Marine Marchande
Le Pampero : des marins au secours d'une péniche en avarie sur le Rhône

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Le Pampero : des marins au secours d'une péniche en avarie sur le Rhône

Marine Marchande

Durant un mois, une opération de sauvetage d’envergure et inédite s’est déroulée sur le Rhône, à une cinquantaine de kilomètres dans le sud de Lyon. La péniche Pampero de CFT Gaz, d’une longueur de 120 mètres et chargée de 2000 tonnes de chlorure de vinyle, est victime d’un grave incident tôt dans la matinée du 18 février alors qu’elle se trouve amarrée dans les écluses des Sablons. Une porte tombe en panne libérant un important volume d’eau dans l’écluse : la péniche, entrainée par le courant, arrache ses amarres, la timonerie s’effondre sur les deux cuves arrière et la porte de l’écluse tombe sur le pont arrière. Fort heureusement, les cinq membres d’équipage sont sains et saufs. Le bateau, d’une quarantaine d’années, tient le coup : son fond est intact (sauf le peak avant et le local propulseur) mais flambé à plusieurs endroits de son pont, des envahissements d’eau sont constatés dans deux cales.

 

(DROITS RESERVES)

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Le trafic sur le Rhône est immédiatement stoppé et le plan Orsec déclenché rapidement par le préfet de l’Isère. Coordonné par le SDIS 38, en liaison avec CFT Gaz, propriétaire de la barge, et Chem One, propriétaire de la cargaison, il va rapidement nécessiter l’intervention de spécialistes « nautiques ». Deux jours après le sinistre, un contrat d’assistance est donc signé avec la société néerlandaise Smit Salvage qui fait immédiatement appel aux Abeilles : les deux compagnies ont l’habitude de travailler ensemble, évidemment plutôt en mer en temps normal. Les Abeilles commence par détacher Pascal Perrot, Salvage Master, rejoint par cinq marins lors du chantier qui va durer un mois. Le Salvage Master de Smit s’entoure également d’architectes navals, d’un superintendant, de plongeurs, de chimistes, de mécaniciens. De leur côté, CFT Gaz et Chem One envoient immédiatement leurs spécialistes. Près de 200 pompiers sont mobilisés pour surveiller le chantier et sécuriser la zone, qui est évacuée dans un rayon de 500 mètres.

 

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« L’enjeu de ce sauvetage, c’était de décharger le bateau sans le casser. Le choc de l’accident a déformé les structures de la péniche. Il a donc fallu localiser les fuites et, en même temps, modéliser les efforts de manière à pouvoir établir une séquence de déchargement sécurisée », explique Pascal Perrot à Mer et Marine. Pendant une semaine, les architectes navals de Smit et le bureau d’études de Sogestran, maison-mère de CFT Gaz, établissent un plan détaillé modélisant les moments de flexion, les efforts de cisaillements et la stabilité à chaque étape de la séquence de déchargement.

La première étape de l’opération a été le délicat enlèvement de la timonerie grâce à une grue de terre. Dans sa chute, elle avait endommagé deux dômes à l’arrière. En même temps que la timonerie est retirée, des pompes sont placées en cale pour limiter les entrées d’eau et les sauveteurs essaient de localiser et de boucher les fuites dans ces deux citernes. Ensuite, c’est la tuyauterie sous pression du pont qui a dû être retirée à l’endroit où le navire a été déformé. « Nous avons isolé chaque ligne sur manifold, chaque circuit, de manière à créer deux  "bateaux" totalement indépendants entre les citernes avant et arrière ».

 

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Une fois les 35 m3 de gas-oil de propulsion retirés, le déchargement du chlorure de vinyle a pu commencer. Pour cela, CFT Gaz a fait venir à couple le Samoen, sister-ship du Pampero pour recevoir la cargaison. Un camion d’azote rejoint également le chantier. Il est connecté à la ligne de vapeur et envoie de l’azote pour permettre à la cargaison d’être transférée sur le Samoen par différentiel de pression. Cette opération délicate va respecter strictement la séquence de déchargement établie par les architectes navals et la structure du bateau va être surveillée en permanence. Un volume d’eau de ballastage équivalent au volume de cargaison déchargée est introduit graduellement pour éviter toute modification structurelle. Le déchargement va durer dix jours, pendant lesquels les sauveteurs vont travailler en permanence en scaphandre et narguilé en raison de la toxicité du produit. Le 20 mars, le Pampero est vidé de sa cargaison ; les sauveteurs mettent alors en place un protocole de dégazéification du bateau, pour éliminer les résidus de cargaison passés en phase gazeuse à l’aide d’un filtre à charbon. Le bateau est ensuite stabilisé puis remorqué à 200 mètres en aval de l’écluse. Le 26 mars, l’écluse rouvre, le trafic reprend après plus d’un mois d’interruption.

 

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« C’est une première pour Les Abeilles et nous avons beaucoup appris de cette opération fluviale. Par rapport à ce que nous connaissions en mer, nous étions libérés de la contrainte de la houle. Notre principal problème sur cette opération était les fuites et, évidemment, la proximité de la population. Sur ce point, la collaboration avec les pompiers a été parfaite : nous communiquions en permanence et eux effectuaient des relevés de concentrations toutes les heures pour surveiller en temps réel la situation. De la même manière, la coopération avec Sogestran, CFT Gaz et Chem One a été exemplaire. Chacun a apporté son savoir-faire et cela a permis de mener cette opération délicate à son terme sans aucun dégât », conclut Pascal Perrot.

Le transit a eu lieu les 25 et 26 novembre pour pousser la péniche jusqu’à Loire-sur-Rhone, siège de CFT Gaz. Le pousseur Vigilant, assisté par le pousseur Triomphant, a effectué la manoeuvre.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.