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Le Français Secopex va assurer la sécurité maritime en Somalie

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Le Français Secopex va assurer la sécurité maritime en Somalie

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Révélée par la lettre d'information stratégique TTU (*), la signature d'un contrat entre l'Etat somalien et Secopex nous a été confirmée, hier, par la direction de la société française. Début mai, lors de la visite à Paris du président somalien Abdullahi Yusuf, l'entreprise, basée à Carcassonne, a signé un contrat exclusif de 36 mois portant sur la formation de la garde présidentielle mais aussi sur la sécurité des eaux somaliennes, infestées par les pirates. L'accord porte sur la création d'une unité de garde-côtes, le renforcement des affaires maritimes, des douanes et de la gendarmerie maritime, ainsi que la création d'une unité côtière de renseignement. « Cette unité devra pouvoir, en amont, identifier des acteurs potentiels et les appréhender grâce au renseignement », explique Pierre Marziali, président de Secopex. La société militaire privée va mener dans les prochaines semaines une mission d'audit. Il s'agit de réaliser un état des lieux de la situation locale et des moyens existants, de déterminer un mode opératoire pour la création des nouvelles unités et, bien évidemment, de chiffrer le coût de l'opération. En dehors de l'Etat somalien, dont les moyens sont évidemment limités, d'autres bailleurs de fonds doivent financer ce programme, à commencer par les instances internationales. L'objectif est à la fois de sécuriser le pourtour maritime du pays mais aussi de relancer son économie. « Il n'y a pas de développement économique sans sécurité. Ces améliorations permettront de dynamiser l'économie somalienne grâce à son littoral. Il y a le phénomène de la piraterie bien sûr, mais aussi le problème du pillage des ressources halieutiques du pays. Aujourd'hui, des bateaux occidentaux ou asiatiques pêchent en toute illégalité dans les eaux somaliennes, ce qui constitue un manque à gagner pour l'Etat et l'économie littorale », affirme Pierre Marziali.

Du personnel armé proposé aux compagnies

A l'issue de l'audit, Secopex compte entrer « dans le vif du sujet » après l'été. La formation des personnels somaliens devrait être assurée dans des centres situés à Djibouti et sur une île au sud de la Somalie. Cette dispersion géographique permettra de respecter les différences culturelles entre les différentes régions du pays, mais aussi de disposer pour chaque partie du littoral de personnels ayant une connaissance de la zone. Le rivage somalien s'étire, en effet, sur 3300 kilomètres, et il faudra progressivement baser sur la côte des unités légères d'intervention à même de contrer les actions pirates, les trafics en tous genres et la pêche illicite. Autant dire que le travail s'annonce long et complexe.
En dehors du contrat signé avec l'Etat somalien, Secopex compte, parallèlement, proposer aux compagnies maritimes un service commercial basé sur d'escorte ou la présence de personnels armés bord des bateaux de commerce. Jusqu'ici, le recours à des gardes armés posait des problèmes juridiques et suscite souvent la méfiance des armateurs. Toutefois, la recrudescence des attaques sur les routes maritimes les plus fréquentées du monde entraine le développement de moyens de protection. De plus en plus de compagnies font le choix de moyens non létaux, comme des systèmes d'ultrasons. Néanmoins, face à des pirates lourdement armés (fusils d'assaut, lance-roquettes...), Pierre Marziali estime que certains moyens actuellement mis en oeuvre sont insuffisants. « On ne peut pas répondre à des menaces asymétriques par des lances à incendie. Il faut mettre en place des gens armés embarqués mais le faire de façon très professionnelle et dans le respect du droit international et des lois en vigueur dans les eaux territoriales où les bateaux sont amenés à évoluer ». Alors que 300 à 400 bateaux de commerce croisent chaque jour devant les côtes somaliennes, les équipes embarquées à bord de certaines unités seraient composées pour deux tiers, au minimum, de salariés de la société française. Le complément serait assuré par des personnels somaliens triés sur le volet, dont la connaissance de la région pourrait se révéler très utile.

Des protocoles mis au point par d'anciens militaires

Pas question, bien évidemment, de jouer à Zorro et de tirer sur tout ce qui bouge, à commencer par un pêcheur qui, par mégarde, se serait trop approché du cargo protégé. Fondée en 2003 par son actuel président, ancien militaire ayant servi au sein d'unités d'élites parachutistes de l'armée française, Secopex se présente avant tout comme une entreprise de « professionnels ». Afin de développer ses activités dans le domaine maritime, elle recrute d'ailleurs, actuellement, d'anciens marins. Un module spécifique sur l'embarquement armé va également voir le jour au sein de son centre de formation. Unique en France, la société, qui travaille à l'international pour des Etats ou encore des compagnies pétrolières et gazières, s'appuie aujourd'hui sur un vivier d'environ 2000 personnes, spécialistes des questions militaires et de sécurité. On y trouve aussi bien des universitaires spécialisés en criminologie que d'ex-nageurs de combat, le gros des effectifs étant constitué d'anciens personnels du ministère de la Défense ou de l'Intérieur. Pour Pierre Marziali, il s'agit là d'un gage de qualité vis-à-vis de ses clients, notamment dans le cas de gardes armés embarqués. « Les personnels sont d'anciens militaires. Nous garantissons un usage progressif et professionnel du feu, qui répond à des protocoles très précis, en cas de légitime défense ou d'attaque de pirates. L'engagement et l'ouverture du feu sont par ailleurs validés au niveau juridique ». Pour le président de Secopex, l'objectif est de retarder au maximum l'affrontement et même de l'éviter grâce à une politique de dissuasion. « Nous préconisons un plan de communication pour sensibiliser la population de manière à limiter au maximum les risques d'engagement. Dans chaque ville côtière, il faut faire savoir, par exemple par des campagnes d'affichages, que les navires battant tel pavillon ont des personnels armés embarqués issus des unités d'élite de l'armée française. Les pirates savent donc à quoi s'en tenir ».
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(*) Voir le site de TTU

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