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Le point sur l’action des militaires français à Beyrouth

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Le point sur l’action des militaires français à Beyrouth

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Dans le cadre de l’opération Amitié, plus de 700 militaires français, en particulier des sapeurs et marins, sont mobilisés depuis bientôt deux semaines au Liban, suite aux explosions qui ont ravagé le port et la ville de Beyrouth le 4 août. Leur mission : porter assistance à la population et aider les Libanais à remettre rapidement en service le grand port de la capitale, poumon économique indispensable de la ville et du pays. Mer et Marine a fait le point avec les commandants du Tonnerre et du groupement tactique Ventoux, qui pilotent sur place les interventions conduites sur les espaces maritimes et terrestres. Cela, au cœur d’une opération de génie inédite pour l’armée française.

Une mobilisation immédiate, d’abord par voie aérienne puis par la mer

Le 4 août, la capitale libanaise est victime de l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sur le port depuis sept ans. La déflagration, énorme, souffle les infrastructures portuaires et provoque des dégâts considérables dans la ville, située à proximité immédiate. On dénombre à ce jour 180 personnes tuées, une trentaine encore portées disparues et plus de 6000 blessées, alors que des milliers de logements restent inutilisables. Face à cette situation, l’aide internationale se met rapidement en place. La France fait partie des pays qui décident immédiatement de se porter au secours du Liban. Dès le 5 août, de premiers avions militaires français sont projetés avec des équipes de sauvetage de la sécurité civile, un poste sanitaire et des médicaments afin d’aider les autorités libanaises à rechercher et prendre en charge les victimes. D’autres appareils décollent dans les jours qui suivent, l’armée de l’Air mobilisant des A400M Atlas, C-130 Hercule, C160 Transall, A330 Phenix et A310. Le pont aérien permet d’acheminer en quelques heures l’aide d’urgence, celle qui permet de sauver des vies, en attendant le gros du déploiement de l’armée française avec ses moyens lourds, qui partiront par voie maritime. Celle-ci offre des capacités autrement supérieures mais plus lentes à faire parvenir, puisqu’il faut aux navires cinq jours pour traverser la Méditerranée, sans compter évidemment le temps nécessaire pour réunir le matériel, le fret et des centaines d’hommes et de femmes provenant de nombreuses unités spécialisées réparties dans tout le pays. Cela, en pleine période estivale, et donc de permissions.

 

Le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

Le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

 

Un PHA de la Marine nationale de nouveau mobilisé

Pour assurer cette mission, l’un des trois porte-hélicoptères amphibies (PHA) de la Marine nationale est naturellement choisi. Bâtiments de 199 mètres et plus de 21.000 tonnes en charge, les Mistral, Tonnerre et Dixmude, mis en service en 2006, 2007 et 2012, sont en effet taillés pour de telles opérations. Extrêmement polyvalents, ils disposent d’un vaste pont d’envol et d’un hangar pouvant accueillir jusqu’à 16 hélicoptères, des ponts rouliers pour une centaine de véhicules et du fret, un radier abritant des engins de débarquement, un hôpital embarqué, un centre de commandement et des logements pour 450 personnes, en plus de leurs 200 membres d’équipage.

 

Le Tonnerre déployant sa batellerie - archives (© MARINE NATIONALE)

Le Tonnerre déployant sa batellerie - archives (© MARINE NATIONALE)

 

D’abord conçus pour les opérations aéromobiles et amphibies dans le cadre de la projection d’une force militaire depuis la mer, ils ont aussi depuis 15 ans démontré leurs précieuses capacités lors d’opérations humanitaires ou d’évacuations de ressortissants. La toute première mission des ex-BPC avait d’ailleurs été en terre libanaise, lorsque le Mistral, qui n’était à l’époque même pas encore en service, avait assuré à Beyrouth l’évacuation de plusieurs milliers de ressortissants européens en 2006 (opération Baliste).

Une opération montée en quelques jours malgré la période estivale

Lorsque la catastrophe survient à Beyrouth, le Tonnerre est à quai à Toulon. Après avoir assuré en mars une opération inédite d’évacuation de malades atteints de la Covid-19 entre la Corse et Marseille, le bâtiment avait quitté le 8 juin Toulon pour effectuer une rotation (non programmée) Corymbe en Afrique de l’ouest, avant de rentrer à sa base le 20 juillet. Quant à ses deux jumeaux, eux aussi ont été très sollicités ces derniers mois, puisqu’ils ont été mobilisés Outre-mer dans le cadre de l’opération Résilience de lutte contre le coronavirus. Le Dixmude s’est ainsi absenté du 3 avril au 27 mai pour se positionner aux Antilles, alors que le Mistral, qui avait débuté le 26 février la dixième mission Jeanne d’Arc, avait une fois atteint l’océan Indien rallié Mayotte pour contribuer à la logistique de l’île française en pleine pandémie. Il n’est rentré à Toulon que le 1er juillet. Des trois PHA, c’est le Tonnerre qui peut être déployé le plus rapidement. « La mission a commencé dans les jours qui ont suivi l’explosion, nous avons rapidement été préchauffés pour être en mesure de projeter au Liban un groupement tactique de l’armée de Terre et du fret humanitaire. Nous n’étions pas en alerte à ce moment-là et il a fallu rappeler tout l’équipage qui était alors en permission. Après avoir chargé tout le matériel, nous sommes partis dans la soirée du 9 août. Au final, il ne s’est écoulé qu’une dizaine de jours entre la mise en alerte, le transit et la projection de nos moyens à Beyrouth », explique le capitaine de vaisseau Arnaud Tranchant, commandant du Tonnerre.

 

Chargement du Tonnerre dans la soirée du 8 août (© MARINE NATIONALE)

Chargement du Tonnerre dans la soirée du 8 août (© MARINE NATIONALE)

 

 

Départ de Toulon le 9 août (© MARINE NATIONALE)

Départ de Toulon le 9 août (© MARINE NATIONALE)

 

Le bâtiment embarque une centaine de tonnes de fret humanitaire, dont des produits de première nécessité (alimentaires, médicaux et d’hygiène) fournis par différents ministères (Armées, Affaires étrangères, Intérieur et Santé) ainsi que des entreprises privées. Il y a aussi à bord des matériaux de construction ou encore des véhicules incendie des marins-pompiers de Marseille qui vont être donnés au Liban. S’y ajoute des unités militaires spécialisées : des plongeurs-démineurs de la Marine nationale et des hydrographes du Shom pour reconnaitre et dégager les accès maritimes du port de Beyrouth, des marins pompiers, un hélicoptère Alouette III de l’aéronautique navale et un Caracal de l’armée de l’Air, sans oublier des moyens de débarquement, avec une batellerie complète de PHA constituée d’un engin de débarquement amphibie rapide (EDAR) et deux chalands de transport de matériel (CTM), qui doivent permettre de déployer l’aide apportée même si le Tonnerre ne peut accéder au port libanais. « Au départ, nous ne savions pas dans quel état nous trouverions le port et si nous pourrions y accéder. Nous étions donc prêts à faire face à toutes les situations grâce à la batellerie et aux hélicoptères ». A bord, 200 hommes et femmes d’équipage, 150 autres personnels de la marine ou d’autres services étatiques.

 

Le Caracal embarqué sur le Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

Le Caracal embarqué sur le Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

L'Alouette III embarquée sur le Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

L'Alouette III embarquée sur le Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

 

Le GT Ventoux : 400 soldats et 140 véhicules

Et puis embarque aussi, sur le PHA, le groupement tactique de l’armée de Terre, baptisé « GT Ventoux ». 350 soldats embarquent, une cinquantaine d’autres ayant rejoint Beyrouth par voie aérienne comme élément précurseur. Constitué essentiellement de moyens du génie, il a été activé extrêmement rapidement. « Il a fallu agréger en 72 heures 400 soldats et le matériel nécessaire, en plein été, avec des unités qui n’étaient pas en alerte. Mais nous y sommes parvenus et, le 8, tout le monde était à Toulon, où le matériel a été chargé dans la nuit du 8 au 9 », explique le colonel Antoine de la Bardonnie, commandant du GT Ventoux. L’officier est en temps normal à la tête du 2ème régiment étranger du génie basé à Saint-Christol, dans le Vaucluse. « Le GT Ventoux est organisé autour du 2ème REG, qui représente environ 50% des effectifs. Puis se sont agrégés sur ce noyau 18 unités de l’armée de Terre, pour moitié du génie, dont cinq des huit régiments ont aujourd’hui des éléments engagés au Liban ». En tout, l’armée française a engagé à Beyrouth l’équivalent d’un demi-régiment complet du génie, sur les huit qu’elle possède, dont de nombreux sapeurs de la Légion étrangère et un total de 140 engins et véhicules de travaux. Avec la particularité de disposer d’un groupement tactique fort de multiples expertises permettant de faire face à la situation de Beyrouth après le désastre du 4 août. « Nous avons sollicité des éléments de différents régiments en fonction des spécialités requises pour cette opération. Le 31ème régiment du génie de Castelsarrasin fournit par exemple une section spécialisée dans le traitement de l’eau, le 19ème RG de Besançon apporte une aide au déblaiement lourd avec ses bulldozers, le 17ème régiment du génie parachutiste de Montauban une section de fouille opérationnelle, le 1er REG est venu avec des plongeurs pour travailler en complémentarité avec les plongeurs-démineurs de la marine… », détaille le colonel de la Bardonnie.

 

Le GT Ventoux en action à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Le GT Ventoux en action à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Le GT Ventoux en action à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Le GT Ventoux en action à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Premier groupement tactique piloté par le génie

Si les PHA ont l’habitude d’accueillir et des projeter des groupements tactiques de l’armée de Terre, c’est la première que celle-ci déploie un GT piloté par le génie : « Il y a déjà eu des groupements tactiques avec d’importants moyens du génie, par exemple quand nous avions été déployés aux Antilles suite au passage de l’ouragan Irma, mais dans ce format et ce volume, c’est la première fois depuis longtemps. Et c’est la première fois que le génie est à la tête d’un groupement tactique interarmes puisque nous intégrons des unités d’autres armes, par exemple deux unités d’infanterie. Mais ce qui est surtout significatif, c’est d’avoir combiné un grand nombre de capacités comme le génie lourd de la légion, la production d’eau et d’énergie, les fouilles, la reconnaissance… », souligne le commandant du GT Ventoux.  

 

Une partie des VAB acheminés à Toulon le 8 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Une partie des VAB acheminés à Toulon le 8 août (© MINISTERE DES ARMEES)

 

La plupart des VAB acheminés à Toulon sont restés à quai

On notera que certaines images des moyens acheminés à Toulon dans les jours ayant précédé l’appareillage du Tonnerre, notamment celles montrant un nombre important de véhicules de l’avant blindés (VAB), ont pu surprendre pour une opération à caractère essentiellement humanitaire. Le colonel explique pourquoi : « Quand on déclenche une alerte suite à un évènement, on part sur des modules prédéfinis pensés pour permettre de faire face aux situations les plus probables dans telle ou telle situation. Dans le cas présent, le module prédéfini comprend une unité d’infanterie avec une vingtaine de VAB, véhicules qui ont été acheminés à Toulon. Mais après avoir pris en compte la nature exacte de la mission, qui est donc humanitaire, l’essentiel de ces véhicules est resté à Toulon. Ils ont été remplacés par des camions, beaucoup plus adaptés ». Au final, le GT Ventoux n’a gardé que trois VAB sanitaires, engins médicalisés se distinguant par les croix rouges peintes sur leur carrosserie, et quelques VAB du génie, qui permettent grâce à leurs ancrages de réaliser des manœuvres de force et donc de contribuer aux opérations de déblaiement.

Planification des opérations pendant le transit

Pendant le transit entre Toulon et le Liban, marins et soldats préparent l’intervention, se basant sur les informations plus précises qui parviennent au fil des jours sur la situation sur place, grâce notamment aux unités déjà déployées via le pont aérien. « Il y a eu un vrai travail de planification conjoint avec les marins lors du transit », dit le commandant du GT Ventoux. « Nous avons travaillé comme pour une opération amphibie, sachant qu’on ne savait pas, alors, quelle serait exactement la situation sur place. Nous avons donc envisagé toutes les possibilités, en particulier au niveau du débarquement du chargement et des personnels, à quai ou via une opération amphibie », ajoute le pacha du Tonnerre, qui a pendant le transit assumé le commandement tactique de l’opération.

 

Le Tonnerre dans le port de Beyrouth le 14 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le Tonnerre dans le port de Beyrouth le 14 août (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Arrivée à Beyrouth, débarquement et premières interventions

Le PHA arrive le 13 août devant Beyrouth et les militaires français commencent d’abord par inspecter un chenal d’accès au port et la possibilité d’accoster. Par chance, la manœuvre est possible et le bâtiment vient se mettre le lendemain à quai en plein cœur de la zone dévastée, commençant immédiatement à débarquer l’aide d’urgence destinée à la population. Le fret est confié à l’armée libanaise, qui assure sa distribution à travers la ville.

 

 

Débarquement des engins du génie à Beyrouth le 14 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Débarquement des engins du génie à Beyrouth le 14 août (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Une nouvelle phase commence alors. « Tout en conservant une étroite collaboration entre nous, avec plusieurs points quotidiens pour se coordonner, le Tonnerre et le GT Ventoux sont devenus deux pions distincts, le premier travaillant sur la partie maritime, en particulier les bassins du port et la base navale de Beyrouth, le second se concentrant sur la zone portuaire et les infrastructures, avec aussi des opérations dans la ville », précise le colonel de la Bardonnie, qui évoque comme le commandant Tranchant le choc pour les militaires français lorsqu’ils sont arrivés, à la vue des dégâts provoqués par les explosions, « des infrastructures littéralement soufflées », « un paysage lunaire ».

 

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)
 

Le MN Calao suit rapidement avec des moyens lourds

Pendant quatre jours, les moyens du groupement tactique seront limités car si les hommes et quelques dizaines de véhicules sont rapidement partis avec le Tonnerre, le gros du matériel a été pris en charge par un autre navire. Il s’agit du MN Calao, l’un des rouliers affrétés pour la logistique des armées françaises. Parti de Toulon le 12 août, il rejoint le port libanais le 17. À son bord, quelque 1000 tonnes de fret humanitaire ainsi qu’une centaine de véhicules et engins de l’armée de Terre. « Entre le 14 et le 18 août, nous avons réalisé nos premiers chantiers, avec une dimension symbolique forte. D’abord celui de la gare routière, que nous avons complètement dégagée et qui devrait être remise en service dans les prochains jours, et dans le même temps deux écoles du centre de Beyrouth. Puis, avec l’arrivée du Calao, nous avons reçu des capacités de génie lourdes. A ce moment-là, nous avons pu commencer à dégager la zone portuaire ».

Chargement du MN Calao à Beyrouth le 10 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Chargement du MN Calao à Beyrouth le 10 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)

Le MN Calao arrivant à Beyrouth le 17 août (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Une capacité d’évacuation de 50.000 tonnes de matériaux par semaine

Opérations de déblaiement, découpes de hangars détruits, évacuation de métaux et de gravats, rétablissement de voies de circulation, des terre-pleins et espaces logistiques du port… les bulldozers, camions et autres véhicules du GT Ventoux s’activent au milieu des décombres. « L’objectif est le rétablissement des plateformes et itinéraires du port. Notre mission est de débloquer ce verrou pour permettre la reprise d’activité au plus vite ». Un travail titanesque vu l’ampleur des dégâts et la surface touchée par le sinistre. « Le port s’étend sur 15 hectares mais nous avons les moyens humains et matériel pour réaliser notre mission. Notre capacité d’évacuation est de 50.000 tonnes de matériaux par semaine, avec cependant des difficultés pour trouver des zones où évacuer ces matériaux, mais c’est en cours de résolution ». Les soldats français ne sont en revanche pas là pour reconstruire : « nous sommes venus pour apporter une assistance et une aide d’urgence aux Libanais. Nous n’avons pas vocation à reconstruire mais à préparer les conditions d’une reconstruction facilitée, qui d’ailleurs commence déjà ».

 

 

Le GT Ventoux à l'oeuvre sur le port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Le GT Ventoux à l'oeuvre sur le port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Coopération très étroite avec les militaires libanais

Cela, en étroite collaboration avec les Forces armées libanaises : « Les militaires libanais sont heureux que nous soyons là, on se comprend et c’est très agréable de travailler avec eux, qui sont sur le pont depuis la catastrophe et, malgré la fatigue, demeurent très motivés. Nous travaillons au quotidien, sur les mêmes chantiers, côte à côte, en particulier avec le régiment de génie lourd commandé par le colonel Youssef Haydar. Nous sommes par exemple en train de travailler ensemble sur la déconstruction d’un entrepôt. Ils ont des moyens et ce qui est intéressant, c’est qu’ils sont complémentaires des nôtres ».

Le GT Ventoux a installé son camp de base au cœur du port afin d’être à proximité immédiate des chantiers à conduire. « On nous a alloué une zone de 50.000 m2 pour déployer notre camp de base et accueillir 400 hommes, avec des abris, des tentes et des sanitaires. C’était la meilleure solution pour coller au caractère d’urgence de la situation, en nous permettant d’être au travail quelques minutes seulement après avoir quitté le camp de base ».  Les soldats français travaillent sur toute l’emprise portuaire, à l’exception de la zone d’exclusion d’environ 200 mètres autour du gigantesque silo éventré, là où les explosions se sont produites. Un espace qui doit pour le moment demeurer en l’état pour les besoins de l’enquête devant établir les circonstances et causes exactes du sinistre.

 

 

Le GT Ventoux à l'oeuvre à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Le GT Ventoux à l'oeuvre à Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Réparation du réseau de distribution d’eau sur le port

Le GT Ventoux est également mobilisé cette semaine dans une troisième école de Beyrouth, « que nous déblayons actuellement pour permettre la rentrée scolaire ». Et il a travaillé de concert avec les équipes de la Marine nationale pour remettre en état le système de distribution d’eau du port, en particulier sur l’un des principaux terminaux qui a ainsi pu être remis en service pour accueillir des navires de commerce. « Nous avons remis en état la station de distribution d’eau de ce môle très important qui accueille des vraquiers. Il fallait réparer l’électricité et les pompes ont été remises en état. Le travail a été effectué conjointement par des équipes de la marine et de l’armée de Terre, qui avaient les compétences nécessaires. Nous avons aussi travaillé ensemble pour vider un hangar de employé par la marine libanaise, pour extraire des machines lourdes et leur permettre de réparer », précise le commandant Tranchant.

 

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

Les marins au chevet des accès nautiques et de la base navale

Comme leurs camarades du GT Ventoux, les marins n’ont pas non plus chômé depuis leur arrivée à Beyrouth le 14 août. « Nous avions donc commencé la veille par une reconnaissance en surface et subaquatique pour nous assurer que nous pouvions aller à quai et positionner notre porte latérale servant au déchargement des véhicules et du matériel. Le 14, après avoir accosté, nous avons livré le fret humanitaire au profit des libanais et débarqué les premiers éléments du GT Ventoux ». Cela, en présence de la ministre des Armées, Florence Parly, qui avait fait le déplacement depuis paris ce jour-là.

Les marins français ont ensuite, en étroite collaboration avec leurs homologues libanais, commencé leurs opérations dans le port. « Nous avons conduit des travaux de recherche et d’hydrographie dans tout le port pour savoir si des engins encombraient la navigation tout en participant aux recherches de débris et de corps de personnes disparues ». Des équipes mixtes du Shom et du groupement des plongeurs-démineurs de la Méditerranée, en lien avec le service hydrographique libanais, sont intervenues avec des pneumatiques à partir desquels sont mis à l’eau des sondeurs pour cartographier les fonds.

 

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

 

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

Les marins sondant les eaux du port de Beyrouth (© MINISTERE DES ARMEES)

 

« Le shom est venu avec des capacités de recherches sous-marines dont ce sonar qui permet de réaliser des sondages et d’identifier des objets inconnus. Alors que la visibilité dans les eaux du port n’est pas bonne, les plongeurs-démineurs plongent ensuite avec leur propre sonar, approchent de ces objets inconnus et les identifient visuellement. Globalement, nous avons constaté que l’hydrographie générale du port n’avait pas été modifiée, si ce n’est autour du cratère créé par l’explosion. En revanche, nous avons trouvé des obstructions, dont une grosse barge coulée qui empêchait l’accostage à l’un des quais de la darse utilisée par la marine libanaise », détaille le capitaine de vaisseau Tranchant.

La présence à bord du Tonnerre d’un détachement du GPD Med est dans ce cas très précieuse. Car au-delà de la neutralisation d’engins explosifs sous-marins, ces militaires sont aussi spécialisés dans le dégagement des chenaux et voies d’accès maritimes et portuaires encombrées par des épaves et autres obstacles. Plongeurs et scaphandriers vont alors inspecter les bateaux coulés et réaliser les travaux d’urgence. « Ils ont notamment découpé la mature de la barge, ce qui a été suffisant pour permettre de réutiliser le quai car le tirant d’eau était assez important entre la surface et la coque qui était au fond ».

 

Intervention sur la barge coulée dans la base navale de Beyrouth (© MARINE NATIONALE)

 

Réparations de bateaux civils et militaires

Au-delà des unités spécialisées embarquées, le Tonnerre a aussi pu mettre à contribution les compétences de son équipage, notamment les mécaniciens, électriciens ou électroniciens, qui ont pu apporter leur concours. Les marins français ont ainsi aidé la marine libanaise à réparer deux de ses vedettes chargées de patrouiller dans les eaux de la zone économique exclusive du pays. « Les moteurs et équipements de navigation de ces bateaux avaient été endommagés par le souffle de l’explosion ». Idem avec des vedettes de pilotage et remorqueurs du port civil. « Nous travaillons sur des bateaux très endommagés et qui sont indispensables au bon fonctionnement du port et du trafic commercial. Il faut donc aider les Libanais pour faciliter une remise en service le plus vite possible ». C’est le cas pour deux pilotines, des équipements étant prélevés sur l’une pour retaper l’autre. « Plusieurs remorqueurs sont également très abîmés et nous sommes en train de travailler sur l’un d’eux pour lui permettre de reprendre la mer et aller se faire réparer dans un chantier ». Il y a également eu des interventions au profit de la capitainerie, qui a souffert de l’explosion, « ils ont eu des dégâts et nous travaillons avec eux pour leur permettre de recouvrer leurs capacités, notamment dans la bonne régulation du port ».

Traiter l’urgence et conseiller

Comme le GT Ventoux, les équipes de la Marine nationale sont là, rappelle le CV Tranchant, « pour traiter l’urgence, la phase de travaux lourds et de reconstruction viendra ensuite et sera l’œuvre des Libanais », à l’image des interventions menées sur les pilotines et remorqueurs, qui ne constituent que des réparations temporaires destinées à préserver au maximum le matériel en attendant qu’il puisse être remis en état. Les militaires français ont aussi un rôle de conseil. « Nous avons à bord des équipes spécialisées dans de nombreuses disciplines et nous essayons parallèlement aux travaux d’accompagner les Libanais dans la gestion de sortie de crise. Nous apportons par exemple du conseil sur les épaves, les bâtiments abandonnés, la prévention des risques liés à la pollution… Et puis nous sommes aussi là pour soutenir leur moral, car les marins libanais civils et militaires, comme la population de Beyrouth, ont été très affectés et l’aide internationale, notamment celle de la France, est très appréciée ».

Le Tonnerre intervient désormais depuis le large

On notera que le samedi 22 août, après avoir passé une dizaine de jours à quai, le Tonnerre a quitté le port de Beyrouth. «  Nous avons appareillé pour libérer le quai et ne pas gêner le trafic commercial. Mais nous continuons le travail en réalisant des navettes entre le bâtiment et le port avec nos engins amphibies. En journée, nous nous plaçons à l’entrée du port grâce à notre système de positionnement dynamique et la nuit nous naviguons plus au large ».

L’opération Amitié se poursuit donc dans une ambiance très « fraternelle » entre Français et Libanais. Pour l’heure, aucune date n’est fixée quant à la durée de l’engagement du Tonnerre et du GT Ventoux, qui attendent la visite d’Emmanuel Macron. Premier chef d’Etat étranger à faire le déplacement suite au drame, le président de la République s’est rendu à Beyrouth dès le 6 août et a promis de revenir début septembre.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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