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Le nouveau sous-marin espagnol ne sera livré qu’en 2022

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Le nouveau sous-marin espagnol ne sera livré qu’en 2022

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Selon le dernier calendrier entériné par la marine espagnole, l’Isaac Peral, premier des quatre sous-marins du type S-80, devrait au final avoir 7 ans de retard. Sa livraison à l’Armada est désormais annoncée en 2022, au lieu de 2015 comme prévu lors de la mise sur cale du bâtiment au chantier Navantia de Cadix, en 2007.

Pour mémoire, un grave problème a été découvert en cours de construction. Ainsi, au printemps 2013, Navantia reconnaissait être confronté à un surpoids inattendu, le bâtiment étant parti pour peser 75 à 100 tonnes de plus que ce que les ingénieurs espagnols avaient prévu. En clair, si la construction s'était poursuivie comme décidé initialement, l’Isaac Peral aurait tout simplement coulé. Considéré comme énorme par les spécialistes, cet écart sur le devis de masse est vraisemblablement consécutif à une erreur de conception ou de calcul.

Toujours est-il que l’affaire a fait grand bruit et imposé à Navantia de cesser la construction du sous-marin et de ses sisterships, le temps de remettre le projet à plat pour trouver une solution. A cet effet, les Espagnols ont demandé l’aide du constructeur de sous-marins américain General Dynamic Electric Boat. Sachant que, pour permettre à un sous-marin de flotter, sa masse doit être égale à son volume, le chantier n’a guère eu le choix. Il a fallu augmenter son volume et donc ajouter une nouvelle section, longue de 10 mètres.

Finalement, la construction a pu reprendre mais la livraison de l’Isaac Peral a été logiquement repoussée, avec un retard estimé en 2016 à 3 ans, finalement passé à 7. Quant au coût final du programme, il a évidemment explosé. Il faudrait compter selon la presse espagnole entre 1.5 et 1.8 milliard d’euros de surcoûts, s’ajoutant aux 2.1 milliards prévus au départ.

Sur plan technique, le bâtiment a significativement évolué, sa longueur étant passée à 80.8 mètres au lieu de 71 mètres, pour un diamètre maximal de 11.68 mètres et un déplacement qui devrait atteindre 2695 tonnes en surface et 2965 tonnes en plongée (contre 2200 t/s et 2430 t/p prévus au départ). Le S-80 sera donc un très gros sous-marin. Compte tenu du glissement du programme, le groupe américain Lockheed-Martin, en charge du système de combat, travaille à une évolution de celui-ci afin qu’il soit à jour pour la sortie du bâtiment.

L’accroissement de la taille du sous-marin pourrait permettre d’augmenter ses capacités, sachant que les Espagnols conçoivent un bateau capable, en plus des torpilles lourdes, de mettre en œuvre des missiles antinavire Sub Harpoon et - ce qui n’est aujourd’hui pas acté -des missiles de croisière Tomahawk. Armé par 32 marins, avec la possibilité de loger 8 personnes supplémentaire, comme des forces spéciales, le S-80 disposera d’un système de propulsion anaérobie, son autonomie sans ravitaillement étant annoncée à 50 jours.

Après l’Isaac Peral, désormais prévu pour être livré en septembre 2022, les trois autres sous-marins de ce type commandés par la marine espagnole glissent de manière encore plus importante puisqu’ils ne devraient être achevés qu’à raison d’un exemplaire tous les deux ans pour les 2ème et 3ème, au lieu d’un par an. Cela renvoie, selon les dernières prévisions officielles, la réception du Narciso Monturiol à mai 2024, alors que celles du Cosme Garcia et du Mateo Garcia de los Reyes sont renvoyées à mars 2026 et juillet 2027.  

Un retard qui au-delà du surcoût engendré pour les finances espagnoles et de l’image très mauvaise qu’elle renvoie à d’éventuels clients à l’export, constitue un vrai casse-tête opérationnel pour l’Armada. Si elle ne veut pas perdre le savoir-faire de ses sous-mariniers, celle-ci doit en effet maintenir comme elle le peut ses antiques bâtiments du type Agosta. Quatre bâtiments de ce type, connus en Espagne sous le nom de classe Galerna, ont été construits à Carthagène avec l’aide technique française. Les Galerna et Siroco ont été mis en service en 1983, le Mistral en 1985 et le Tramontana en 1986. Alors que le Siroco a été retiré du service en 2012, ses sisterships devaient normalement être désarmés entre 2015 et 2018. Mais ils vont devoir, au moins pour une partie d’entre eux, tenir un peu plus. A cet effet, des études vont être menées afin de vérifier l’état technique de ces vieilles coques et voir combien de temps elles seraient susceptibles, moyennant des travaux adaptés, de naviguer encore.  

 

Le sous-marin espagnol Mistral  (© : ARMADA ESPANOLA

Le sous-marin espagnol Mistral  (© : ARMADA ESPANOLA)

 

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