Marine Marchande
Le méthanier Tellier gagne Le Havre avant d'être démantelé

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Le méthanier Tellier gagne Le Havre avant d'être démantelé

Marine Marchande

« Bas les feux ! » Après 38 ans de service, le méthanier Tellier, qui a discrètement fait ses adieux à Marseille la semaine dernière, est arrivé hier au Havre. Le navire, appartenant à GDF Suez, s'est amarré à un poste non utilisé de l'ancien terminal multivracs. Officiellement sorti de flotte le 27 juin, le navire va être désarmé à quai en attendant son transfert dans un chantier de démolition. « Après l'étude de différentes possibilités, le démantèlement du navire a été décidé. Le Tellier sera démantelé en Europe, mais ni le lieu ni le prestataire ne sont déterminés à ce stade. Le prestataire devra présenter toutes les garanties souhaitées quant à la qualité des prestations et de leur conformité aux règlement européens 1013/2006 », expliquait-on hier chez GDF Suez.

La forme 7 avant 2006 et le démantèlement des grues  (© : GPMH)
La forme 7 avant 2006 et le démantèlement des grues (© : GPMH)

La place normande en lice pour la déconstruction ?

Plusieurs entreprises se seraient montrées intéressées pour réaliser la déconstruction du vieux méthanier, qui doit prendre en compte la présence à bord de produits toxiques, comme l'amiante. Le Havre pourrait d'ailleurs postuler à un tel chantier. Un savoir-faire local existe en tous cas, la société Gardet & De Bezenac exploitant un pôle de déconstruction sur le site des anciens Ateliers et Chantiers du Havre (ACH). Mais ses infrastructures ne lui permettent pas, pour le moment, de traiter une unité de la taille du Tellier. Le port dispose néanmoins d'une grande forme, la cale n°7, achevée en 1927 pour accueillir les grands liners de l'époque, comme les paquebots Ile de France et surtout le Normandie avec ses 313 mètres de long. Certains industriels souhaitant se développer sur le segment des énergies marines renouvelables convoitent néanmoins cette infrastructure, qui pourrait par exemple servir à l'assemblage d'éoliennes offshores. Au Grand Port Maritime du Havre, on assure en tous cas, qu' « il n'y a pas de projet de déconstruction de navire en vue pour cette cale ».

Le méthanier Descartes, ferraillé en 2008 (© : DR)
Le méthanier Descartes, ferraillé en 2008 (© : DR)

Pas question de rééditer l'expérience du Descartes


Une fois désarmé, le Tellier sera considéré au regard de la règlementation comme un déchet. A ce titre, il ne pourra être exporté hors d'Europe pour être ferraillé. La déconstruction des navires en fin de vie étant devenue une affaire très sensible depuis les déboires de l'ex-porte-avions Clemenceau et de l'ancien paquebot France, GDF Suez n'a pas pris le risque de rééditer l'expérience du Descartes. Construit en 1971, ce méthanier avait été vendu en août 2007 par le groupe français. Il devait alors servir d'unité de stockage flottante en Asie. Mais son nouvel acquéreur, l'armateur taïwanais TMT, l'avait revendu au bout de quelques mois à un courtier de Singapour spécialisé dans les navires destinés à la casse. Rebaptisé deux fois (Prince Charming et Charm Junior), l'ex-Descartes avait finalement terminé dès 2008 sur les plages du Bengladesh. Cette situation avait été dénoncée à l'époque par l'association Robin des Bois. Alors que les problématiques environnementales n'ont cessé de prendre de l'importance ces dernières années et que GDF Suez se veut en la matière comme une entreprise vertueuse, il a donc été décidé d'exploiter le Tellier jusqu'au bout, avant d'entreprendre sa déconstruction dans les meilleures conditions en Europe, où une filière de démantèlement très encadrée voit progressivement le jour.

Le Tellier arrivant hier au Havre (© : DR)
Le Tellier arrivant hier au Havre (© : DR)

Le dernier « tubinard » de la Marine marchande

Construit en 1973 par les chantiers de La Ciotat pour le compte de la défunte compagnie des Messageries Maritimes, le Tellier est un navire de 196.8 mètres de long pour 29.2 mètres de large. Affichant un tirant d'eau de 8.1 mètres, il pouvait transporter dans ses cuves 40.090 m3 de Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Capable de filer 16.5 noeuds, sa propulsion comprend une turbine Stal-Laval avec une puissance de 12.500 kW. Le Tellier est, d'ailleurs, le dernier « turbinard » de la marine marchande française. Après sa mise en service, le navire a, notamment, fréquenté le Havre, qui disposait jusqu'au début des années 80 d'un terminal méthanier. Mais il réalisera l'essentiel de sa carrière entre le terminal de Fos-Tonkin et les ports algériens. En près de 40 ans, le navire a réalisé 1956 voyages et effectué 7824 manoeuvres portuaires, le tout pour transporter 74 millions de m3 de GNL et parcourir 1.57 millions de milles.
Le désarmement du Tellier, exploité par Gazocean, filiale GDF Suez en charge de l'armement d'une partie des navires du groupe, a entrainé un plan social. En plus des équipages du vieux méthanier, les personnels d'exécution travaillant jusqu'ici sur les méthaniers GDF Suez EnergY, Provalys et Gaselys quittent les bords, ce qui se traduit en tout par 58 suppressions de postes.

Le Tellier il y a quelques années (© : DR)
Le Tellier il y a quelques années (© : DR)

Le Tellier il y a quelques années (© : DR)
Le Tellier il y a quelques années (© : DR)

Engie (ex-GDF Suez)