Histoire Navale
Le Maillé-Brézé devrait rallier Dunkerque pour tourner dans un film

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Le Maillé-Brézé devrait rallier Dunkerque pour tourner dans un film

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Transformé en musée à Nantes en 1988, le dernier escorteur d’escadre de la Marine nationale encore à flot intéresse le producteur et réalisateur Christopher Nolan dans le cadre de « Dunkirk ». L'histoire de ce film, qui sortira à l’été 2017, se déroule lors de la bataille de Dunkerque (1940), à l’occasion de laquelle les troupes britanniques et françaises purent échapper aux Allemands. Dans cette perspective, la production, à la recherche de bateaux et engins historiques, a demandé à l’association Nantes Marine Tradition, propriétaire du Maille-Brézé, de pouvoir utiliser son bâtiment.

 

Le Maillé-Brézé avec sa livrée grise classique (© : BERNARD PREZELIN)

Le Maillé-Brézé avec sa livrée grise classique (© : BERNARD PREZELIN) 

 

Dérivé dans anciens contre-torpilleurs français

Une idée relativement logique puisque les navires datant de cette époque sont extrêmement rares. Ce n’est d’ailleurs pas le cas du Maillé-Brézé, mis en service en 1957. Mais le vieil escorteur d’escadre, comme les 11 autres unités du type T47 construites dans le cadre du plan de renouvellement de la flotte française, était en fait une évolution des Mogador et Volta, ultimes contre-torpilleurs réalisés avant-guerre.

 

Contre-torpilleur de la classe Mogador (© : DR)

Contre-torpilleur de la classe Mogador (© : DR) 

Le Maillé-Brézé avant sa refonte (© : DR)

Le Maillé-Brézé avant sa refonte (© : DR) 

 

Certes, le Maillé-Brézé, long de 133 mètres, a été profondément refondu à la fin des années 60, perdant ses anciennes tourelles doubles de 127 et 57mm et voyant ses superstructures rénovées. Mais il garde une ligne relativement proche de celle d’origine et, moyennant quelques adaptations, pourra se faire passer pour un destroyer britannique ou un contre-torpilleur français de l’époque.

Travaux à Saint-Nazaire en avril avant de partir pour le Nord

« Le Maillé-Brézé sera à l'honneur dans le prochain film de Christopher Nolan. Une bonne nouvelle pour valoriser la richesse de notre patrimoine », s’est félicitée ce week-end Johanna Rolland, maire de Nantes. De son côté, l’association Nantes Marine Tradition évoque « un beau projet » tout en indiquant qu’ «il reste des points à travailler pour (le) finaliser ».

Si tout va bien, précise le quotidien ligérien Presse Océan, le Maillé-Brézé devrait être remorqué mi-avril à Saint-Nazaire, où doivent se dérouler les travaux permettant au bâtiment de répondre aux besoins du réalisateur. Puis il rallierait Dunkerque en vue du tournage du film, prévu au printemps.

 

Le Maillé-Brézé avec sa livrée grise classique (© : BERNARD PREZELIN)

Le Maillé-Brézé avec sa livrée grise classique (© : BERNARD PREZELIN) 

 

Encerclées, les troupes alliées échappent par miracle aux Allemands

Pour mémoire, la bataille de Dunkerque, qui s’est déroulée du 21 mai au 4 juin 1940, est considérée comme la plus vaste opération d’évacuation de l’histoire. Suite à la percée des troupes allemandes, le corps expéditionnaire britannique et plusieurs unités de l’armée française se retrouvent encerclés dans le port nordiste. Débute alors l’opération Dynamo, destinée à évacuer les 400.000 soldats alliés retranchés dans la poche de Dunkerque. Croiseurs, destroyers, torpilleurs, dragueurs, ferries, cargos, chalutiers, navires portuaires, péniches, bateaux de plaisance… Tout ce qui navigue en Manche est rassemblé par la Royal Navy et la Marine nationale pour organiser une incroyable noria vers les côtes britanniques.

 

Troupes alliées attendant d'embarquer sur les plages de Dunkerque  (© : DR)

Troupes alliées attendant d'embarquer sur les plages de Dunkerque  (© : DR) 

 

En 9 jours, cette flotte disparate, forte de centaines de bateaux de toutes tailles, parvient à évacuer près de 340.000 soldats, dont 123.000 Français. Cela, sous le feu nourri des Allemands, qui disposent dans la région de 800.000 soldats et d’une puissance de feu bien supérieure. Les attaques s'intensifient au fil des jours pour éviter l'évacuation des troupes alliées et le port devient rapidement inutilisable. En plus des forces terrestres de la Wehrmarcht, l'aviation allemande s’emploie à mitrailler et bombarder le port, les plages et les bateaux, alors que la Kriegsmarine dépêche ses unités légères, vedettes lance-torpilles en tête, pour miner les approches maritimes et s’en prendre aux convois. Les pertes sont lourdes, de nombreux navires civils, mais aussi six destroyers britanniques et trois torpilleurs français sont coulés. C'est le cas notamment de la Bourrasque, probablement touchée par une mine et qui chavire le 29 mai après avoir embarqué 700 à 800 hommes, dont les deux tiers périssent en mer.

 

Le naufrage du torpilleur Bourrasque (© : DR)

Le naufrage du torpilleur Bourrasque (© : DR) 

 

Toutefois, malgré des conditions épouvantables, les lignes de défense tenues par les soldats français et britanniques tiennent de manière souvent héroïque. Alors que les aviateurs de la Royal Air Force se jettent dans la mêlée malgré une écrasante infériorité pour desserrer l’étau de la Luftwaffe, les marins prennent tous les risques pour permettre l’embarquement des troupes. Au final, seuls 35.000 soldats, essentiellement français, sont faits prisonniers par les Allemands. Les Britanniques ont été contraints d’abandonner à Dunkerque la plupart du matériel du corps expéditionnaire. Mais grâce à l’opération Dynamo, le cœur de l’armée anglaise, ses hommes, est sain et sauf. Il peut donc continuer la lutte contre le régime hitlérien, l’évacuation réussie de Dunkerque ayant probablement évité un effondrement du Royaume-Uni. 

Marine nationale