Disp POPIN non abonne!
Marine Marchande
ABONNÉS

Actualité

Le Marion Dufresne va quitter l’IPEV pour l’Ifremer

Marine Marchande

C’est l'une des conséquences attendues de la création de la flotte océanographique française (FOF), future structure unifiée de gestion des navires scientifiques tricolores dont les modalités de mise en place viennent d’être approuvées par Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat à la Recherche et à l’Enseignement supérieur. Le Marion Dufresne, plus grand navire océanographique français, devrait, à compter de 2018, voir sa programmation scientifique assurée par une structure dédiée à la FOF, adossée à l’Ifremer. Il va donc quitter le giron de l’Institut Polaire Paul-Emile Victor (IPEV) qui le sous-affrétait à l’administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), propriétaire du navire, pour le mettre à disposition de missions de recherche.

Une collaboration historique entre les TAAF et l’IPEV

Cette collaboration, unique dans le paysage océanographique français, s’explique par la mission de logistique effectuée historiquement par l’IPEV dans les îles subantarctiques et en Antarctique. Les deux institutions se connaissant bien, elles ont assez logiquement choisi de « partager » l’utilisation du Marion Dufresne, les TAAF conservant 120 jours par an pour les opérations de ravitaillement des archipels subantarctiques (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul-et-Amsterdam). L’IPEV a, au long de ces années, mis en place une équipe spécialisée et développé un savoir-faire océanographique, lié aux équipements spécifiques du Marion Dufresne (notamment son très grand carottier). C’est d'ailleurs l’équipe dédiée de l’IPEV, en liaison avec les chercheurs et utilisateurs du navire,  qui a organisé la mise à niveau du matériel scientifique lors de sa jouvence effectuée à Dunkerque en 2015.

La FOF va regrouper les bateaux de l’Ifremer, du CNRS, de l’IRD et de l’IPEV

Désormais, à compter du 1er janvier prochain, c’est la toute nouvelle direction de la flotte océanographique française, structure indépendante au sein de l’Ifremer, qui sera responsable du programme scientifique du Marion Dufresne, comme de celui des neuf unités du CNRS, des deux de l’Institut de la Recherche et du Développement (IRD) et des six de l’Ifremer. La création de cette nouvelle structure fait suite à un long processus, entamé en 2006, visant à la mise en place d’une nouvelle gestion des navires scientifiques français. Dès 2011, une unité mixte de service (UMS) visant à une coordination de la flotte est mise en place. Le ministère estime cependant dès 2014 que l’on peut en faire davantage quand un nouveau rapport préconise « une unification rapide de la flotte pour tendre vers un seul acteur » et qu’il « propose de l’adosser à un service de l’Ifremer ».

Un budget et une programmation des jours à la mer unifiée

En janvier 2016, Thierry Mandon charge François Jacq, président de l’Ifremer, d’une mission visant « à instruire les modalités matérielles » de la mise en place de cette flotte océanographique unifiée. Un an plus tard, le rapport dresse un contour précis de l’organisation de cette nouvelle structure. Placé sous les ordres d’une direction autonome au sein de l'Ifremer, la FOF va réunir tous les budgets jusqu’ici perçus par les différents opérateurs. La programmation va également être centralisée et prévoit « un nombre minimal de 450 jours/an en mer pour la flotte hauturière et de 900 à 1000 jours/an pour les navires côtiers », ce qui prend en compte les obligations régaliennes (avec notamment 120 jours de desserte des TAAF ou encore 220 jours de campagne halieutique). Une première version de ces conditions d’emploi a déjà été élaborée et doit « être stabilisée au premier trimestre 2017 ». L’organigramme de la direction de la flotte doit être rapidement constitué. Celle-ci sera en charge, outre de l’élaboration du budget, de la programmation scientifique, du maintien en condition opérationnelle des moyens ainsi que l’interface avec les armements.

La question de l’armateur du Marion Dufresne et des coûts de son exploitation

Puisque ces navires ont des armateurs différents : Genavir gère les bateaux de l’Ifremer, le CNRS arme ses bateaux et ceux de l’IRD, et CMA CGM le Marion Dufresne. L’appel d’offres lancé par les TAAF pour l’armement du Marion Dufresne pour les quinze prochaines années est d’ailleurs en cours, ce que le rapport prend en compte, en y apportant même des critiques. « Sans remettre en cause les prérogatives des TAAF, la mission regrette qu’une telle durée soit retenue pour le contrat d’armement. Elle ne permet pas de faire jouer efficacement la concurrence et fige le dispositif pour une période très longue au regard des pratiques standard », lit-on dans le rapport.

La mission va même plus loin en émettant des propositions sur les critères de choix de l’armement du Marion Dufresne et attire «  fortement l’attention sur la nécessité du meilleur rapport qualité-prix. Les crédits du ministère chargé de la recherche ne peuvent être une simple variable d’ajustement. Il faudra que la direction flotte puisse s’assurer du caractère compétitif de l’armement et dispose de toutes les flexibilités nécessaires pour adapter sa contribution aux ressources dont elle disposera. Cela passe notamment par la possibilité de périodes de désarmement à moindre coût qui "apportent" une respiration indispensable au dispositif ».  Elle poursuit en précisant qu’elle recommande « vivement que les TAAF rendent compte au ministère en charge de la recherche des démarches en cours et veillent avec ce dernier à la soutenabilité et l’efficacité du schéma retenu. Des craintes peuvent en effet être émises sur les coûts d’exploitation comme l’avait déjà souligné le rapport IGAENR ».

L’équipe de l’IPEV transférée à l’ Ifremer

En ce qui concerne la transition, le rapport prévoit le transfert de l’équipe IPEV, dédiée à la mise en œuvre des équipements scientifiques du navire vers la nouvelle structure de la FOF. « Cela permettra aux équipes Ifremer et IPEV/CNRS de mieux se connaître et de rapprocher progressivement leurs pratiques, pour, le plus rapidement possible, pouvoir proposer une organisation optimale et pérenne de la direction de la FOF. Dans cette optique, il serait nécessaire que le CNRS favorise une solution de transition permettant le maintien des compétences sous forme de mise à disposition auprès de l’Ifremer ».

 

TAAF CMA CGM IFREMER