Défense
Le Jean Bart inaugure la difficile opération européenne Irini au large de la Libye
ABONNÉS

Actualité

Le Jean Bart inaugure la difficile opération européenne Irini au large de la Libye

Défense

La France a annoncé le déploiement de la frégate antiaérienne Jean Bart dans la nouvelle opération européenne au large de la Libye. Baptisée « Irini » (la paix en grec), elle succède à Sophia et a comme première et délicate - voire impossible mission - de faire respecter l’embargo sur les armes à destination du territoire libyen. 

La suite de Sophia, vidée de sa substance en 2019

Sophia avait pour mémoire été initiée en 2015 dans le but de démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants d'êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale. Des moyens navals et aériens avaient été déployés au large de la Libye au sein de sa composante opérationnelle, l’EUNAVFOR Med. A l’été 2018, cette-ci comptabilisait sur trois ans quasiment 45.000 personnes secourues en mer lors de 312 opérations de sauvetage, 151 passeurs présumés interpellés et transférés à l’agence Frontex ou aux autorités italiennes, ainsi que 551 embarcations neutralisées. Des programmes de formation avaient été mis en place au profit des garde-côtes libyens (plus de 350 ont été formés entre 2017 et 2019), dont l’action, contestée par les ONG, s’est accrue sensiblement à partir de 2018, leur zone d’intervention s’étant étendue très au large. Ce qui avait entrainé un effondrement des sauvetages réalisés par les bâtiments européens.

Mais la problématique des migrants n’était pas la seule préoccupation de Sophia. A partir d’octobre 2016, l’opération avait intégré une nouvelle mission en participant de manière active à l'embargo sur les armes décrété par l’ONU en Libye. Cela passait notamment par un contrôle accru du trafic maritime en provenance d'autres pays ainsi que des liaisons entre les ports libyens. A cet effet, les unités de la force aéromaritime européenne ont interrogé des centaines de navires et réalisé de très nombreuses inspections via les équipes de visite déployées par les bâtiments présents sur zone. Une action qui permit de conduire plusieurs saisies d'armes et avait, selon les militaires européens, un effet dissuasif important.

Reprise des combats entre le GNA et les troupes du maréchal Haftar

L’opération avait cependant tourné court l’année dernière, sous la pression de l’Italie et de son ministre de l’Intérieur d’alors, Matteo Salvini. Malgré la baisse sensible des arrivées de migrants, ce dernier en avait fait un symbole politique et Rome obtint le retrait de la composante maritime de l’EUNAVFOR Med. Celle-ci n’avait ainsi plus de bâtiment présent au large de la Libye depuis mars 2019, seule une surveillance aérienne de la zone étant maintenue. Au-delà de la problématique des migrants, puisque plus personne ne contrôlait l’embargo, ce retrait a évidemment eu des conséquences sur les livraisons d’armes en Libye, où le conflit a repris de plus belle entre le gouvernement d’union nationale (GNA) mené par Fayez al Sarraj et reconnu par la communauté internationale, et en face les troupes de l’armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l’est du pays.   

Le mandat d’Irini

Face à cette situation, l’Europe devait réagir.

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française