Défense
Le Monge, maillon de la force nucléaire française

Reportage

Le Monge, maillon de la force nucléaire française

Défense

Loin d'être le plus connu, le Monge est le deuxième plus grand navire militaire de la Marine nationale. Livré en 1992 par les chantiers de Saint-Nazaire, le bâtiment d’essais et de mesure, basé à Brest, mesure 225.6 mètres de long pour 24.8 mètres de large, son déplacement atteignant de 21.400 tonnes en charge. Et il se remarque de loin avec ses immenses paraboles.

Vous voulez énerver le commandant ? Commencez par lui demander si son navire sert à faire du renseignement. « Pas du tout ! ». La mission prioritaire du Monge repose sur les essais en vol des missiles mer-sol balistiques stratégiques (MSBS) et air-sol nucléaires de la force de dissuasion française. En clair, au recueil des données lors des essais de tir de missiles nucléaires par les sous-marins et les avions de chasse de l’aéronautique navale et de l’armée de l’Air. « Et l'on ne regarde que nos propres missiles », assure le capitaine de vaisseau Rémi de Monteville. Le Monge est capable de recueillir toutes sortes de données dans la course des missiles, de leur phase de rentrée atmosphérique à leur point d'impact, dans un endroit tenu secret, dans une zone maritime dégagée. Pas de charge nucléaire évidemment, lors de ce tir, mais un vecteur, de la taille d'une fusée : 12 mètres et 56 tonnes pour le nouveau M51 mis en œuvre par les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. 

 

L'interview du commandant (© : LE TELEGRAMME) 

 

Dans la zone d'impact

Les puissants radars du Monge permettent de suivre la trajectoire et la progression du missile. « Notre travail consiste à enregistrer un maximum de données à travers les différentes étapes du vol », explique pudiquement le commandant, se  gardant d'exposer les données classifiées de tels tirs. Le dernier d’un missile M51 date du 30 septembre 2015. Ce centième tir stratégique français a fonctionné, le vecteur n'ayant pas explosé au bout d'une minute comme cela avait été le cas en 2013, au large de Penmarc'h. Positionné dans la zone d'impact, le Monge doit s'éloigner de plusieurs milliers de kilomètres de la zone de tir pour suivre l'intégralité de la séquence finale. La somme de paramètres qu'il enregistre est patiemment décortiquée par les ingénieurs chargés de la bonne marche et de la précision du missile.

 

Tir de M51 depuis un SNLE (© : DGA)

Tir de M51 depuis un SNLE (© : DGA) 

Le radar de trajectographie Normandie (© : DGA)

Le radar de trajectographie Normandie (© : DGA) 

 

Suivi de tir

Le travail de l'équipage consiste à enregistrer ces paramètres durant les quelques minutes que dure le vol. Et le jour J, mieux vaut être fin prêt et avoir répété les opérations jusqu'à devenir des actions réflexes à cette vitesse de progression de l'arme, qui monte à plus ou moins 100 km d'altitude avant de redescendre et frapper sa cible virtuelle. « Notre travail s'arrête là ». La dissuasion nucléaire reste très cloisonnée. Aucune donnée sur l'efficacité et la précision du tir ne sera rendue aux marins du Monge.

 

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

 

 

Le groupement essais et mesures à bord du Monge (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

Le groupement essais et mesures à bord du Monge (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

 

Unique en Europe

Le dispositif tel que mis en œuvre par le Monge est unique en Europe, si ce n'est dans le monde, les autres nations nucléaires utilisant plutôt, au lieu d'un navire de mesures mobile, deux stations terrestres pour enregistrer les paramètres de vol. Le dispositif français permet, dans une certaine mesure, de changer de zones de tir et d'observer le comportement des vecteurs dans des contextes différents. Sans maîtrise, la force de dissuasion nucléaire n'est rien. C'est en ce sens que ce grand navire blanc assure un maillon important de la discrète force de frappe française.

 

Le Monge (© : MICHEL FLOCH)

Le Monge (© : MICHEL FLOCH) 

 

200 personnes à bord

Armé par un équipage de 175 marins, auxquels s’ajoutent plus de 20 personnels (dont 17 civils) de la Direction générale de l'Armement (DGA), le Monge, avec son double hangar et sa vaste plateforme, peut mettre en oeuvre deux hélicoptères. Initialement conçu pour accueillir deux Super Frelon, le bâtiment accueille plutôt, aujourd’hui, une Alouette III, avec un détachement aéro de 12 personnes qui rejoint le bord pour les missions les plus lointaines. On notera que le Caïman Marine (NH90) y a fait ses premiers appontages en mer, avant l'arrivée des nouvelles frégates multi-missions. 

 

Alouette III sur le Monge (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

Alouette III sur le Monge (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

 

Coque blanche. La longue coque métallique est sensible aux rayons du soleil et à la chaleur. La peinture blanche de la coque, du pont et des paraboles, réduit les effets de dilatation à bord d'un navire équipé de puissants radars à la recherche de la plus grande précision.

Ballast. Stabilité du navire rime avec précision des données. Le  Monge peut charger 8000 tonnes d'eau de mer, permettant de contrer les mouvements de la plateforme. Le BEM n'est, en revanche, pas équipé de stabilisateurs qui induiraient des mouvements contre-nature pour le bon fonctionnement des instruments. 

Passerelle. S’étendant sur 25 mètres, soit toute la largeur du navire, la passerelle du Monge est l'une des plus spacieuses de la marine. 

Coupole optique. La station optique, une coupole située au premier tiers avant, est équipée de deux télescopes de 2 mètres de focale qui permettent de voir très loin et même de scruter l'espace. Le système permet de saisir au vol l'évolution de la station spatiale internationale

Station météo. La station d'aérologie-météorologie du bord aide à trouver les meilleures fenêtres de tir et participe au post-traitement des données d'essais. 

 

Le secteur aérologie (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

Le secteur aérologie (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

 

Entraînement. Les tirs sont espacés, alors autant maintenir son niveau d'entraînement. À bord du Monge, on va jusqu'à répéter jusqu'à 150 fois un tir de missile balistique. Les larges antennes posées sur le pont sont soumises aux intempéries et à l'air salin. Elles demandent également un entretien sans faille. 

Fenêtre de tir. Une demande d'utilisation du couloir aérien est effectuée pour une période de plusieurs semaines. Aucun aéronef ne doit se  trouver sur la trajectoire du missile. Ces demandes d'autorisation sont fastidieuses et très particulières, puisqu'elles doivent rester suffisamment imprécises quant à la date effective de tir. 

Blanchir la zone. L'hélicoptère embarqué ainsi que des avions de surveillance maritime Falcon 50 permettent de s'assurer que personne ne se trouve dans la zone d'impact du missile.

 

Le laser vert du LIDAR (© : MARINE NATIONALE)

Le laser vert du LIDAR (© : MARINE NATIONALE) 

 

Rayon vert. Le puissant rayon vert du Monge fait régulièrement parler de lui. Le faisceau de six lasers du Lidar permet de mesurer la densité de l'atmosphère, la température et l'humidité jusqu'à 100 km d'altitude. Des essais réguliers à Brest sont menés, afin de calibrer l'appareil. Pendant Brest 2012, l'équipage du bord avait mis en route son impressionnant rayon vert, histoire de participer à l'explosion d'effets nocturnes. Le commandant avoue y avoir même songé pour la sortie du dernier Star Wars.

« Reine des quais ». Pas de chance pour le Monge, mais il se voit de loin avec ses grandes antennes sur le pont et sa peinture de coque blanche pétante. Amarré à l'épi porte-avions n° 4, il fait partie du paysage du port militaire brestois. Et les Brestois un peu taquins continuent de l'appeler la « Reine des quais ». Pourtant, le navire s'absente une centaine de jours par an et entre dans la moyenne d'emploi des navires de la Marine nationale, ses missions les plus lointaines le portant à la mer entre sept et huit semaines. En revanche, son planning de mission est prévu largement à l'avance et le navire ne répond à aucun système d'alerte ou d'astreinte. Les marins peuvent largement anticiper leur absence du cadre familial. Ajoutez à ce rythme de travail parfaitement visible, un confort à bord et à la mer des plus enviés. Raison de plus pour en faire un des navires les plus demandés de la Marine.

 

Canon de 20mm (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

Canon de 20mm (© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

 

Autodéfense. Bien que peint en blanc et malgré ses missions scientifiques, le Monge demeure un bâtiment militaire. Pour son autodéfense, il est équipé de deux canons de 20mm et de mitrailleuses de 12.7mm.


Gaspard Monge. Mathématicien de renom né en 1746 à Beaune, la ville marraine du navire. On lui doit la création de l'École normale de l'an III et de l'École Polytechnique.

 

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS)

(© : MARINE NATIONALE - F. LUCAS) 

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