Défense
Le point sur l’action des militaires français à Beyrouth

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Le point sur l’action des militaires français à Beyrouth

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Dans le cadre de l’opération Amitié, plus de 700 militaires français, en particulier des sapeurs et marins, sont mobilisés depuis bientôt deux semaines au Liban, suite aux explosions qui ont ravagé le port et la ville de Beyrouth le 4 août. Leur mission : porter assistance à la population et aider les Libanais à remettre rapidement en service le grand port de la capitale, poumon économique indispensable de la ville et du pays. Mer et Marine a fait le point avec les commandants du Tonnerre et du groupement tactique Ventoux, qui pilotent sur place les interventions conduites sur les espaces maritimes et terrestres. Cela, au cœur d’une opération de génie inédite pour l’armée française.

Une mobilisation immédiate, d’abord par voie aérienne puis par la mer

Le 4 août, la capitale libanaise est victime de l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sur le port depuis sept ans. La déflagration, énorme, souffle les infrastructures portuaires et provoque des dégâts considérables dans la ville, située à proximité immédiate. On dénombre à ce jour 180 personnes tuées, une trentaine encore portées disparues et plus de 6000 blessées, alors que des milliers de logements restent inutilisables. Face à cette situation, l’aide internationale se met rapidement en place. La France fait partie des pays qui décident immédiatement de se porter au secours du Liban. Dès le 5 août, de premiers avions militaires français sont projetés avec des équipes de sauvetage de la sécurité civile, un poste sanitaire et des médicaments afin d’aider les autorités libanaises à rechercher et prendre en charge les victimes. D’autres appareils décollent dans les jours qui suivent, l’armée de l’Air mobilisant des A400M Atlas, C-130 Hercule, C160 Transall, A330 Phenix et A310. Le pont aérien permet d’acheminer en quelques heures l’aide d’urgence, celle qui permet de sauver des vies, en attendant le gros du déploiement de l’armée française avec ses moyens lourds, qui partiront par voie maritime. Celle-ci offre des capacités autrement supérieures mais plus lentes à faire parvenir, puisqu’il faut aux navires cinq jours pour traverser la Méditerranée, sans compter évidemment le temps nécessaire pour réunir le matériel, le fret et des centaines d’hommes et de femmes provenant de nombreuses unités spécialisées réparties dans tout le pays. Cela, en pleine période estivale, et donc de permissions.

 

Le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

Le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

 

Un PHA de la Marine nationale de nouveau mobilisé

Pour assurer cette mission, l’un des trois porte-hélicoptères amphibies (PHA) de la Marine nationale est naturellement choisi. Bâtiments de 199 mètres et plus de 21.000 tonnes en charge, les Mistral, Tonnerre et Dixmude, mis en service en 2006, 2007 et 2012, sont en effet taillés pour de telles opérations. Extrêmement polyvalents, ils disposent d’un vaste pont d’envol et d’un hangar pouvant accueillir jusqu’à 16 hélicoptères, des ponts rouliers pour une centaine de véhicules et du fret, un radier abritant des engins de débarquement, un hôpital embarqué, un centre de commandement et des logements pour 450 personnes, en plus de leurs 200 membres d’équipage.

 

Le Tonnerre déployant sa batellerie - archives (© MARINE NATIONALE)

Le Tonnerre déployant sa batellerie - archives (© MARINE NATIONALE)

 

D’abord conçus pour les opérations aéromobiles et amphibies dans le cadre de la projection d’une force militaire depuis la mer, ils ont aussi depuis 15 ans démontré leurs précieuses capacités lors d’opérations humanitaires ou d’évacuations de ressortissants. La toute première mission des ex-BPC avait d’ailleurs été en terre libanaise, lorsque le Mistral, qui n’était à l’époque même pas encore en service, avait assuré à Beyrouth l’évacuation de plusieurs milliers de ressortissants européens en 2006 (opération Baliste).

Une opération montée en quelques jours malgré la période estivale

Lorsque la catastrophe survient à Beyrouth, le Tonnerre est à quai à Toulon. Après avoir assuré en mars une opération inédite d’évacuation de malades atteints de la Covid-19 entre la Corse et Marseille, le bâtiment avait quitté le 8 juin Toulon pour effectuer une rotation (non programmée) Corymbe en Afrique de l’ouest, avant de rentrer à sa base le 20 juillet. Quant à ses deux jumeaux, eux aussi ont été très sollicités ces derniers mois, puisqu’ils ont été mobilisés Outre-mer dans le cadre de l’opération Résilience de lutte contre le coronavirus. Le Dixmude s’est ainsi absenté du 3 avril au 27 mai pour se positionner aux Antilles, alors que le Mistral, qui avait débuté le 26 février la dixième mission Jeanne d’Arc, avait une fois atteint l’océan Indien rallié Mayotte pour contribuer à la logistique de l’île française en pleine pandémie. Il n’est rentré à Toulon que le 1er juillet. Des trois PHA, c’est le Tonnerre qui peut être déployé le plus rapidement. « La mission a commencé dans les jours qui ont suivi l’explosion, nous avons rapidement été préchauffés pour être en mesure de projeter au Liban un groupement tactique de l’armée de Terre et du fret humanitaire. Nous n’étions pas en alerte à ce moment-là et il a fallu rappeler tout l’équipage qui était alors en permission. Après avoir chargé tout le matériel, nous sommes partis dans la soirée du 9 août. Au final, il ne s’est écoulé qu’une dizaine de jours entre la mise en alerte, le transit et la projection de nos moyens à Beyrouth », explique le capitaine de vaisseau Arnaud Tranchant, commandant du Tonnerre.

 

Chargement du Tonnerre dans la soirée du 8 août (© MARINE NATIONALE)

Chargement du Tonnerre dans la soirée du 8 août (© MARINE NATIONALE)

 

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