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Construction Navale

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Le plus grand portique d’Europe s’élève au dessus de Saint-Nazaire

Construction Navale

Dans la vie d’une industrie, il y a des moments forts. Le renouvellement de l’un de ses principaux outils de travail en fait partie. Et quand on parle d’un chantier naval, l’installation d’un nouveau portique est plus qu’un évènement. C’est une page d’histoire, ou plutôt deux, celle qui se tourne et celle qui s’ouvre. « C’est un signe fort car sans portique, on ne fait pas de bateau. Le précédent, qui fonctionne depuis bientôt 48 ans, arrivait en bout de course.  Grâce à ce nouveau portique, on garantit l’avenir du chantier en investissant pour continuer à construire des navires », affirme Bertrand du Charlat, qui supervise la mise en place du géant d’acier. Derrière les grilles bordant la grande forme de construction de STX France, les Nazairiens se sont relayés toute la journée d’hier pour suivre le levage du nouveau portique. Il y avait là beaucoup d’anciens des chantiers, chacun y allant évidemment de son petit commentaire. Avec comme dénominateur commun la satisfaction de voir cet outil s’élever enfin. Cela fait en effet quinze ans que l’on parle du nouveau portique et, pour beaucoup, son arrivée symbolise clairement la pérennité  de la navale. Quand on les écoute, on sent également poindre une certaine fierté devant ce colosse, qui n’est autre que le plus grand et le plus puissant portique d’Europe.

 

 

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

 

Une préparation minutieuse

 

 

Les poutres sont énormes, les pieds gigantesques… Au fil des heures, le gabarit hors normes du « très grand portique », comme il est appelé chez STX France, devient de plus en plus évident et ne cesse d’impressionner. C’est à midi que l’opération de levage à pu débuter. Elle a été minutieusement préparée ces dernières semaines, après la réception des différents éléments composant le portique puis leur assemblage. Alors que les poutres ont été réalisées sur place, les pieds viennent de Chine. Fabriqués par le chantier STX de Dalian, ils ont été acheminés en morceaux par deux cargos, arrivés à Saint-Nazaire cet été. D’autres équipements proviennent de différents pays, comme les roues et certains équipements mécaniques, par exemple les treuils des chariots, fabriqués en Allemagne.

Une fois le mécano monté, différents tests ont été menés et les premières opérations de levage ont été entreprises le 3 décembre, la poutre se situant hier matin à une hauteur de 13 mètres. Ces préparatifs achevés, il  fallait une météo favorable, c'est-à-dire une journée sans vent, ce qui est le cas en cette fin de semaine grâce à des conditions anticycloniques. Seul bémol, la brume, très épaisse en matinée, qui s’est levée dans l’après-midi avant de retomber rapidement en soirée, enveloppant progressivement la partie supérieure du TGP.  

 

 

Le TGP en fin d'après-midi (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP en fin d'après-midi (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

 

Jusqu’à 3900 tonnes à soulever

 

 

L’objectif de la journée  d’hier était de soulever le portique à une hauteur de 55 mètres par rapport à l’aire de pré-montage surplombant la forme. Pour cela, quatre tours de levage ont été mise en place le mois dernier par Fagioli, une société italienne spécialisée dans ce type de manutention. Hautes de 90 mètres, les tours enserrent les deux poutres, longues de 144 mètres. Sur celles-ci sont fixés les pieds, reposant en éventail de chaque côté et qui sont hissés en même temps. Le poids à soulever est considérable, soit 3600 tonnes au début de l’opération puis jusqu’à 3900 tonnes lorsque les pieds ajoutent de la masse en quittant progressivement du sol. Les deux poutres reposent sur quatre palonniers, tenus par d’épais câbles reliés à l’extrémité supérieure de chaque tour, où se trouvent des treuils hydrauliques et groupes électrogènes. Le principe de levage est des plus simples. A l’instar d’un alpiniste hissant un compagnon de cordée, le câble est tiré, puis bloqué. On ramène alors la « main » vers le bas pour agripper une nouvelle partie du câble afin de le tracter de nouveau puis de le maintenir en fin d’allonge. Et ainsi de suite, les longueurs de câbles déjà tirées ressortant par le haut des tours. Le rythme moyen est de 40 à 50 centimètres toutes les 5 minutes, soit environ 5 heures pour atteindre les fameux 55 mètres. Une progression très lente et surveillée de très près. « En plus de la météo, puisqu’il faut veiller pour une telle manœuvre à ce qu’il n’y ait pas de vent, on contrôle de manière très précise la verticalité des tours pour vérifier que le système de levage ne bougent pas », précise Alban Moyon, qui travaille sur le TGP depuis le lancement du projet.

 

 

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP au début du levage (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

 

Le TGP avec les têtes de pieds (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP avec les têtes de pieds (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Le TGP avec les têtes de pieds (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le TGP avec les têtes de pieds (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Le TGP en cours de levage (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le TGP en cours de levage (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le TGP vu de la forme A avec l'aire de prémontage en haut à gauche (© MER ET MARINE)

Le TGP vu de la forme A avec l'aire de prémontage en haut à gauche (© MER ET MARINE)

 

Le TGP et l'un des trains de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le TGP et l'un des trains de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Train de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Train de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Train de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Train de boggies (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Une pause avant l’ultime ascension

 

 

Une fois atteinte la hauteur de 55 mètres, les pieds présentent leur inclinaison définitive. Il faut alors interrompre le levage pour les haubaner. Leur maintien est en effet essentiel pour ne pas, lors de l’ultime phase de l’ascension, engendrer sur la structure des efforts susceptibles de la déformer (le poids pourrait notamment déformer les têtes de pieds). Car il faut encore soulever l’ensemble de 10 mètres, afin de faire glisser sous les pieds les trains de boggies, qui vont permettre au portique de rouler sur les rails bordant la forme de construction. Cette opération doit être réalisée à partir d’aujourd’hui et, dans le courant de la semaine prochaine, le TGP sera totalement constitué. Une fois l’ensemble fixé et vérifié, différents travaux seront exécutés, notamment en matière d’électricité, sachant qu’il y a 47 kilomètres de câblage sur le portique. A l’issue, les premiers roulages du portique devraient intervenir fin janvier, les essais de levage étant prévus en février. A l’instar de toutes les grues, ils comprendront un test avec un poids 1.5 fois supérieur à la charge admissible par l’engin. Celui-ci aura donc à supporter, lors de cet essai de résistance, une masse de 1800 tonnes. Cette étape franchie et les derniers réglages effectués, le TGP entrera en service. Sa première mission consistera à déposer sur la ligne de tins le premier bloc du A34 (Oasis 3), le paquebot géant commandé par la compagnie américaine Royal Caribbean et dont la mise sur cale est prévue fin avril.

 

 

La forme A et le portique Krupp (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La forme A et le portique Krupp (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Une capacité doublée permettant des gains de productivité

 

 

Par rapport à l’actuel portique, construit par l’Allemand Krupp et opérationnel depuis 1968, les capacités du TGP seront nettement supérieures. Il pourra en effet soulever 1400 tonnes, contre 750 pour son aîné. Une fois retranchés le poids de l’élingage et la « marge d’incertitude », le nouveau portique pourra manutentionner des charges de 1200 tonnes, au lieu de 650 pour le Krupp. « Le TGP va changer la vie du chantier. Nous allons doubler notre capacité, ce qui se traduira par des blocs plus grands, plus lourds et avec plus de pré-armement. Il y aura moins de manutention, donc des gains de productivité. Pour l’Oasis 3, nous aurons deux fois moins de colis à poser », soulignent Bertrand du Charlat et Alban Moyon.  Ainsi, le A34 sera constitué de 80 blocs, la moitié de ce qu’il aurait fallu avec l’ancien portique. Cela devrait permettre de réduire d’un tiers la durée de la phase d’assemblage de la coque. Un gain sensible qui s’inscrit dans le cadre des mesures destinées à améliorer la compétitivité du chantier, confronté à une concurrence internationale extrêmement rude. En plus d’autres investissements, comme la modernisation des outils numériques de conception et de gestion du cycle de vie des projets,  cet équipement à 30 millions d’euros est même crucial pour permettre à Saint-Nazaire de demeurer dans la course.

 

 

Bertrand du Charlat et Alban Moyon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Bertrand du Charlat et Alban Moyon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Nouveau dispositif de manutention

 

 

Capable de résister à des vents très violents, puisqu’il est conçu pour encaisser des rafales à plus de 80 nœuds, équivalentes à la tempête de 1999, le TGP affichera un poids final de 5000 tonnes. Il s’agit d’une structure très élaborée et particulièrement robuste, compte tenu des contraintes énormes qu’elle doit subir. L’épaisseur de l’acier est par conséquent très importante, entre 30 et 40mm en moyenne, avec des pointes à 80mm.

Par rapport à l’aire de pré-montage, la hauteur sous poutres sera de 65 mètres, les grues de service culminant à 90 mètres. Le portique pourra travailler sur une largeur de 130 mètres, avec une hauteur de levage maximale de 82 mètres (la base des poutres, hautes de 10 mètres, surplombera la forme B, dite « forme profonde » de 90 mètres). Le TGP se distingue de son aîné (qui devrait être démonté au printemps 2015) par son système de manutention, reposant sur trois chariots, au lieu de deux, ainsi que la présence de cinq crocs (points de prise) au lieu de trois, soit deux pour chaque chariot situé en extrémité des poutres et un pour le chariot en position centrale. Cette configuration permettra de simplifier les opérations de manutention et diminuer le coût de l’élingage. Ainsi, quatre crocs seront utilisés pour le levage, ce qui assurera une meilleure symétrie, le cinquième servant pour le retournement, alors que le système actuel voit les trois crocs servir au levage, l’un d’eux intervenant aussi pour le retournement des blocs (qui sont construits à l’envers afin de permettre aux équipes de travailler avec les plafonds vers le sol, ce qui est moins éprouvant que de lever les bras en permanence) au travers d’une manœuvre bien plus complexe. On notera également que la cabine de pilotage n’est plus suspendue à l'un des chariots, comme c’est le cas sur le Krupp, mais fixée à l’angle supérieur (entre la poutre et le pied) situé du côté de l’aire de pré-montage. On y accèdera par un ascenseur extérieur.

 

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Un portique aux couleurs du pont de Saint-Nazaire

 

 

Il convient, enfin, de dire un mot de la livrée du TGP. Alors que le portique Krupp, gris à l’origine, a viré au bleu lors du rachat d’Alstom Marine par Aker Yards en 2006, cette couleur avait été conservée suite à la reprise du groupe norvégien par le Sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding en 2008. Tel n’est pas le cas du nouvel outillage qui, à l’instar de ses homologues des chantiers asiatiques, à commencer par ceux de STX, adopte le rouge et le blanc. Avec néanmoins une petite subtilité locale puisque l’équipe en charge du projet a fait en sorte que les pieds arborent le même nombre de bandes blanches que les structures triangulaires supportant les haubans du pont de Saint-Nazaire. Une idée qui va permettre d’offrir deux grands repères visuels homogènes à l’estuaire de la Loire. Avec en plus un clin d’œil final typiquement français puisque les trois chariots sont peints en bleu, blanc et rouge…

 

 

(© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

(© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)