfin bougé certes, mais qu'elle a maintenant impérativement besoin d'une stratégie maritime, ou plus encore d'une VISION maritime.

J'ai parlé de l'Allemagne et de la Norvège, mais c'est aussi vrai au Danemark et en Hollande où les Etats eux-mêmes ont suscité les clusters, alors que chez nous (rassurez vous monsieur le ministre le CMF ne demande surtout aucune subvention!) le gouvernement a ignoré, ou quasiment, le seul document tentant d'approcher une VISION maritime : le rapport Poséïdon, tombé aux oubliettes pour ne pas dire jeté dans les poubelles de l'histoire. Alors qu'il valait peut-être le coup d'être au moins discuté !

Je vous promets que le CMF pourrait relayer cette VISION, après l'avoir appelée de ses voeux. En effet le Cluster a lancé un groupe de travail synergie « Attractivité de la France maritime » qui s'est réuni pendant treize mois avec de nombreux professionnels de tous horizons, qui a terminé ses travaux il y a une semaine et a co-rédigé un rapport justement intitulé « Pour que la France ait une vision maritime» (aussi disponible dans le hall parmi les autres rapports).

Or en voici les phrases les plus importantes :

- L'affichage d'une vision maritime à long terme [par l'Etat] est une priorité et même un préalable.

- Ce travail est donc avant tout l'expression du besoin de la définition d'une vision à long terme par l'État afin de démultiplier les efforts des acteurs privés !

Nous sommes donc à la disposition du gouvernement de la France, avec tous ces opérateurs qui encouragent nos efforts vigoureux pour qu'émerge une place maritime française. TOUS réclament, et je ne suis que leur porte-voix, une VISION à laquelle le gouvernement travaille lui-même. Victor Hugo disait qu' « il n'y a rien de plus fort qu'une idée dont le moment est venu », et bien le moment de reconnaître l'importance de l'économie maritime est venu à l'aube de ce siècle si maritime... mais il ne sera pas éternel. Oui « demain la mer » est probablement le slogan à la fois le plus ambitieux et le plus raisonnable qui soit...

Nous sommes le 2 décembre, anniversaire d'Austerlitz, géniale victoire terrestre dont on sait bien que les effets furent annulés par un Trafalgar maritime qui signait à terme la mort du grand empire, malgré la gloire accumulée coalition après coalition...tout simplement parce que Trafalgar avait privé la France de la possibilité de commercer ou d'agir en mer ! Oui il est temps que le soleil se lève enfin sur la France maritime, et que notre pays n'oublie pas une fois de plus les leçons répétées de l'histoire, pour arrêter de « labourer la mer »

Merci de votre attention !