Construction Navale
Le Libyen GNMTC commande un paquebot à Saint-Nazaire

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Le Libyen GNMTC commande un paquebot à Saint-Nazaire

Construction Navale

La conclusion du contrat n'aura pas trainé. Après la lettre d'intention signée le 4 juin, la compagnie libyenne General National Maritime Transport Company (GNMTC) a confirmé le 30 juin la commande d'un gros paquebot aux chantiers STX France de Saint-Nazaire. Dérivé des unités de la classe Fantasia, construites pour MSC Cruises, le futur navire affichera une jauge de 139.400 tonneaux et mesurera 333 mètres de long pour 38 mètres de large. Il disposera de 1739 cabines pour les passagers et 732 cabines pour l'équipage. Après une découpe de la première tôle, qui devrait intervenir cet automne, la livraison du « X32 », dont le coût est estimé à plus de 500 millions d'euros, est prévue en décembre 2012. « Nous sommes fiers d'accueillir ce nouveau client sur notre chantier de Saint-Nazaire et ainsi de participer au développement de l'activité de GNMTC », explique Jacques Hardelay, Directeur Général de STX France.

2008 : Le MSC Fantasia en construction  (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
2008 : Le MSC Fantasia en construction (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Un partenariat avec MSC ?

Pour GNMTC, cette commande est une grande première. La compagnie, dont Hannibal Kadhafi (l'un des fils du colonel) est l'un des principaux « consultants », ne travaillait jusque là pas dans le secteur de la croisière. Fondée en 1975, cette société d'Etat exploite actuellement une flotte de 24 navires spécialisés dans le transport de pétrole brut, de produits pétroliers et de GPL (gaz de pétrole liquéfié). Pour l'heure, GNMTC a commandé un paquebot mais n'a rien dévoilé concernant son exploitation. En dehors des périodes où le bateau sera, sans doute, armé pour les besoins de l'Etat libyen (on se rappelle qu'il y a deux ans, Tripoli avait cherché en vain à affréter un navire de plus de 1000 cabines pour la période estivale), que va-t-il faire ? Il ne serait pas étonnant que GNMTC noue un partenariat avec MSC, le choix du design des Fantasia laissant la possibilité à l'armateur italo-suisse de pouvoir commercialiser un produit équivalent au sien. La compagnie libyenne ne disposant pas de l'expérience de la croisière ni des équipages spécialisés, il ne serait, de plus, pas étonnant qu'elle se retourne vers MSC pour assurer l'exploitation de son navire.

Le MSC Fantasia  (© : MSC CRUISES)
Le MSC Fantasia (© : MSC CRUISES)

Le « V32 » et le « X32 »

Partant de ce raisonnement, il est légitime de s'interroger sur l'avenir du « V32 », un troisième Fantasia ayant fait l'objet d'une lettre d'intention signée avec STX France le 1er mars. A ce jour, malgré les effets d'annonce, cette commande n'est toujours pas entrée en vigueur, bien que le chantier ait décidé en mai de débuter par anticipation (et sur fonds propres) la construction. Avec la commande libyenne, le « V32 » pourrait-il devenir le « X32 » et, in fine, constituer le même navire ? A Saint-Nazaire, on répond négativement, assurant qu'il s'agit bien de deux projets différents. L'entrée en vigueur du contrat MSC est, toujours, espérée prochainement. STX, MSC et l'Etat français (qui aide au financement via la Coface et une assurance crédit export) continue de travailler sur les aspects financiers et juridiques du projet. Il ne faut par exemple pas que l'intervention des pouvoirs publics français puisse être perçue comme une aide d'Etat, interdite par la Commission européenne.

Le MSC Magnifica, livré en février (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le MSC Magnifica, livré en février (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Enfin une bonne nouvelle

Le contrat signé avec GNMTC constitue, en tous cas, une première bulle d'oxygène pour les chantiers nazairiens. Si l'on ajoute le navire de MSC (livrable à l'été 2012), cela signifie que STX France va, progressivement, retrouver une charge de travail normale au cours de l'année 2011. Mais la longue période de trois années où le chantier n'a pas enregistré de nouvelle commande dans la croisière va laisser des traces. En interne, les effectifs sont passés sous la barre des 2400 salariés, afin d'anticiper la baisse de charge rencontrée depuis plus d'un an, mais aussi de préparer le site à une baisse globale du nombre de paquebots commandés dans les années à venir. Initié fin 2009, le plan de départs volontaires se poursuit, avec, au 1er juillet, 201 dossiers déposés et 176 validés (sur 351 postes ouverts).

Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Quant à la sous-traitance (2000 à 3000 personnes), le départ le 17 juin du paquebot Norwegian Epic (construit pour NCL) a marqué le début d'une longue pause dans l'activité d'armement des navires de croisière. Il faudra, en effet, attendre une bonne année avant qu'un nouveau paquebot ne soit mis à flot et entre en phase d'achèvement. Dans le même temps, STX reste toujours confronté à un manque de travail pour ses bureaux d'études. Car les deux derniers navires ne sont pas des prototypes mais des « répétitifs », c'est-à-dire des bateaux quasiment identiques à des unités précédemment livrées. Ils bénéficient donc, pour l'essentiel, d'études déjà réalisées. « Ces deux navires peuvent assurer une charge de travail précieuse pour les ateliers de fabrication, qui viennent de connaître une longue période de fermeture et qui serait ainsi chargées au delà de fin 2011 ; puis pour les équipes bord, dont certaines sont confrontées au chômage actuellement. STX et ses coréalisateurs naviguent cependant toujours dans une mer agitée. Une commande de prototype constitue la seule clé permettant d'éviter d'important volumes de chômage partiel aux bureaux d'étude de STX France et de donner aussi de nouvelles perspectives aux bureaux d'études des coréalisateurs les plus proches », estime la CFDT.

Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

« Conserver les savoirs » et « Préparer le chantier de demain »

La CFDT, comme les autres syndicats du chantier, se félicite de la bonne nouvelle libyenne. A la CGT, on considère que ce retour de l'activité doit se traduire par « l'arrêt du chômage partiel, l'embauche des apprentis, une politique salariale pour répondre au pouvoir d'achat des salariés et l'arrêt du Plan de Départ Volontaire afin de conserver les savoirs et les savoirs faire ». Pour le syndicat : « Ces revendications sont vitales pour la pérennité du dernier grand chantier français de construction navale civile ». Force Ouvrière, de son côté, réclame toujours que l'Etat français, qui détient 33.34% de STX France, devienne l'actionnaire majoritaire de l'entreprise. « Une fois encore, FO déplore que l'actionnaire majoritaire coréen STX soit totalement absent sur ce dossier (libyen, ndlr) et que seul l'Etat accompagne le chantier naval pour concrétiser les commandes. Ces constats démontrent que notre chantier demeure fragile, d'autant plus qu'aucun investissement lourd n'a été fait depuis que nous subissons la valse des actionnaires (reprise par le Norvégien Aker Yards en 2006 puis par STX en 2008). Ce qui n'est pas le cas des chantiers Fincantieri, forts car détenus à 100% par l'Etat italien », affirme FO. La CFTC et la CFE-CGC appellent, de leur côté, à préparer le « chantier de demain ». Pour les deux syndicats : « On ne cesse de nous rappeler notre manque de compétitivité en production de coque. Cela ne s'améliorera que par une ambitieuse politique d'investissement. Et cela va bien plus loin que le portique et l'informatique. La direction et les actionnaires doivent mettre en place cette politique comme cela a pu être fait par le passé, y compris en période difficile : Panneaux plans et aire de montage dans les années 60, tôlerie 2000 dans les années 90 par exemple. Ces investissements doivent aussi concerner l'offshore, car nous n'y serons compétitifs qu'à ce prix ».

Le BPC Dixmude en avril  (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le BPC Dixmude en avril (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Diversification et perspectives de commandes

Pour l'heure, en dehors des V32 et X32, STX France travaille sur la construction du troisième bâtiment de projection et de commandement du type Mistral. Commandé pour la Marine nationale en avril dernier, dans le cadre du plan de relance de l'économie, le BPC Dixmude (G33) sera mis à flot à la fin de l'été, pour une livraison au printemps 2011. Il sera ensuite transféré chez DCNS, à Toulon, pour l'intégration de la mise au point du système d'armes et du système de combat. Entre Paris et Moscou, les négociations se poursuivent en vue de signer un contrat pour l'acquisition de 4 BPC par la marine russes. La commande, dont l'aboutissement est espéré dans les prochains mois, verrait la réalisation de la tête de série à Saint-Nazaire. Toujours dans le domaine militaire, l'année 2011 sera très importante pour le projet de second porte-avions français. En déplacement récemment sur le Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy s'est présenté comme un fervent partisan des porte-avions. Reste que la commande du « PA2 » (estimée à 2.5 milliards d'euros), en période préélectorale, constituerait un véritable engagement politique.
En dehors du militaire, STX France cherche également à se diversifier dans le domaine de l'offshore. Le chantier concoure à divers appels d'offres et compte sur l'aboutissement de certains projets, notamment dans les énergies marines renouvelables (éolien offshore et hydroliennes). La commande en juin d'une première unité de pose d'hydroliennes en mer, qui sera réalisée sur le site lorientais de STX, est un premier signe encourageant. « Une reprise d'activité paquebot ne doit surtout pas nous détourner de l'offshore. Au contraire, nos clients potentiels pensent souvent que cette diversification, n'est qu'éphémère et que nous reviendrons au tout paquebot dés le premier retournement de tendance. C'est le moment de les convaincre en redoublant d'efforts commerciaux, à commencer par les vastes projets d'énergies marines renouvelables qui fleurissent à nos portes », expliquent la CFTC et la CFE-CGC.

Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Vers un regain de commandes dans la croisière ?

Mais, en attendant les fruits potentiels et à long terme des efforts consentis sur la diversification (mise en place de nouvelles équipes, formations des personnels...), la croisière reste un gros pourvoyeur d'activité à court terme. Après avoir digéré, d'ici 2012, les énormes capacités supplémentaires engendrées par les très nombreux paquebots commandés entre 2004 et 2007, les armateurs vont, inévitablement, relancer leurs investissements. Le développement continu du marché, la nécessité de renouveler les unités anciennes et la fin de la crise économique devraient faciliter les nouvelles commandes. De plus, la baisse significative de l'euro face au dollar peut inciter les groupes américains à investir. Les projets seraient, en tous cas, très nombreux à l'heure actuelle. Mais la concurrence est rude car tous les chantiers, qu'ils soient français, finlandais ou italiens, ont besoin de garnir d'urgence leurs cales. Même l'Allemand Meyer Werft, dont le site de Papenburg est plein jusqu'en 2012, doit engranger de nouveaux contrats pour prendre la relève, dès l'an prochain, des projets en cours. La présence à Rotterdam de Bernard Meyer, qui a été vu avec ses dossiers à bord du Norwegian Epic lors de la première présentation du navire, fraichement livré par Saint-Nazaire, montre que les Allemands sont, eux-aussi, en embuscade, notamment avec NCL.
Pour l'heure, et en comptant le V32 de MSC, 20 navires de croisière (de plus de 120 cabines) sont en commande pour des livraisons échelonnées jusqu'au printemps 2014. Fincantieri réalisera 10 navires, Meyer Werft 6, STX Europe 3 (2 à Saint-Nazaire et 1 à Turku, en Finlande) et T. Mariotti 1.

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