Marine Marchande
Le Piana, nouveau fleuron de La Méridionale

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Le Piana, nouveau fleuron de La Méridionale

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Nous vous emmenons aujourd'hui à la découverte du nouveau navire de la Compagnie Méridionale de Navigation. Construit aux chantiers Brodosplit de Split, en Croatie, le Piana a été commandé le 26 juin 2008 par le groupe STEF, maison-mère de La Méridionale. Mis à flot le 24 novembre 2010, il a été livré le 13 décembre dernier. Arrivé cinq jours plus tard à Marseille, le navire a débuté le 26 décembre son activité commerciale entre la cité phocéenne et Bastia, son port d'attache, où sa bénédiction interviendra le 31 janvier.



Un navire très puissant

Long de 180 mètres pour une largeur de 30.5 mètres et un tirant d'eau de 6.7 mètres, le Piana est un navire particulièrement puissant. Affichant une jauge de 42.180 tonneaux et un port en lourd de 11.300 tonnes, il dispose de quatre moteurs Wärtsilä 8L46FM-CR développant 38.4 MW (soit deux fois la puissance du Kalliste) sur deux lignes d'arbres avec hélices à pales orientables. Lors des essais, le navire a, ainsi, atteint la vitesse de 27 noeuds. Sachant que l'allure commerciale prévue entre Marseille et Bastia est de 21 noeuds, cela procure à la compagnie une marge de manoeuvre intéressante afin de compenser d'éventuels retards et, ainsi, assurer au mieux la ponctualité du service. Car, à pleine charge, le Piana pourra atteindre au moins 24 noeuds.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Les machines du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Les machines du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

En plus de ses moteurs de propulsion, le Piana dispose de deux propulseurs d'étrave Rolls-Royce de 2583 kW chacun. De quoi assurer au capitaine la puissance nécessaire pour manoeuvrer à Marseille mais surtout dans le port de Bastia, réputé difficile d'accès à cause des vents qui peuvent souffler sur le secteur. Le navire peut ainsi appareiller sans l'aide des remorqueurs avec des vents allant jusqu'à 80 km/h.
Les machines sont divisées en quatre compartiments : Dans le premier, les quatre moteurs de propulsion, dans le second les trois groupes électrogènes, dans le troisième le séparateur d'eaux mazouteuses, les pompes et le système de retraitement des eaux de ballast (celui-ci peut traiter 300m3 d'eau de ballast par heure) ; et enfin, dans le quatrième, la chaudière à huile diathermique.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Réduction des coûts d'exploitation et de l'impact environnemental

Les moteurs sont de type « common rail », à injection électronique, ce qui permet d'obtenir le meilleur rendement dans une large plage de fonctionnement. Le Piana bénéficie aussi de dessins de carène et d'hélices optimisés pour la vitesse commerciale. La coque a, pour sa part, été enduite d'un revêtement à base de silicone, qui réduit les frottements et l'adhérence de corps étrangers (algues, coquillages), diminuant ainsi la résistance à l'eau et générant un gain de 4 à 6% sur la vitesse. En parallèle, le navire a été doté de systèmes intelligents de gestion de l'énergie thermique et électrique. Les cabines disposent par exemple d'un système de carte électronique VingCard qui détecte la présence du client dans la pièce et permet d'éteindre automatiquement les lumières et de réduire le niveau de la climatisation lorsque la cabine est inoccupée. La dépense énergétique est ainsi améliorée.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

L'ensemble permet de réduire la consommation de carburant, ce qui se traduit par des gains sur les coûts d'exploitation, mais aussi, mécaniquement, une réduction des rejets de gaz à effet de serre. A ce titre, on notera que le Piana dispose d'équipements permettant de réduire la nocivité des gaz d'échappement et est aussi pré-équipé pour mettre en oeuvre une alimentation électrique externe par le quai. Ce système, connu sous le nom de « Cold Ironing », permet au navire, lorsqu'il est au port, de se brancher sur le réseau d'électricité terrestre et, ainsi, de couper ses moteurs et d'effectuer ses opérations portuaires sans polluer. Toujours en matière d'environnement, un prototype d'analyseur de combustible sera installé en 2012 par la société Contrôle Mesure Régulation pour optimiser la combustion. Enfin, le Piana est doté d'un dispositif de traitement des eaux de ballasts pour éviter la dissémination accidentelle d'espèces invasives ; d'outils très performants de collecte et traitement des effluents ; ainsi que d'un circuit de tri sélectif des déchets.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Des mesures de sécurité très strictes

En matière de sécurité, comme pour tous les navires à passagers immatriculés en France, les règles sont draconiennes. « Le pavillon français a des exigences très strictes. De nombreux contrôles ont été effectués. L'héliport a été inspecté par les militaires français. La Commission Centrale de Sécurité Française a également contrôlé le navire dans sa totalité », rappelle La Méridionale. A bord, quatre zones verticales de sécurité ont été définies. Dans chacune d'elle, une surveillance par caméra est assurée depuis la passerelle. Conformément aux dispositions de la circulaire de l'OMI MSC/Circ.1165, un dispositif d'extinction incendie par pulvérisation d'eau a été mis en place par Marioff Hi-Fog. Le temps nécessaire pour une évacuation complète du navire a été estimé à 41 minutes, alors que l'International Maritime Organization (IMO) impose un temps d'évacuation maximal de 60 minutes). Les moyens de sauvetage comprennent quatre systèmes d'évacuation Viking Life-Saving pour une capacité totale de 400 personnes, ainsi que quatre canots de sauvetage Montmonta?a pouvant, chacun, accueillir 150 personnes.
Le navire est conforme aux règles de stabilité après avaries de la convention SOLAS 2009 afin d'éviter qu'une voie d'eau en dessous ou au-dessus de la ligne d'eau n'entraîne son naufrage. Le Bureau Veritas a réalisé des essais en mode dégradé afin de valider la capacité à appréhender les risques à bord, mais aussi de formuler des recommandations sur les emplacements des équipements redondants. Le Piana est également certifié par la classification DPS, Duplicated Propulsion and Steering (gouverne et propulsion dupliquée) du BV. Celle-ci indique qu'en cas de panne de 2 des 4 moteurs principaux, le navire peut naviguer à 50% de sa puissance.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

A la passerelle du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
A la passerelle du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

750 passagers et 45 membres d'équipage

Bénéficiant de nombreux automatismes, le Piana compte un équipage de seulement 45 personnes, soit 8 officiers, 10 personnels au service pont, 6 au service machine et en moyenne 21 au service hôtelier (cet effectif est variable suivant le nombre de passagers).
En tout, le navire peut accueillir 750 passagers. Un accès piéton dédié, sécurisé et équipé d'un escalator mène à l'accueil, alors que les passagers embarquant avec leur véhicule bénéficient d'un accès direct à la réception depuis le pont abritant les voitures. Une zone d'accueil centrale, implantée dans un hall distribuant facilement vers les cabines et les points de restauration et de repos.

A bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
A bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Les cabines sont au nombre de 200, soit 150 disposant de quatre lits et 50 équipées d'un grand lit. Pour un repérage plus facile des passagers, des zones ont été établies. Celles-ci sont inspirées de la flore corse : Une zone jaune « Genêt corse » à l'arrière du navire (pont 8) ; une zone bleue « Ancolie de Bernardi » au milieu (pont 8) ; une zone pourpre « Crocus corse » à l'avant (pont 8) ; et une zone verte « Euphorbe de Cupani », également à l'avant du navire mais au pont 9. La décoration de chacune des cabines de ces zones rappelle la fleur endémique à laquelle elle est associée. Dans la zone « Ancolie de Bernardi » se trouvent 5 cabines réservées aux personnes à mobilité réduite. On notera d'ailleurs que le Piana est le premier navire neuf à répondre aux nouvelles exigences françaises sur l'accessibilité à bord. Conformément à la règlementation européenne, le navire est équipé pour assurer à ce public un accueil facilité et confortable. Des escalators et ascenseurs sont ainsi à disposition et l'ensemble des espaces passagers sont larges et sans obstruction. Les fournisseurs ont été sensibilisés afin que tous les meubles à bord aient des coins arrondis. La signalétique est claire et les passagers ont accès à des informations audio, vidéo et en braille.

A bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
A bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

A bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
A bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Cabine VIP  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Cabine VIP (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Salon bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Salon bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Salon bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Salon bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Restaurant à bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Restaurant à bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

Restaurant à bord du Piana  (© : CHRISTIAN FOURNIER)
Restaurant à bord du Piana (© : CHRISTIAN FOURNIER)

En dehors des cabines, le pont 8 compte 50 fauteuils permettant aux passagers de se reposer. Les aménagements passagers ont été conçus par un cabinet français d'architecture d'intérieure : AIA Architectes. Les locaux publics comprennent un espace de restauration d'une capacité totale de 400 places, situé au centre du navire et scindé en deux zones modulables selon la saison et les circonstances. On y trouve, ainsi, un restaurant à la carte, « Le Piana », où sont proposés des plats d'inspiration corse servis à table et préparés à bord par les chefs cuisiniers ; ainsi qu'un self service, « Le Palombaggia », qui offre une large gamme de plats et de produits de restauration.
Le navire dispose également de deux bars. Le Figuier, au pont 9, compte 450 places et comprend un espace VIP et une zone dédiée aux enfants. Baptisé « l'Arbousier », le second bar, d'une capacité de 150 places, se situe au pont 10. Il s'ouvre sur une vue dégagée et est ouvert en saison. Enfin, les espaces passagers comportent une salle de cinéma ou de conférence de 100 places (pont 9) ; ainsi qu'une salle polyvalente située au niveau supérieur et pouvant accueillir des séminaires, expositions ou autres évènements.

Les rampes d'embarquement de véhicules  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Les rampes d'embarquement de véhicules (© : GILLES MARTIN-RAGET)

Les zones pour les voitures et le fret

Navire mixte, le Piana est à la fois un ferry, avec ses passagers et leurs voitures, ainsi qu'un fréteur. Cette fonction est d'ailleurs primordiale au sein du bateau, dont la vocation première, au travers de la délégation de service public pour la desserte des ports corses via Marseille, est de désenclaver économiquement l'île de Beauté. En tout, le Piana présente une capacité pour le fret de 2500 mètres linéaire, répartis sur trois ponts : la cale au pont 2, le garage au pont 3 et la pontée au pont 5. Ces locaux permettent d'embarquer 180 remorques de camions chargées de tous types de matières, y compris des produits dangereux, logés dans des espaces dédiés (en pontée découverte). Il y a également 100 prises « frigos » pour les marchandises sous température dirigée, par exemple les produits frais.

Les ponts pour le fret  (© : LA MERIDIONALE)
Les ponts pour le fret (© : LA MERIDIONALE)

En plus des trois ponts réservés au fret, le Piana compte un quatrième pont exclusivement dédié aux véhicules passagers. Avec un clair de 2.4 mètres, la hauteur de ce garage permet d'accueillir les véhicules hors gabarit des passagers (de 2.5 à 3.5 tonnes). La capacité est, ainsi, de 200 voitures.
Pour les embarquements et débarquements de véhicules, le navire est doté de deux grandes portes à la poupe, ainsi que de rampes internes fixes permettant d'accéder aux différents ponts.

Le Scandola (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le Scandola (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Un nouveau navire pour remplacer le Scandola

Avec le Piana, La Méridionale, créée il y a 80 ans et intégrée en 1992 au groupe STEF, continue d'exploiter trois navires entre Marseille et la Corse. En plus de son nouveau fleuron, elle dispose du Girolata (1995, 177 mètres, 650 passagers, 160 voitures et 1927 mètres linéaires pour le fret) et du Kalliste (1993, 165 mètres, 500 passagers, 160 voitures et 2340 mètres linéaires de fret). Cette flotte travaille en collaboration avec celle de la SNCM dans le cadre de la DSP entre Marseille et les ports corses, une délégation qui prendra fin de manière anticipée en septembre prochain. La SNCM et La Méridionale, opérateurs historiques de cette desserte maritime, comptent évidemment poursuivre leur activité sur ce marché. A ce titre, les deux compagnies postuleront de nouveau pour assurer la DSP, fortes notamment des investissements prévus ou réalisés dans la modernisation de leur outil naval. C'est dans cette perspective, d'ailleurs, que STEF a décidé de financer, pour 150 millions d'euros, la construction du Piana. Il s'agissait, plus particulièrement, pour remplacer le Scandola. Construit en 1993 aux Pays-Bas et vendu en 1999 à La Méridionale, ce cargo-mixte de 150 mètres de long (250 passagers, 1600 mètres linéaires pour le fret) a cessé ses rotations le 26 décembre. Sur le service entre Marseille et Propriano, le Scandola a été remplacé par le Kalliste, auquel a succéder le Piana pour la desserte de Bastia.
Pour l'heure, la compagnie ne souhaite pas communiquer sur l'avenir de son ancien bateau, qui attend d'être fixé sur son sort.

Le Piana  (© : GILLES MARTIN-RAGET)
Le Piana (© : GILLES MARTIN-RAGET)

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