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Le DRASSM va partir à la recherche de la Marie-Cordelière

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Science et Environnement

Retrouver l’épave de la Marie-Cordelière, vaisseau breton commandé par Primauguet et disparu en 1512 lors d’un combat épique contre le navire britannique Regent : C’est l’objet d’une campagne coordonnée par le Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-marines (DRASS), qui dépend du ministère de la Culture, avec le soutien de la Région Bretagne. Alors que les deux vaisseaux, qui combattaient bord à bord lors de la bataille de Saint-Mathieu, ont explosé et sombré entre le goulet de Brest et la Pointe Saint-Mathieu, l’André Malraux, du DRASSM (voir notre article détaillé sur ce navire), va inspecter minutieusement une zone qui n’a pas encore été explorée. Elle s’étend sur 25 km², non loin de l’entrée du goulet. La campagne, prévue pour durer trois à quatre semaines, débutera en juin prochain. Des recherches évidemment complexes pour retrouver les vestiges de la Marie-Cordelière et du Regent, 500 ans après les faits et sachant qu’ils furent victime d’une explosion provoquée par l’embrasement du bateau breton.

Les chercheurs espèrent découvrir les épaves afin de mieux comprendre ce qui s’est passé, mais aussi retrouver des éléments d’accastillage, des pièces d’artillerie, du mobilier de bord ou encore des effets personnels des 2000 marins qui composaient les équipages de ces vaisseaux. Cela permettrait d’enrichir les connaissances historiques sur la construction navale à la fin du XVème siècle (il n’y avait pas de plans à l’époque), l’équipement des navires et la vie à bord. La question de l’artillerie est notamment importante puisque l’on considère la bataille de Saint-Mathieu comme le premier grand engagement naval où des vaisseaux utilisèrent réellement leurs canons pour se combattre, même si la décision s’emportait toujours au corps à corps. L’affrontement de la marie-Cordelière et du Regent n’y échappe pas, les navires terminant bord à bord, enchevêtrés l’un dans l’autre, ce qui provoqua la perte simultanée des deux bateaux.

 

Dessin du combat issu de l'ouvrage The Warship Mary Rose: The Life and Times of King Henry VIII's flagship

 

Construite à partir de 1487 et achevée en 1498, du temps d’Anne de Bretagne, la Marie-Cordelière était l’un des plus puissants vaisseaux de guerre de la flotte bretonne. Armée par environ 1200 hommes, elle alignait quelques 200 bouches à feu, dont 16 canons de gros calibre.

Le 10 août 1515, la bataille de Saint-Mathieu vit 25 vaisseaux anglais commandés par l’amiral Howard surprendre au mouillage une flotte franco-bretonne (Anne de Bretagne est alors reine de France) composée de 22 navires. Ceux-ci ne sont pas en position de combattre et pour couvrir leur fuite vers Brest, deux d’entre eux partent affronter l’armada anglaise afin de la ralentir. Il s’agit de la Louise et de la Marie Cordelière. Gravement endommagée, la première parvient à se retirer alors que la seconde se porte au-devant du vaisseau amiral anglais. Deux autres bateaux, venus secourir le Regent, sont d’après les récits démâtés par les canons de la Cordelière et partent à la dérive. Les marins bretons se lancent à l’abordage du Regent mais les incendies qui se sont déclarés sur la Cordelière atteignent probablement des réserves de poudre, entrainant son explosion et sa perte, ainsi que celle de son adversaire. Seuls quelques dizaines de marins seront récupérés. 

La  Marie-Cordelière était commandée par l’officier breton Hervé de Portzmoguer, qui périt lors de cet engagement avec l’essentiel de ses hommes. L’histoire bretonne et française l’a ensuite célébré pour son héroïsme. Mais son nom d’origine n’est cependant pas resté puisqu’il fut francisé pour devenir Primauguet. Un nom porté par plusieurs grands bâtiments de la Marine nationale, le dernier en date étant une frégate anti-sous-marine mise en service en 1986 et actuellement basée à Brest.

 

La frégate Primauguet (© MICHEL FLOCH)