Construction Navale
Le grand emprunt à l'aide des chantiers de Saint-Nazaire ?

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Le grand emprunt à l'aide des chantiers de Saint-Nazaire ?

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L'Etat pourrait allouer aux chantiers STX France de Saint-Nazaire des crédits dans le cadre du grand emprunt national souhaité par le président de la République. C'est ce qu'ont appris les élus des collectivités locales (Région des Pays-de-la-Loire, Département de la Loire-Atlantique, Communauté urbaine de Nantes, Communauté d'agglomération de Saint-Nazaire) ainsi que des parlementaires, reçus mardi, à leur demande, par Christine Lagarde. La ministre de l'Economie et des Finances a affirmé que « l'Etat était prêt à accompagner des projets via une enveloppe réservée sur le grand emprunt », explique Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire. Selon les chiffres avancés par la ministre, 7 millions d'euros pourraient être consacrés à des études de recherche et de développement, par exemple sur le navire du futur. Selon plusieurs participants à cette réunion, Christine Lagarde aurait insisté sur la nécessité pour le chantier de se diversifier. R&D, participation éventuelle au financement d'un navire de pose d'éoliennes... L'Etat, actionnaire à 33.34% de STX France, serait prêt à soutenir Saint-Nazaire sur le segment très porteur des énergies marines renouvelables (EMR).

Moderniser l'outil industriel

A Bercy, la nécessité de moderniser l'outil industriel nazairien a également été mise en avant. Il faut dire que ces dernière années, le chantier français a pris un certain retard par rapport à ses concurrents. L'Allemand Meyer Werft a, notamment, largement investi dans ses infrastructures et, très récemment, a signé un important contrat avec Dassault Systèmes pour se doter de l'un des plus performants outils de conception assistée par ordinateur. « L'Italie et l'Allemagne ont largement soutenu le développement de leurs chantiers et investi dans la modernisation de leurs outils de travail, alors que ce n'était pas le cas en France. Or, quand les affaires repartiront, il faudra que Saint-Nazaire soit à la hauteur de la concurrence », estime Joël Batteux. Pour le président de la Communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (CARENE), la volonté de l'Etat de mobiliser des crédits pour la recherche et le développement est « une avancée réelle ». A ses yeux, l'enveloppe évoquée de 7 millions d'euros n'est « pas énorme et il faudra voir ce que cela représentera par rapport aux besoins ». Mais « c'est avec de petits ruisseaux qu'on fait de grandes rivières et ce n'est pas négligeable dans la situation actuelle ». Toutefois, note-t-il, « pour le moment ce ne sont que des déclarations. Le grand emprunt reste un serpent de mer. Il n'est pas mobilisé et, compte tenu des lenteurs administratives, on peut se demander à quelle date arrivera l'argent dans les caisses des entreprises ».

Un actionnaire principal bien discret

Au cours de la réunion, la question de l'achat d'un nouveau portique a également été évoquée. Cet investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros, qui vise à doter le chantier d'un outil de levage d'une capacité de 1000 tonnes, a été ajourné suite à la réduction du carnet de commandes à partir de 2008 (notamment après le report du projet de second porte-avions français). Là encore, l'Etat serait prêt à donner un coup de pouce mais, aurait prévenu Christine Lagarde, il ne le fera pas sans un investissement de STX Europe (détenu à 100% par le Sud-coréen STX Shipbuilding), actionnaire majoritaire de STX France. « Il semble que l'Etat comprend l'importance des chantiers pour l'économie et l'emploi. On les sent mobilisés sur le sujet. Toutefois, même si l'Etat est minoritaire dans le capital, nous souhaiterions qu'il soit un peu plus actif et fasse des propositions », estime Marie-Odile Bouillé, députée socialiste de Loire-Atlantique. « On a l'impression que l'Etat ne sait pas trop où il va et qu'il manque une stratégie industrielle. L'actionnaire principal n'étant pas actif, si l'Etat ne prend pas les choses en main, ça risque de mal se terminer », affirme-t-on dans l'entourage de Jean-Marc Ayrault, président de Nantes Métropole. Joël Batteux semble également regretter un certain attentisme face à l'actionnaire principal de STX France, d'autant que les Sud-coréens ne semblent guère se mêler des affaires nazairiennes depuis leur arrivée en 2008. « L'Etat possède une minorité de blocage mais il n'y a rien à bloquer. En revanche, il faut débloquer des investissements et moderniser l'outil de travail ! ». Pour illustrer l'urgence à lancer les investissements nécessaires, le président de la CARENE prend comme exemple le portique, un outil qui ne sera disponible que plusieurs années après sa commande.

Le nouveau paquebot MSC en bonne voie, le projet russe plus complexe

Mais, après avoir dépensé une fortune pour s'offrir le Norvégien Aker Yards, qui avait racheté à Alstom, pour une bouchée de pain, les Chantiers de l'Atlantique, STX Shipbuilding ne semble pas prêt à investir. Du moins pas avant que le carnet de commandes se regarnisse. D'où les efforts consentis par Bercy pour faire aboutir, au plus vite, la signature d'un contrat portant sur la commande d'un gros paquebot destiné à l'armateur italo-suisse MSC Cruises. Ce projet, vital, doit permettre de relancer l'activité en production dans les prochaines semaines. Pour faciliter le financement, l'Etat a mis en place un système d'assurance-crédit export via la Coface. « La ministre, pour reprendre ses propos, nous a indiqué que ce contrat était acquis à 98.5%. Le plan de financement est bouclé et le projet est en train d'être finalisé juridiquement », note Marie-Odile Bouillé. La députée confirme qu'au cours de la réunion, le mercredi « 23 juin » a bien été avancé comme date de reprise de l'activité en fabrication. Toutefois, nous a-t-on confirmé hier chez STX France, cette date « ne correspond à rien ». Selon la direction du chantier, les ateliers sont prêts à rouvrir dès la signature du contrat, espérée mi-avril. En attendant, les bureaux d'études travaillent sur les plans du navire, qui sera dérivé des Fantasia, mais avec plus de 100 cabines supplémentaires (1751 contre 1637).
Quant à la vente de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie, la situation serait en revanche un peu plus compliquée. L'aboutissement de ce projet dépendra des négociations liées au degré d'équipement des plateformes. Moscou souhaiterait, en effet, que les navires soient dotés d'électronique et d'armements occidentaux, ce que Paris a jusqu'ici refusé. Si un accord est trouvé, un à deux BPC seraient réalisés à Saint-Nazaire.

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