Défense
Le drone Patroller devient une réalité

Actualité

Le drone Patroller devient une réalité

Défense

Proposé aux forces aériennes et navales, ainsi qu'aux services de sécurité étatiques, le Patroller, développé par Sagem, est entré dans l'ère non pilotée. Le 24 juin, le Patroller a réalisé son premier vol en mode drone, d'une durée de 2H26, au cours d'une campagne d'essais menée à partir de la base aérienne d'Istres (*). Ces tests, jugés concluants, permettent à Sagem de dire qu'il est, désormais, en mesure de livrer dans un délai de 12 à 18 mois le système. Développé sur fonds propres à partir de l'avion S-15 de l'Allemand Stemme, le Patroller, sur lequel Sagem apporte le système optronique, l'avionique de bord et les liaisons de données, est un drone de type MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) conçu pour les opérations de théâtre ou la protection du territoire. Il présente une envergure de 18 mètres et une masse maximale au décollage de 1 tonne. Capable d'opérer à des vitesses comprises entre 70 et 130 noeuds, son autonomie, confirmée lors des campagnes d'endurance, peut atteindre 30 heures en version surveillance, avec un plafond de 8000 mètres.

Le Patroller en version pilotée (© : SAGEM)
Le Patroller en version pilotée (© : SAGEM)

Avec des réservoirs supplémentaires sous les ailes, elle pourrait même atteindre 40 heures. Et, si ces réservoirs sont remplacés par des équipements, l'autonomie demeure confortable, avec une vingtaine d'heures. Lors de la dernière campagne de tests (26 mai au 2 juillet), le Patroller a montré ses capacités à tenir un vent de travers, y compris des rafales. Les essais de roulage ont, dans le même temps, montré une bonne tolérance, avec des vents de 34 noeuds par le travers. Les ingénieurs ont également noté la rapidité de mise en oeuvre sur la piste (alignement/décollage) et la bonne intégration du drone dans l'activité de la base d'Istres, soutenue à cette période, puisque le site vivait au rythme de l'exercice Garuda. IV. « Ces essais ont été l'occasion de démontrer l'aptitude du drone à s'intégrer sans difficulté dans la circulation aérienne de la base au milieu des autres aéronefs, sur l'ensemble des espaces de manoeuvre (parkings, taxiways, piste). A l'instar des autres aéronefs, les décollages et atterrissage ont eu lieu sur les pistes 15 et 33 avec des changements d'axe de piste en cours de vol durant les deux phases d'essai en fonction de l'évolution des conditions météorologiques du moment sur la base d'Istres », note Sagem.

Le drone Patroller le 1er juillet à Istres (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)
Le drone Patroller le 1er juillet à Istres (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)

250 kilos de charge utile et transmission des données en direct

Disposant de deux points d'emport sous voilure, le Patroller peut emporter, sous chaque aile, une charge de 80 kilos. On peut y fixer des réservoirs de carburant supplémentaires, des capteurs complémentaires (guerre électronique, Synthetic Aperture Radar - SAR...) ou bien de l'armement léger, par exemple des missiles Hellfire ou des roquettes à guidage laser. Dans le cas d'un drone armé, le ciblage se fait à partir de la boule optronique girostabilisée intégrée à la cellule, la désignation d'objectif, dans le cas d'une frappe laser, étant effectuée par les troupes au sol. Avec les autres équipements, dont la boule, la charge utile du drone est de 250 kilos.
Le Patroller peut embarquer un système de liaison par satellite haut débit, y compris un système de type Inmarsat pour les applications maritimes (Sagem travaille notamment avec Zodiac sur le sujet). Conforme aux normes de l'OTAN, le Patroller présente le standard 4609 qui permet son interopérabilité pour le renseignement image. Grâce à sa liaison de données, le drone peut, par exemple, transmettre les données recueillies aux unités de l'armée et aux services de renseignement dotés du Système d'Aide à l'Interprétation Multi-capteurs (SAIM) développé par Thales. Lors des derniers essais, les données fournies par le Patroller durant son vol étaient directement transmises à terre, dans une salle de travail située dans les locaux de SAFRAN, à Istres, où les ingénieurs les recevaient. En dehors de cette transmission en mission, les données collectées sont conservées à bord de l'appareil sur un enregistreur et récupérées à son retour.

Station au sol le 1er juillet (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)
Station au sol le 1er juillet (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)

Objectif : Un système performant et abordable

Avec le Patroller, Sagem souhaite proposer un système de drone très compétitif d'un point de vue coût/efficacité. C'est pourquoi le groupe français a opté pour une adaptation de l'avion de Stemme. Il bénéficie, ainsi, de l'effet de série de ces appareils, produits à la chaîne, et de caractéristiques civiles moins onéreuses qu'un produit purement militaire. Robuste, la cellule du S-15 est conçue pour des vols à haute performance, ce qui lui permet d'encaisser jusqu'à 6G. Sagem a, dans le même temps, mutualisé certaines fonctions développée pour le Système de Drone Tactique Interimaire Sperwer, que le groupe a vendu à 25 exemplaire (et 120 avions) à 6 pays depuis 10 ans. « Avec le système Sperwer, Sagem a démontré sa maîtrise complète de l'ensemble des technologies nécessaires au développement et à la production d'un système de drones : ensembles optroniques d'observation gyrostabilisés jour-nuit, transmission de données et d'images en temps réel, navigation inertielle et contrôle de vol, segment sol (catapultes, stations de pilotage, etc.), préparation et restitution de missions, conduite des essais, soutien logistique, formation, intégration en système et dans les architectures C4ISR (Command, Control, Communications, Computers, Intelligence, Surveillance and Reconnaissance, ndlr) », explique Sagem . Le Patroller présente d'ailleurs une performance au niveau imagerie identique à celle du Sperwer de l'armée de Terre, mais obtenu depuis une altitude trois fois plus élevée. La station sol du nouveau drone est, quant à elle, dérivée de celle du SDTI, ce qui a permis là aussi de réduire les coûts de développement. L'ensemble fait que le système est aujourd'hui proposé à un coût raisonnable par rapport à ses concurrents, soit 20 à 30 millions d'euros pièce suivant les options.

Le drone Patroller (© : SAGEM - PHILIPPE WODKA-GALLIEN)
Le drone Patroller (© : SAGEM - PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Piloté ou non, pour les militaires ou les civils

Conçu à partir du S-15, le Patroller reste un avion et peut, suivant les missions, être utilisé en drone ou en appareil piloté. Cette modularité n'est pas sans intérêt, les drones ne pouvant être mis en oeuvre partout. « Cela facilite son usage pour la sécurité territoriale, en permettant d'exécuter des missions de surveillance, même en l'absence d'espace aérien réservé : la réglementation ne permet pas le libre accès des drones à l'espace aérien civil », rappelle Sagem. L'embarquement d'une liaison satellite demeure, de plus, optionnel. « Proche » de sa base, le Patroller n'a pas besoin de cet équipement. En matière de mise en oeuvre, la station au sol, relativement compacte, est armée par une équipe de 2 à 3 hommes et peut être facilement intégrée à une base. Son déploiement se fait par voie aérienne ou routière, le drone pouvant être logé dans une remorque de planeur et la station dans un autre camion (ce qui assure, au passage, une certaine discrétion).


Le Patroller (© : SAGEM - PHILIPPE WODKA-GALLIEN)
Le Patroller (© : SAGEM - PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Côté marché, Sagem espère se faire une place entre le Predator américain et le Heron israélien. Le drone franco-allemand est commercialisé en trois versions. Conçu pour la surveillance de théâtre et l'intégration à des opérations multinationales (standards OTAN STANAG 4586 et 4609), le Patroller R est doté d'une liaison et d'une large gamme de capteurs.
Le Patroller M est, quant à lui, destiné à des applications maritimes. Grâce à son endurance et ses capacités de détection, il peut remplir des missions de surveillance maritime et du littoral, de recherche et de sauvetage. Il utilise, à cet effet, son imagerie à haute résolution, ainsi que son capteur infrarouge, tout en pouvant être doté d'une liaison type Inmarsat. Selon Sagem, le Patroller M peut effectuer des missions de sauvetage y compris en environnement de combat (CSAR). Il ne s'agit évidemment pas de se substituer aux moyens aériens actuellement utilisés (hélicoptères, avions) mais le drone peut épauler les capacités déjà en service et même réaliser à moindre frais un certain nombre de missions aujourd'hui assurées (faute d'autre outil disponible) par des moyens lourds et coûteux.
Sagem propose, enfin, la version Patroller S, dédiée à la sécurité territoriale. Cette version, qui dispose d'une liaison line-ofsight et peut exploiter sa capacité à recevoir un pilote à bord, est proposées aux services étatiques comme la police, la douane ou la sécurité civile. De la recherche de personne à la détection de feux de forêt en passant par la lutte contre le narcotrafic, l'immigration clandestine et la surveillance en générale, cette variante de l'appareil pourrait, là aussi, venir en complément des moyens aériens mis en oeuvre aujourd'hui par les différentes administrations.
On notera enfin que Sagem et Stemme travaille à l'intégration d'un moteur plus puissant sur le Patroller. Cette évolution serait disponible en 2012.

Le drone Patroller le 1er juillet à Istres (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)
Le drone Patroller le 1er juillet à Istres (© : SAGEM - OLIVIER LAPY)

Safran Electronics & Defense Drones