Marine Marchande
Le Marion Dufresne « sauvé »

Actualité

Le Marion Dufresne « sauvé »

Marine Marchande

Après de longs mois de négociations entre CMA CGM, le préfet des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) et l'Institut Paul-Emile Victor (IPEV), un accord a finalement été trouvé quant à l'exploitation du Marion Dufresne. Depuis 1995, le navire est utilisé, depuis La Réunion, pour le ravitaillement des îles Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam. Uniquement desservis par la mer, ces districts austraux sont situés à 3000 kilomètres de la Réunion, entre les 40èmes rugissants et les 50èmes hurlants. Cette mission occupe le Marion Dufresne 4 mois par an, le bateau étant affrété le reste de l'année (en dehors de ses arrêts techniques) par l'IPEV pour des campagnes scientifiques. Après une grosse dizaine d'années, le préfet des TAAF a reçu instruction de revoir le contrat d'exploitation liant, depuis 1995, l'Etat à l'ex-CGM. Ce contrat avait été signé juste avant la privatisation de la compagnie, reprise par la CMA pour donner naissance à CMA CGM. « Le Marion Dufresne représente la moitié de notre budget et les frais d'exploitation augmentaient chaque année de manière trop importante », explique Rollon Mouchel-Blaisot, préfet des TAAF. « CMA CGM, chargé de l'armement du Marion Dufresne, a reçu en 2008 une demande des TAAF, affréteurs du navire, de réduire les coûts liés à l'entretien et à l'armement, sous peine de devoir en arrêter l'exploitation. Suite à cette demande, le groupe a étudié les différentes solutions possibles, avec l'objectif avant tout de répondre à l'attente des TAAF, tout en préservant au mieux l'emploi des équipages français. Les nouveaux accords concernant ces changements ont été signés en avril et sont en cours de mise en place à bord, permettant ainsi aux TAAF et à l'Institut Paul Emile Victor de pouvoir continuer à exploiter ce navire », explique-t-on au siège de la compagnie française.

Le Marion Dufresne (© : TAAF - AMANDINE GEORGE)
Le Marion Dufresne (© : TAAF - AMANDINE GEORGE)

Moins de marins français et une remise à plat de l'entretien

Concrètement, le nombre de marins français, qui était de 28 auparavant, a été réduit pour passer à 7 officiers et 6 personnels d'exécution. Les autres postes sont désormais occupés par des marins malgaches. « C'est dommage de perdre des postes de marins français mais il fallait trouver une solution car, s'il n'y avait pas eu d'accord, il n'y aurait plus du tout de navigants français. C'est pourquoi nous sommes satisfaits d'avoir pu préserver les 13 postes d'officiers et de personnel d'exécution. Il n'y a pas eu de licenciement, les personnels d'exécution devant quitter le Marion Dufresne étant replacés sur les porte-conteneurs Fort (les CMA CGM Fort Saint-Louis, CMA CGM Fort Sainte-Marie... ndlr) et l'excédent d'effectif en officiers étant redistribué sur les navires de la flotte », explique un responsable de la CFDT de CMA CGM.
Outre le facteur équipage, la gestion du navire a été revue. Les TAAF sont, désormais, bien plus impliquées dans la gouvernance du navire, notamment en ce qui concerne sa maintenance. Un cadre de l'administration des TAAF était récemment à Singapour pour suivre l'arrêt technique du navire en liaison étroite avec l'armement. Les différentes mesures devraient engendrer des économies substantielles concernant l'exploitation du Marion Dufresne qui ne serait ainsi plus une dépense insurmontable pour les TAAF. Car celles-ci n'auraient pas pu, selon Rollon Mouchel-Blaisot, continuer de financer le navire avec les contraintes de l'ancien contrat. D'où la satisfaction du préfet : « Nous voulions sauver le Marion Dufresne et faire en sorte que la maîtrise des coûts d'exploitation permette de continuer à l'utiliser car nous sommes très attachés à ce navire comme à ceux qui le servent ».

Le Marion Dufresne à Crozet (© : IPEV)
Le Marion Dufresne à Crozet (© : IPEV)

L'après 2015 et la problématique des îles Eparses

Quant au Marion Dufresne, son avenir n'est pas encore décidé. En 2015, il aura 20 ans mais son excellente construction et un bon entretien en font toujours un navire parfaitement adapté aux missions pour lesquelles il a été conçu. « Le Marion Dufresne répond parfaitement aux exigences logistiques et scientifiques. Au jour d'aujourd'hui, il n'y a pas de solution de substitution et on ne voit pas ce qui pourrait le remplacer. Ce navire est essentiel car c'est le seul moyen de ravitailler les bases et conduire les relèves de personnels. S'il n'y avait plus de bateau, il n'y aurait plus de présence australe. C'est de plus, un très bel exemple d'optimisation et de mutualisation des moyens entre la fonction logistique et les missions scientifiques menées par l'IPEV », estime Rollon Mouchel-Blaisot. Dans ces conditions, une prolongation du navire après 2015 est envisagée. Cette solution nécessiterait toutefois d'offrir une cure de jouvence au Marion Dufresne, chantier important dont les modalités, notamment financières, doivent être rapidement étudiées.
La desserte des îles éparses (définitivement intégrées au Territoire en 2007) constitue un nouveau défi pour l'administration des TAAF et fait actuellement l'objet d'une réflexion, en liaison étroite avec l'IPEV et les FAZSOI notamment. D'ores et déjà, une solution a été trouvée pour que le navire effectue une nouvelle rotation logistique et scientifique en avril 2011.

Le Marion Dufresne (© : MER ET MARINE - YVES MADEC)
Le Marion Dufresne (© : MER ET MARINE - YVES MADEC)

Un navire polyvalent

Construit par les Ateliers et Chantiers du Havre, le Marion Dufresne mesure 120.5 mètres de long pour 20.6 mètres de large. Affichant un tirant d'eau de 6.95 mètres et un déplacement de 10.380 tonnes, ce navire dispose d'une propulsion diesel-électrique (2 x 3000 kW), peut atteindre la vitesse de 16 noeuds et présente une autonomie de 2 mois. Réalisé sur mesure pour la mission qu'il assure depuis 15 ans, le Marion Dufresne est à la fois une unité de soutien logistique, un transport de passagers et une base mobile de recherche scientifique. En plus de sa quarantaine de membres d'équipage, il peut embarquer 110 passagers, rejoignant ou revenant des différentes bases installées sur les TAAF et dépourvues d'aérodrome. Le navire assure, dans le même temps, le ravitaillement de ces stations. Il dispose, ainsi, de cuves pour transporter le carburant nécessaire au fonctionnement des groupes électrogènes ou encore des véhicules. Capable d'embarquer des conteneurs, le Marion Dufresne prend aussi en charge des colis lourds et diverses marchandises, pour une capacité de 2500 tonnes de fret et 5600 m3 de volumes. Les stations ne disposant pas d'infrastructures portuaires, le navire décharge les marchandises par ses propres moyens, notamment deux grues d'une capacité unitaire de 25 tonnes, pouvant être jumelées. Il dispose, aussi, d'une plateforme pour un hélicoptère de type Écureuil, Lama, Alouette ou Dauphin.

Le Marion Dufresne (© : IPEV)
Le Marion Dufresne (© : IPEV)

Outre la desserte maritime des terres australes, le Marion Dufresne sert donc, 8 mois par an, de navire de recherche. Affrété par l'IPEV, il mène des campagnes océanographiques sur tous les océans du monde. Ainsi, le navire a récemment navigué vers la Chine et le Japon. Pour effectuer cette mission, le Marion Dufresne compte à son bord 650 m² de laboratoires et possède plusieurs systèmes de treuillage et portiques pour la manipulation d'engins et matériels lourds. Le bateau est également doté d'un sondeur multifaisceaux et d'un carottier sédimentaire. Les études menées à bord sont pluridisciplinaires (géologiques, hydrologiques, hydrophysiques et biologiques). Elles ont pour but de réaliser l'inventaire, la cartographie, la structure, l'origine et l'évolution des dorsales océaniques, des bassins et des marges continentales, ainsi que des plateaux sous-marins. Les équipements du Marion Dufresne permettent également d'étudier la circulation atmosphérique, la circulation océanique et l'interface océan-atmosphère. Enfin, les équipes de scientifiques embarquées travaillent sur l'écosystème marin par la prospection de plateaux autour des îles subantarctiques, avec l'inventaire de la faune et de la flore ; la mise en valeur des ressources exploitables ; la prospection des bassins profonds de l'océan Indien et du secteur Indien de l'océan Austral ; ainsi que l'étude de l'écosystème pélagique en haute mer.

CMA CGM | Toute l'actualité de l'armateur français