Construction Navale
Le Japon pourrait décrocher la commande d'un très gros paquebot

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Le Japon pourrait décrocher la commande d'un très gros paquebot

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Bien qu'attendue, cette nouvelle venant du Japon est de mauvais augure pour les chantiers européens, dont les paquebots sont aujourd'hui la chasse gardée. Mitsubishi Heavy Industries discuterait avec un « client européen » en vue de réaliser un « très gros navire de croisière », a indiqué hier la presse japonaise, précisant qu'il s'agirait d'une unité de plus de 1000 cabines dont le coût pourrait dépasser 600 millions d'euros. Les journaux nippons évoquent comme client potentiel une filiale britannique du groupe américain Carnival. Selon toute vraisemblance, cette compagnie, dont le nom n'est pas cité, pourrait bien être Princess Cruises, dont on sait qu'elle doit commander de nouvelles unités. Le dernier paquebot commandé par l'armement, le Ruby Princess, est actuellement en achèvement chez Fincantieri pour une livraison en novembre. Et si, pour prendre la suite de la dernière série réalisée en Italie, Princess regardait du côté du Japon ? Ce ne serait, en tous cas, pas une première pour cet armement. Princess Cruises a, en effet, déjà touché deux très belles unités construites par Mitsubishi. Longs de 285.6 mètres pour une jauge de 116.000 tonneaux et une capacité de 1335 cabines, les Diamond Princess et Sapphire Princess ont été livrés en février et mai 2004. Dérivés des navires construits en Italie, ces paquebots sont réputés comme très réussis. Mais les chantiers japonais avaient déjà prouvé leur savoir-faire avec le Crystal Harmony, en 1990.

Le Crystal Harmony (PHOTO : NYK Line)
Le Crystal Harmony (PHOTO : NYK Line)

Un euro trop fort pourrait inciter les armateurs à se tourner vers l'Asie

Toutefois, s'ils avaient signé une réussite technique, les chantiers japonais avaient rencontré avec leur premier navire de croisière un véritable gouffre financier. Ils attendront donc une bonne dizaine d'années avant de renouveler l'expérience, se concentrant dans l'intervalle sur la construction de navires marchands, pour lesquels ils occupent aujourd'hui le second rang mondial derrière les Sud-coréens.
La poussée très forte de l'industrie chinoise, dont les chantiers rattrapent à vive allure les carnets de commandes de leurs voisins asiatiques, poussent néanmoins Japonais et Coréens à se diversifier. Confrontés à la concurrence des Chinois, plus compétitifs sur les navires de charge, les deux leaders mondiaux de la construction navale s'intéressent de près à d'éventuels débouchés dans des navires plus complexes, comme les paquebots. Disposant déjà d'une expérience en la matière, les Japonais pourraient donc se relancer sur ce segment très lucratif pour les Européens. Côté coréen, Samsung n'a pas caché son intention de se positionner sur ce marché dans la prochaine décennie, alors que STX Shipbuilding a choisi d'entrer dans le capital d'Aker Yards, propriétaire des ex-Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire.
Jusqu'ici fidèles aux chantiers européens, les grands armateurs, presque tous Américains, pourraient être tentés de placer des contrats en Asie en raison du cours très élevé de l'euro par rapport au dollar. Le prix des paquebots a, en effet, presque augmenté de 50% en quelques années avec la hausse de la monnaie européenne. Cette semaine, au cours du Seatrade de Miami, plusieurs compagnies n'ont pas caché que la valeur de l'euro était un véritable frein aux investissements. Alors que le marché de la croisière ne s'est jamais aussi bien porté, aucune grosse commande n'a été enregistrée pendant le grand rendez-vous annuel de Miami. Un signe qui ne trompe pas et, peut-être, une fenêtre entrouverte pour les appétits des chantiers asiatiques.

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