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Le discours très appuyé de Nicolas Sarkozy sur l'importance du porte-avions

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Le discours très appuyé de Nicolas Sarkozy sur l'importance du porte-avions

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« Le porte-avions est un outil décisif pour l'exercice de la France en tant qu'acteur majeur sur la scène internationale. Je sais que nous pouvons compter sur vous et nous avons besoin de vous. Que nul n'en doute », a déclaré hier Nicolas Sarkozy sur le pont d'envol du Charles de Gaulle. Face à 500 membres d'équipage du porte-avions français, sur lequel il se rendait pour la première fois comme chef des Armées, le président de la République a annoncé le déploiement du groupe aéronaval français, d'ici la fin de l'année, en océan Indien et dans le golfe Persique. Profitant de la liberté de manoeuvre offerte par la mer, le Charles de Gaulle va donc retrouver une région très sensible et de première importance pour les intérêts français. « Sur l'arc de crise qui s'étend jusqu'à l'océan Indien, se joue l'avenir de notre sécurité, de notre prospérité, la crédibilité des valeurs universelles que la France a toujours portées ». En Afghanistan, le groupe aérien embarqué apportera son soutien aux troupes déployées au sol contre les talibans. Le Charles de Gaulle évoluera, aussi, dans une zone stratégique pour les approvisionnements français et européens. Une grande partie des marchandises importées transitent en effet par cette région, notamment le pétrole produit dans le Golfe et devant emprunter le détroit d'Ormuz, aux frontières de l'Iran, pour gagner l'océan Indien. Le navire amiral de la flotte française participera donc à la sécurité du commerce maritime, un « ravitaillement » essentiel dont dépend le bon fonctionnement de l'économie française et européenne.

Rafale doté d'un missile nucléaire ASMP-A (© : MBDA)
Rafale doté d'un missile nucléaire ASMP-A (© : MBDA)

« Une pièce maîtresse de notre dissuasion nucléaire »

Dans son discours à bord du Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy s'est montré particulièrement sensible à l'importance pour le pays de disposer d'un groupe aéronaval. « Vous n'êtes pas seulement un élément de prestige de la France », a lancé le président. « Nous devons conserver les capacité d'agir partout dans le monde en projetant nos forces, sinon nous ne serons plus un grand pays. Avec le porte-avions et son escorte, la France dispose d'un outil diplomatique de premier plan », a déclaré le chef de l'Etat, insistant aussi sur le rôle du groupe aéronaval en matière de dissuasion nucléaire. En plus des armes classiques, les Super Etendard et Rafale du Charles de Gaulle peuvent, en effet, mettre en oeuvre des missiles nucléaires. « Le Charles de Gaulle est une pièce maîtresse de notre dissuasion nucléaire (...) La dissuasion reste pour la France un impératif absolu. La dissuasion nucléaire est pour nous l'assurance vie de la nation. C'est la garantie qu'un autre Etat devra bien réfléchir avant de s'en prendre à nos intérêts vitaux, sauf à s'exposer à une sanction qui serait hors de proportion avec les avantages recherchés ». Au passage, le président coupe donc court aux partisans de l'abandon de la composante nucléaire aéroportée, du moins en ce qui concerne la marine, qui assure par ailleurs l'essentiel de la force de frappe stratégique avec ses quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).

Le Charles de Gaulle (© : MARINE - NATIONALE - MT QUARANTE)
Le Charles de Gaulle (© : MARINE - NATIONALE - MT QUARANTE)

Un savoir-faire « hors du commun »

Nicolas Sarkozy a également insisté les capacités industrielles et opérationnelles qui permettent à la France de mettre en oeuvre, aujourd'hui, un groupe aéronaval performant. « La France est, avec les Etats-Unis, l'un des deux seuls pays au monde capables d'une telle prouesse : concevoir et construire un porte-avions nucléaire et son groupe aérien embarqué. Nous faisons donc partie d'un club très fermé. Je n'ignore nullement qu'il a fallu des années d'apprentissage, de persévérance, pour maintenir de tels savoir-faire techniques, industriels et opérationnels. Il est de mon devoir de les conserver », a expliqué le président aux marins du Charles de Gaulle, estimant qu'ils étaient « détenteurs d'un savoir-faire hors du commun ». Pendant son allocution, le chef de l'Etat n'a pas abordé la question du second porte-avions, qui était bien évidemment dans tous les esprits. D'un coût estimé entre 2.5 et 3 milliards d'euros, le projet PA2 vise à suppléer le Charles de Gaulle lorsque celui-ci est immobilisé, par exemple pour ses arrêts techniques. L'objectif est de disposer d'une seconde plateforme pour assurer à la France une disponibilité permanente de son groupe aéronaval, seul moyen lourd à pouvoir être projeté rapidement et presque partout dans le monde sans contrainte (car il profite de la liberté de navigation dans les eaux internationales). Il s'agit, aussi, de conserver les compétences industrielles très pointues nécessaires à la réalisation d'un tel navire. Si le PA2 est commandé, on notera par ailleurs que le parc de Rafale Marine ne sera pas augmenté. Second porte-avions ou pas, seuls 60 appareils seront livrés, de manière à équiper un seul groupe aérien embarqué, assurer la formation des jeunes pilotes et prendre en compte les périodes de maintenance et les pertes éventuelles.

Hier sur le Charles de Gaulle (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - P. SEGRETTE)
Hier sur le Charles de Gaulle (© : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE - P. SEGRETTE)

PA2 : la décision en 2011

A bord du Charles de Gaulle, l'entourage de Nicolas Sarkozy a indiqué que la décision de construire, ou non, un second porte-avions, serait prise l'an prochain. L'Elysée a précisé que la décision serait prise « en fonction de la situation économique », qui est comme chacun le sait difficile actuellement. Alors que l'Etat se lance dans une politique de réduction des déficits, le ministère de la Défense sera, comme les autres, mis à contribution. Il faudra faire des choix, qui s'annoncent complexes. Dans l'absolu, la décision de construire un second porte-avions est avant tout une question politique et médiatique. Car, d'un point de vue financier, ce bâtiment serait très loin d'équivaloir les « vrais » grands programmes militaires. On citera par exemple les Rafale (40.7 milliards d'euros pour 286 avions), les quatre SNLE et leur dotation en M51 (25 milliards d'euros), les six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque du type Barracuda (8.7 milliards d'euros), les 11 frégates FREMM (7.8 milliards d'euros), les 160 hélicoptères NH90 (7.75 milliards d'euros) ou encore la part française dans le programme A400 M (plus de 25 milliards d'euros pour l'ensemble du programme). Pour mémoire, les crédits d'équipements du ministère de la Défense dépassent, chaque année, 15 milliards d'euros, soit au minimum l'équivalent de 5 porte-avions par an !

Le Charles de Gaulle et deux frégates de défense aérienne  (© : MARINE NATIONALE)
Le Charles de Gaulle et deux frégates de défense aérienne (© : MARINE NATIONALE)

Pas de déploiement depuis trois ans

Depuis maintenant 15 ans, la question du second porte-avions revient régulièrement sur le devant de la scène. Jusqu'en 1997, la Marine nationale comptait deux bâtiments, le Foch et le Clémenceau. Faute d'avoir donné un « petit frère » au Charles de Gaulle, la France doit se contenter d'un seul navire. Cette situation n'a guère provoqué de problème jusqu'au premier grand arrêt technique du « CDG », à partir de l'été 2007. Car, tous les 7 ans, le porte-avions doit s'arrêter durant une vingtaine de mois afin d'être révisé et de voir ses coeurs nucléaires rechargés. Cette période d'indisponibilité programmée prive donc la France de cet « outil de premier plan », d'autant qu'un gros pépin technique peut toujours survenir. Et c'est justement ce qui est arrivé en février 2009, alors que le Charles de Gaulle était en pleine remontée en puissance et enchaînait les entrainements, notamment de ses pilotes, privés de leur plateforme depuis un an et demi. Des problèmes au niveau des paliers de lignes d'arbres ont entrainé une immobilisation supplémentaire de 6 mois et, dans la foulée, la nécessité de reprendre les entrainements. Au final, le Charles de Gaulle et son escorte n'auront pas pu être déployés pendant plus de deux ans et la mission en océan Indien qui se déroulera en fin d'année sera, en fait, la première vraie mission opérationnelle du « GAN » depuis le printemps 2007 !

Vue du projet CVF-FR (© : DCNS)
Vue du projet CVF-FR (© : DCNS)

L'échec de la coopération franco-britannique

A l'approche du premier arrêt technique majeur du Charles de Gaulle, le projet de second porte-avions avait été, pour la première fois depuis longtemps, de nouveau envisagé. En 2004, le président Chirac avait opté pour une propulsion classique du futur navire, ouvrant ainsi la voie à une coopération avec les Britanniques, en pleine réflexion pour construire deux nouveaux porte-avions. En 2006, un accord de coopération avait été signé entre Paris et Londres pour permettre à la France d'adapter à ses besoins le design retenu pour la Royal Navy. Le projet français qui en avait découlé, baptisé CVF-FR, portait sur un bâtiment à propulsion conventionnelle de 283 mètres de long et 65.000 tonnes de déplacement à pleine charge. L'augmentation de la taille par rapport au Charles de Gaulle (261 mètres, 42.000 tonnes) avait notamment pour but d'améliorer les capacités aéronautiques de la plateforme, qui aurait accueilli jusqu'à 32 Rafale, 2 Hawkeye et 6 hélicoptères. Malgré les sommes déjà engagées dans les études et le relief politique de la coopération franco-britannique pour l'Europe de la Défense, Nicolas Sarkozy avait, toutefois, reporté le projet en juin 2008. Il avait, alors, indiqué que la décision serait prise en 2011/2012.
Depuis, un contrat d'études a été notifié à DCNS et STX France (chantiers de Saint-Nazaire) pour étudier les avantages et les inconvénients d'une propulsion nucléaire (comme le Charles de Gaulle) ou classique. C'est, notamment, sur la base de ces études que le chef de l'Etat prendra sa décision l'an prochain. On notera que si le projet voit le jour, le PA2 sera réalisé à Saint-Nazaire.
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- Voir en intégralité le discours du président de la République

 (© : MARINE NATIONALE)
(© : MARINE NATIONALE)

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