Disp POPIN non abonne!
Croisières et Voyages

Reportage

Le Lapérouse : A la découverte du nouveau bijou de Ponant

Croisières et Voyages

Nous vous emmenons aujourd’hui à bord du nouveau fleuron de la compagnie française Ponant. Premier d’une série de six navires d’expédition réalisés dans le cadre du projet Explorer, Le Lapérouse a été livré le 15 juin par les chantiers norvégiens Vard. Quatre jours plus tard, il débutait sa première croisière en Islande, où il fut officiellement inauguré le 10 juillet.

Baptisé en l’honneur du marin et explorateur français Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, qui disparut vers 1788 à Vanikoro lors d’une grande expédition autour du monde ordonnée par Louis XVI et débutée trois ans plus tôt à Brest, ce superbe navire mesure 131 mètres de long pour 18 mètres de large et affiche une jauge de 10.038 GT.

 

 

Le Lapérouse dans les eaux islandaises

Le Lapérouse dans les eaux islandaises (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

 

Extérieurement, il a été dessiné comme les précédents navires de Ponant par le bureau d’architecture nantais Stirling Design International, avec à la manœuvre Joël Brétécher et Thibaut Tincelin. Conformément au vœu de la compagnie, les architectes ont donné au Lapérouse les lignes d’un grand yacht, avec sa belle coque noire et blanche, d’élégantes formes arrondies et une partie arrière en gradins se terminant à la poupe par une marina dominée par une piscine vitrée.  

 

La plateforme de la marina une fois déployée

La plateforme de la marina une fois déployée (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Une marina déployable et polyvalente

Cette marina constitue d’ailleurs l’une des grandes nouveautés du navire, puisqu’elle peut ingénieusement se déployer et prendre diverses positions, passant par exemple d’un espace de relaxation à une aire d’embarquement. Pour cela, une bonne partie du pont se lève et libère l’embarcadère replié en dessous, avant de se rétracter. La plateforme, avec un escalier d’accès, est positionnée à la hauteur souhaitée. Grâce à cet outil polyvalent, développé sur la base d’un concept imaginé dans le yachting mais dans une version beaucoup plus petite, Le Lapérouse permet à ses passagers d’embarquer en toute sécurité sur les Zodiac ou autre bateaux venant les chercher pour les excursions, mais aussi quand la plateforme est au ras de l’eau voire même légèrement sous la surface, de se baigner facilement et profiter de diverses activités nautiques, par exemple des sorties en kayak ou des plongées. Il est même possible de mettre au sec les Zodiac en les posant sur la plateforme, ce qui évite tout risque lié au transbordement des passagers. Alors que les embarcations sont stockées sur le pont supérieur, les équipements des jeux nautiques sont logés dans des locaux sur l’arrière, qui dispose aussi d’une salle plongeurs, la compagnie proposant des plongées au nitrox pour découvrir les fonds marins.

 

(© SDI)

(© SDI)

(© SDI)

(© SDI)

 

Le premier salon sous-marin sur un navire de croisière

Ceux-ci peuvent également être observés grâce au Blue Eye, qui constitue sans nul doute la grande innovation de ce bateau. Situé sous la ligne de flottaison, ce fascinant salon sous-marin, imaginé par l’architecte Jacques Rougerie, compte de chaque côté un grand hublot de 3.4 mètres de long pour 1.6 mètre de haut. De forme elliptique, ces hublots symbolisent les yeux d’un cétacé, la décoration du salon, reproduisant des fanons, donnant l’impression d’être à l’intérieur d’une baleine. Au Blue Eye, les passagers peuvent découvrir les fonds marins, en particulier lorsque le navire est au mouillage dans des eaux très claires, avec l’opportunité unique d’observer les poissons et même les récifs situés sous la coque.

 

Le Blue Eye

Le Blue Eye (© MER ET MARINE)

 

 

Un système d’éclairage favorise la visibilité et met en valeur les organismes photoluminescents, alors que des caméras (sous les hublots et sur le bulbe d’étrave) permettent de projeter sur de grands murs numériques les images de cet environnement marin, y compris, comme cela a été le cas lors de l’une des premières croisières du Lapérouse, des dauphins jouant avec le bulbe en pleine navigation. Le Blue Eye offre de plus une expérience multi-sensorielle, avec un éclairage spécifique mais aussi une mise en scène sonore conçue par le compositeur Michel Redolfi sur la base de recherches en musique subaquatique. Mais le navire est aussi doté sous sa quille d’hydrophones, grâce auxquels sont diffusés dans le salon les véritables bruits de la mer, par exemple lorsque l’on croise la route de baleines. Les passagers peuvent alors complètement s’immerger dans l’univers marin, confortablement installés dans des sofas, qui diffusent au rythme de l’ambiance sonore de légères vibrations à travers le corps.

 

 

Des hublots ultrarésistants

Cet incroyable salon sous-marin a évidemment nécessité de très importants travaux de développement et a constitué un beau casse-tête en matière de sécurité, surtout pour un navire conçu pour naviguer dans les zones polaires.  Mais la direction technique de la compagnie, emmenée par Mathieu Petiteau, ainsi que les architectes et les ingénieurs des chantiers sont parvenus à trouver les solutions adéquates. Très épais et extrêmement résistant, le verre pare-balle employé pour les hublots comprend plusieurs couches totalisant plusieurs centimètres d’épaisseur. Il a été conçu pour résister à de sévères impacts, par exemple des blocs de glace. Mais aussi, car c’est en fait le cas le plus critique,  le coin d’un conteneur dérivant entre deux eaux et heurté à pleine vitesse. Au final, selon la direction technique de la compagnie, les études et tests réalisés ont démontré que ces hublots étaient encore plus résistants que la coque en acier, dont l’épaisseur maximale est de 17mm au niveau de la « ceinture glace », le navire étant classé PC6.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La terrasse arrière et le salon principal

Le Lapérouse et ses sisterships pourront donc évoluer vers l’Arctique et l’Antarctique, mais ces bateaux sont plutôt tournés vers une exploitation tropicale, avec leur plage arrière doublée de cette marina amovible, ainsi que la vaste terrasse avec piscine située au niveau supérieur. Cet espace largement abrité du soleil et disposant d’un bar sert de salon extérieur et de restaurant-grill.

 

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Il donne directement sur le lougne principal du navire, qui s’étale sur toute la largeur et offre de belles vues extérieures avec ses grandes baies vitrées. On accède ensuite, toujours sur le pont 3, au très bel espace de la réception, agrémenté d’une boutique et d’un bureau des excursions.

 

Le grand salon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le grand salon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La réception

La réception (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Théâtre et restaurant

Sur l’avant se trouve un théâtre pouvant accueillir l’ensemble des passagers (184) pour des spectacles en soirées mais aussi des conférences au fil de la journée.

Au pont supérieur (4), sur l’arrière, est logé le magnifique restaurant principal, qui s’ouvre sur une terrasse dominant la plage arrière et où il est possible de dîner en extérieur, avec là aussi des protections pour s’abriter du soleil dans les régions très chaudes.

 

Le théâtre

Le théâtre (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le restaurant

Le restaurant (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Salon d’observation

Le pont 6 accueille quant à lui la galerie photo, où les passagers peuvent retrouver sur des écrans tactiles des clichés souvenirs des expéditions, réalisés par les deux photographes professionnels de l’équipage.

Puis, sur l’avant, au débouche dans un superbe salon d’observation, avec vue panoramique derrière les baies vitrées et prolongement sur une terrasse extérieure permettant de profiter de la vue comme de prendre un verre en plein air ou un bain de soleil.

 

Le salon d'observation

Le salon d'observation (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le salon d'observation

Le salon d'observation (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Centre de bien-être

Le dernier pont du Lapérouse, le 7, accueille quant à lui le centre de bien-être, avec notamment trois salles de soins (une double et deux cabines simples), un magnifique sauna avec vue sur la mer, un salon de beauté et une salle de sport. Une terrasse extérieure permet aussi de se relaxer au soleil.

 

 

Le sauna

Le sauna (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un design intérieur particulièrement réussi

Confiés à l’architecte français Jean-Philippe Nuel, qui avait déjà signé les quatre précédents navires de la classe Boréal, le design et la décoration intérieure du Lapérouse sont une vraie réussite. Extrêmement élégants et raffinés, les espaces, cosy, chaleureux et particulièrement beaux, font la part belle au bois, qui est omniprésent à bord. Un tour de force technique car autant de boiserie sur un navire n’est normalement pas autorisé pour des questions de sécurité. Il a donc fallu ruser, en employant de nombreux plaquages et laminés, avec des matériaux et peintures qui ont l’aspect du bois mais n’en sont pas. L’illusion est en tous cas parfaite. Agrémentée de profilés métalliques ainsi que de motifs et objets d’art d’esprit tribal, rappelant les régions aussi reculées qu’exotiques que sillonnera le Lapérouse, la décoration est superbement soulignée par des éclairages soigneusement disposés du sol au plafond. L’ensemble contribue à créer l’atmosphère d’un grand yacht.

 

Cabine avec balcon

Cabine avec balcon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

92 cabines et suites

A l’image des espaces publics, les cabines sont aussi une belle réussite. Bien que globalement plus petites qu'à bord des navires de luxe des compagnies américaines, elles sont décorées avec beaucoup de goût, se révèlent particulièrement agréables, confortables et pratiques. Il y en a 92 à bord, dont 88 dotées d’un balcon privatif, les autres d’un sabord. Il y a notamment là quatre magnifiques suites de 45 m², la suite de l’armateur et trois suites Grand Deluxe. Situées sur l’arrière des ponts 5 et 6, elles comprennent un salon, une chambre à coucher, un grand dressing, une superbe salle de bain avec baignoire balnéo et douche offrant une vue sur la mer, ainsi qu’une vaste terrasse de 30 m². Celle-ci, qui de fauteuils et chaises longues, peut aussi servir à ses occupants pour organiser un apéritif en soirée avec des amis. Il suffit pour cela d’en faire la demande au majordome rattaché aux suites et qui est là pour répondre aux moindres désirs des passagers. On notera que la terrasse de la suite de l’armateur est en plus équipée d’un bain à remous.

 

Suite de l'armateur

Suite de l'armateur (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Suite de l'armateur

Suite de l'armateur (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Terrasse d'une suite Grand Deluxe

Terrasse d'une suite Grand Deluxe (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le navire comprend également quatre suites Privilège (32 m² + 8 m² de balcon) et cinq suites Deluxe (27 m² + 6 m² de balcon) avec dressing et salon, ainsi que 79 cabines Prestige et Deluxe (19 m² + 4 m² de balcon)  dont 36 communiquent pour former 18 suites familiales. La plupart des cabines sont doubles, avec néanmoins, pour certaines, la possibilité d’accueillir une troisième personne. Comme sur les Boréal, les salles d'eau (avec douche) sont vitrées et donnent sur la chambre, les WC étant séparés.

 

Cabine avec balcon

Cabine avec balcon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Salle de douche donnant sur la chambre

Salle de douche donnant sur la chambre (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Cabines communicantes

Cabines communicantes (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La capacité du navire est donc de 184 passagers en base double. Ils sont servis par 110 membres d’équipage, un ratio permettant d’offrir un service de grande qualité. D’autant que s’y ajoutent des couchages pour 10 naturalistes accompagnant les passagers lors des croisières.

Une drome conséquente

Pour les excursions, le navire dispose de 10 Zodiac, qui permettent de proposer aux passagers des excursions en mer ou les transférer vers des sites terrestres dépourvus d’installations portuaires. Ces semi-rigides sont logées en haut du navire et manutentionnées au moyen de grues. Le Lapérouse compte également deux embarcations de sauvetage, qui par rapport aux plans initiaux ont été intégrées deux ponts plus haut dans les superstructures. Une modification qui a permis d’augmenter le nombre de cabines avec balcon mais donne une allure un peu plus « ventrue » au bateau. Les tenders, qui peuvent aussi servir au transfert de passagers vers la côte pour les excursions, se trouvent finalement à 18 mètres au-dessus de la ligne de flottaison, soit 3 mètres de plus que ce qu’autorise normalement la règlementation. La compagnie a obtenu pour se faire une dérogation après avoir démontré que ses moyens d’évacuation, même aussi hauts, étaient aussi efficaces et répondaient donc aux exigences de sécurité imposées par l’Organisation Maritime Internationale. La partie sécurité a d’ailleurs bénéficié du retour d’expérience de l’évacuation du Boréal suite à un incendie en novembre 2015, permettant d’améliorer les process et flux de passagers en cas d’abandon.

 

Le Lapérouse dans les eaux islandaises

Le Lapérouse dans les eaux islandaises (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

 

Propulsion diesel-électrique

Côté propulsion, Le Lapérouse est équipé d’une motorisation diesel-électrique classique, avec quatre générateurs Wärtsilä 8L20 et une puissance totale installée de 6400 kW. Ils alimentent deux moteurs électriques asynchrones Indmar entrainant deux lignes d’arbres. Des hélices traditionnelles et deux safrans pour les gouvernes ont été préférés à des pods (moteurs placés dans des nacelles orientables à 360 degrés) pour des questions de coûts mais aussi d’opérations. Les navires de Ponant, habitués à évoluer près des côtes, ont en effet besoin de solides capacités de giration et de maintien de cap, qui selon la compagnie sont meilleures un système classique. Pour améliorer sa manœuvrabilité, notamment dans les ports, baies et zones resserrées, Le Lapérouse dispose d’un propulseur d’étrave de 800 kW. On notera que le navire répond également au standard SRTP (Safe Return To Port), ce qui est d’ailleurs une première pour un bateau de cette taille. Cette norme, basé sur une augmentation sensible des redondances au niveau de la propulsion, de la génération d’énergie, des réseaux électriques et autres systèmes de commande, permet d’assurer qu’en cas d’avarie majeure, le navire pourra regagner un port par ses propres moyens et en offrant un niveau confort satisfaisant aux passagers. Le Lapérouse peut ainsi atteindre la vitesse règlementaire sur une seule ligne d’arbres et évoluer au moins à 6 nœuds face à un vent très puissant de 8 sur l’échelle de Beaufort.

Dépourvu de systèmes de lavage des fumées (scrubbers), dispositif dans lesquels on ne croit pas beaucoup au sein de la compagnie, le navire s’appuie sur des moteurs fonctionnant au fuel lourd ou au gasoil, ce dernier étant privilégié pour d’évidentes questions environnementales. Chez Ponant, on assure d’ailleurs que le gasoil est appelé à devenir l’unique carburant de la flotte.

 

Le Lapérouse dans les eaux islandaises

Le Lapérouse dans les eaux islandaises (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

La passerelle du Lapérouse

La passerelle du Lapérouse (© MER ET MARINE)

 

Comme la navigation, la partie propulsion ainsi que tous les systèmes liés à la sécurité sont directement gérés par l'équipe de quart en passerelle. Situé au pont 5, l'espace timonerie, prolongé devant par une grande terrasse extérieure, pourrait être avancé sur de prochains navires de la série, ce qui offrirait sans doute une visibilité accrue tout en permettant de loger quelques cabines supplémentaires. 

Une montée en gamme très claire

Au final, Le Lapérouse se révèle comme un magnifique bateau, qui permet à Ponant de monter clairement en gamme par rapport à ses précédents navires et, ainsi, venir rivaliser avec les grandes compagnies de luxe internationales. Seul bémol peut-être, la taille des cabines, qui semble néanmoins parfaitement suffisante pour les voyages d’expédition, où l’aventure se déroule essentiellement à l’extérieur. La surface découle aussi d’un évident compromis pour parvenir à proposer un bateau compact, qui est d’ailleurs très dense sans pour autant être surchargé. Ce compromis explique aussi probablement que les ponts extérieurs paraissent occuper une surface finalement assez réduite, même si à défaut d’un grand pont découvert, il y a tout de même en plus des balcons équipant la quasi-totalité des cabines une bonne demi-douzaine d’espaces extérieurs disséminés sur le navire.

Ces petites remarques ne grèvent cependant pas l’excellente impression générale que laisse le nouveau fleuron de Ponant, qui a se félicite-t-on à bord déjà conquis ses premiers passagers, notamment les fidèles de la compagnie.

Premier sistership du Lapérouse, Le Champlain sera mis en service dès octobre prochain. Suivront en 2019 Le Bougainville et Le Dumont d’Urville, puis en 2020 Le Bellot et Le Surville. 

Après l'Islande cet été, Le Lapérouse mettra le cap sur la Méditerranée, puis l'océan Indien et, en 2019, rejoindra l'Asie et l'Océanie. 

 

Le Lapérouse dans les eaux islandaises

Le Lapérouse dans les eaux islandaises (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

Compagnie du Ponant