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Le drone Neuron va se mesurer au porte-avions Charles de Gaulle

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Le drone Neuron va se mesurer au porte-avions Charles de Gaulle

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Alors que la Marine nationale s’intéresse de plus en plus au potentiel d’un futur drone de combat embarqué sur porte-avions, le démonstrateur Neuron va réaliser prochainement ses premières interactions avec le Charles de Gaulle. Le 17 mai a en effet débuté à Istres une nouvelle campagne d’essais de ce concept d’UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle). « Le centre DGA Essais en vol supervisera cette campagne dont l’un des objectifs est d’étudier l’utilisation d’un drone de combat dans un contexte naval. La campagne comprendra ainsi des essais à la mer avec le porte-avions Charles de Gaulle. Elle sera suivie d’une campagne de mesures de signature électromagnétique effectuée jusque début 2017 à DGA Maîtrise de l’information à Bruz, près de Rennes », explique la Direction Générale de l’Armement.

 

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE) 

 

Les senseurs à l'épreuve de la furtivité de l'engin

L’engin, développé par un consortium européen emmené par Dassault Aviation, n’est pas conçu pour être mis en œuvre sur un tel bâtiment. Il n’effectuera donc aucun appontage ou catapultage. En fait, cette nouvelle campagne vise surtout à éprouver la furtivité du Neuron face aux moyens de détection de l’armée française, dont la marine, qui n’a encore jamais été confrontée à un tel aéronef. Les radars de surveillance du Charles de Gaulle, et peut-être aussi ses avions de guet aérien Hawkeye, vont donc tenter de repérer et de poursuivre le drone, sur lequel des efforts significatifs ont été réalisés pour réduire au maximum sa signature. Ce sera donc l’occasion d’évaluer la furtivité du Neuron vis-à-vis des nombreux senseurs du bâtiment amiral de la flotte française. Des tests très discrets, car sensibles, qui permettront non seulement de mesurer les performances du drone, mais aussi d’avoir une idée des capacités des moyens de surveillance militaires français face à des aéronefs furtifs…

On notera que la Suède et l’Italie, qui participent au programme Neuron, ont déjà réalisé ce type de campagne.

 

Rafale et Neuron (© : DASSAULT AVIATION - K. TOKUNAGA)

Rafale et Neuron (© : DASSAULT AVIATION - K. TOKUNAGA) 

 

L’aviation du futur

Pour mémoire, c’est en 2006 que la DGA, qui en assure la maîtrise d’ouvrage, a notifié le programme de démonstrateur technologique Neuron. Représentant un investissement d’environ 400 millions d’euros, ce projet a pour but de maintenir et développer les compétences industrielles en matière d’aviation de combat et préparer la future génération d’aéronefs, qu’ils soient pilotés ou non, avec l’ambition de préserver l’autonomie européenne dans ce domaine.

Long de 9 mètres pour une envergure de 12.5 mètres et une masse de 7 tonnes, le premier UCAV européen, doté de deux soutes conçues pour abriter chacune une bombe de 250 kg, est le fruit d’une coopération menée par la France et Dassault Aviation comme maître d’œuvre, avec cinq pays partenaires et leurs industriels : l’Italie (Alenia Aermacchi), la Suède (Saab), l’Espagne (Airbus Defence & Space), la Grèce (HAI) et la Suisse (Ruag). Le premier vol de Neuron a eu lieu à Istres le 1er décembre 2012.

123 vols effectués au cours de la première campagne

La première campagne d’essais, réalisée entre décembre 2012 et septembre 2015 au nom des six nations impliquées, a comporté 123 vols. Ils ont été effectués d’abord à Istres pour l’ouverture du domaine de vol, la mise au point du système et l’évaluation de sa furtivité par la DGA. Celle-ci avait en particulier mesuré les signatures radar et infrarouge de l’engin, tout en le confrontant à différents capteurs opérationnels, notamment des radars, terrestres ou aériens, ainsi que des autodirecteurs de missiles.

 

Tir d'armement par le Neuron (© : DASSAULT AVIATION)

Tir d'armement par le Neuron (© : DASSAULT AVIATION) 

 

Les essais se sont ensuite poursuivis en Italie, à Decimomannu, pour une démonstration des performances du capteur optronique et des algorithmes de détection et reconnaissance automatique de cibles, ainsi que des essais de furtivité au profit du ministère de la Défense italien. Enfin, le Neuron a volé en Suède depuis la base de Vidsel pour les essais de largage d’armement ainsi que l’évaluation de la furtivité du drone par le ministère de la Défense suédois. « La qualité des données recueillies pendant cette première campagne d’essais menée et la fiabilité démontrée par le drone ont été remarquables », souligne la DGA.

Préparation du futur programme franco-britannique

A la suite de cette première campagne, il a été décidé en 2015 poursuivre les essais en vol, avec une amélioration de la plateforme et des modifications pour accroître sa discrétion. Des travaux qui s’inscrivent dans le cadre de la préparation du projet franco-britannique de drone de combat futur (FCAS - Future Combat Air System), dont les études industrielles ont été lancées le 5 novembre 2014 avec un contrat de deux ans et 150 millions d’euros notifié à Dassault Aviation et BAE Systems. Le 2 mars dernier, à l’occasion du sommet d’Amiens, la France et le Royaume-Uni (qui avait aussi développé un démonstrateur, le Taranis) ont annoncé leur décision de lancer en 2017 la phase de développement d’un démonstrateur à l’échelle 1 du premier UCAV franco-britannique. 2 milliards d’euros y seront consacrés.

Les réflexions pour une version navalisée ont débuté

Alors que les Etats-Unis ont ouvert depuis 2013 la voie au drone de combat furtif embarqué avec le X-47B, le programme franco-britannique n’avait au départ pas officiellement de visée navale. La perspective de disposer d’un UCAV aurait évidemment intéressé la Royal Navy mais la décision du gouvernement britannique de ne finalement pas intégrer des catapultes et brins d’arrêt aux futurs porte-avions de la classe Queen Elizabeth a mis fin à cette perspective. Côté français, la Marine nationale, dont le porte-avions serait tout à fait capable de mettre en œuvre des UCAV, a manifesté son intérêt pour ce projet en 2015. En parallèle des études franco-britanniques, des travaux ont donc débuté cette année autour d’un concept d’UCAV embarqué français.

 

Le futur UCAS franco-britannique (© : DASSAULT AVIATION)

Le futur UCAS franco-britannique (© : DASSAULT AVIATION) 

 

Travailler en amont pour bénéficier d’un maximum de communalités

Pour l’heure, le projet en est à un stade très amont mais il est nécessaire d’y travailler immédiatement car, si à l’avenir un drone commun doit être réalisé pour réduire les coûts entre forces aériennes et navales, l’expérience a montré qu’il fallait prendre en compte certaines spécificités dès la genèse. Les appareils embarqués requièrent en effet certaines spécificités, en particulier structurelles pour répondre aux contraintes des appontages et catapultages.

Finalement, on se retrouve aujourd’hui dans la même situation que celle du Rafale il y a 30 ans, lorsqu’il fut décidé de développer une version navale. A cet effet, l’armée de l’Air avait accepté d’intégrer certaines pièces primaires répondant aux contraintes de la mise en œuvre sur porte-avions, alors que la Marine nationale avait renoncé aux ailes repliables pour gagner de la place à bord du Charles de Gaulle. L’ensemble est une affaire de compromis intelligents permettant d’offrir un maximum de communalités entre versions sans dégrader les capacités opérationnelles de l’appareil.

 

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE) 

 

Vers deux prototypes du JCAS ?

De là, il conviendra de voir comment l’intérêt de la marine française peut s’intégrer au projet JCAS franco-britannique. Ce dernier est encore loin d’être figé, les discussions se poursuivant des deux côtés de la Manche dans la perspective d’une mutualisation la plus poussée possible pour réduire les coûts. Toutefois, Français et Britanniques ne sont manifestement pas prêts à tout partager, chacun souhaitant conserver certains savoir-faire et technologies considérés comme extrêmement sensibles et relevant donc de la souveraineté nationale. La prochaine phase de développement permettra justement de définir le niveau de partage technologique et industriel du futur drone franco-britannique. Avec très probablement, à la clé, la réalisation de deux démonstrateurs, un pour chaque pays.

Premier vol espéré en 2025

Le premier prototype devrait voler d’ici 2025, l’objectif affiché étant de pouvoir disposer de drones de combat opérationnels dans les forces armées à partir de 2030. Capable d’intervenir seul, en groupe et/ou avec des avions de combat pilotés, comme le Rafale, le futur UCAV franco-britannique pourra réaliser des missions de surveillance et de reconnaissance, ainsi que des frappes.

 

Neuron et Rafale (© : DASSAULT AVIATION - K. TOKUNAGA)

Neuron et Rafale (© : DASSAULT AVIATION - K. TOKUNAGA) 

 

 

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