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Le port de la Rochelle en recul en 2020

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Le port de la Rochelle en recul en 2020

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Le port charentais n’a pas été épargné par les différents éléments conjoncturels de 2020. Les mouvements sociaux du début d’année liés à la réforme des retraites touchant les salariés du GPM, les ouvriers portuaires et les remorqueurs, suivis par les effets de la crise sanitaire ont eu raison des années de progression au Grand Port Maritime de La Rochelle. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

Une baisse généralisée

En 2020, le port charentais a vu ses trafics se réduire de 8,8% à 8,9 Mt. Le pari de la direction du port d’atteindre la barre des 10 Mt en 2020 a été contrariée. Et cette baisse a été généralisée dans toutes les filières traitées par le port.

« Notre trafic est dominé par les céréales. Nous sommes liés aux évolutions de production et d’exportation de ces produits », explique Michel Puyrazat, président du directoire du GPM de La Rochelle. Alors, ajouté à la crise sociale et sanitaire, La Rochelle a aussi fait les frais d’une récolte 2020 en net repli.

Un premier semestre encourageant

Ce constat se retrouve dans les éléments statistiques du port par mois. En janvier 2020, le port affiche une diminution de son trafic, liée aux mouvements sociaux. Ensuite de février à juin, le trafic repart à la hausse grâce à une fin de campagne céréalière hors normes. De juillet à décembre, le trafic total du port est en retrait en raison de la mauvaise récolte de l’hinterland et des confinements partiels décidés à l’automne.

Cette filière entre pour 42% du trafic total du port. Ainsi, dès lors il est dépendant de la bonne santé de la production céréalière française. Au final, avec 3,7 Mt traitées, La Rochelle affiche une baisse de 10% de ce trafic. Les deux principaux trafics de céréales rochelais, à savoir le blé et les orges, sont en net recul chacun. Le blé perd 13,5% à 2,7 Mt. Les orges diminuent de 5,1% à 817 265 t.

Produits pétroliers: baisse de la consommation

Le second courant du port de La Rochelle porte sur les produits pétroliers. Cette filière n’a pas échappé à la baisse de la consommation liée à la crise sanitaire. Au final, sur le site du port charentais, le trafic diminue de 5,4% à 2,7 Mt. Enfin, la plus forte baisse du GPM de La Rochelle est à mettre au passif de la filière des bois et des produits forestiers. Ce courant accuse un repli de 20,9% à 510 109 t.

Le confinement du printemps 2020 a eu pour effet de mettre à l’arrêt bon nombre de chantiers. Pendant deux mois, le bâtiment a suspendu son activité. Un phénomène qui s’est répercuté directement sur la filière bois et des produits du BTP. En effet, outre la baisse des importations de sciage et placages, les sables et autres produits de construction ont affiché une diminution de 8% de leur trafic à 931 467 t.

Ferroviaire: un mode qui entre pour 13% de part modale

Le GPM de La Rochelle s’était fait une spécialité de développer ses approches terrestres par voie ferroviaire. « Une grande partie du report modal vers le ferroviaire se réalise pour la filière céréalière, indique Michel Puyrazat, président du directoire du GPM de La Rochelle. Nous avons donc une forte correspondance entre ce mode et l’état de la récolte ». Au final, en 2020, le trafic ferroviaire de La Rochelle a perdu 24% de son volume à 1,2 Mt. Le ferroviaire entre toujours pour 13,7% des pré et post acheminements.

Dans le contexte de 2020, le GPM a voulu garder son outil opérationnel en prévision de la reprise économique. Il a investi 6,8 M€ dont la consolidation du front d’accostage du terminal de Chef de Baie. Dans cette politique de travaux, la réhabilitation de la gare ferroviaire de La Pallice est intervenue. Des travaux importants pour l’opérateur ferroviaire pour disposer d’un bâtiment unique pour la maintenance de ses opérations.

Le privé investi à hauteur de 8 M€

Face aux 6,8 M€ investis par le GPM, les opérateurs privés ont réalisé pour leur part plus de 8 M€ d’investissements. Des sommes employées notamment pour l’achat d’engins de manutention par le groupe Maritime Kuhn. Le groupe Sica Atlantique a procédé à l’électrification de sept hangars de stockage. Enfin, la société Picoty a entrepris la construction d’une station pour distribuer du gaz naturel.

En 2021, le GPM de La Rochelle va continuer sa politique d’investissement. « Nous avons adopté notre projet stratégique en 2020. Il s’oriente autour de la performance logistique, de la neutralité carbone et de l’innovation digitale. Nos investissements en 2021 vont s’inscrire dans cette ligne », a continué le président du directoire du GPM de La Rochelle.

Logistique: des parties du champ éolien offshore de Saint-Nazaire

S’agissant de la logistique, le GPM de La Rochelle va installer sur son site une zone pour la construction des monopieux qui seront ensuite installés sur le champ de Saint-Nazaire. Ces monopieux constituent la pièce d’ancrage au sol des futures éoliennes. Ils seront stockés sur le site de l’Anse Saint Marc. Le début des opérations logistiques sont prévues en mars et devraient s’étaler sur 18 mois.

Au même chapitre, le port prévoit une amélioration des accès nautiques. L’identification des anciens matériels de guerre est terminée et le port prévoit de démarrer les travaux au cours de l’été 2021. Les travaux vont permettre d’améliorer l’accès nautique des terminaux de l’Anse Saint Marc 3, destinée aux énergies marines renouvelables, à Chef de Baie 4, concédé à Maritime Kuhn et La Repentie.
Enfin du côté ferroviaire, le GPM prévoit des travaux à l’automne pour le doublement des voies entre la gare de La Rochelle et celle de La Pallice. « Nous devrions avoir un arrêt des opérations ferroviaires de deux fois trois semaines », annonce Michel Puyrazat.

Neutralité carbone: le GPM entre dans une coopérative carbone

Aux côtés de la logistique, le GPM de La Rochelle va continuer ses investissements pour atteindre une neutralité carbone. Ces investissements seront orientés dans trois directions. Ils continueront d’améliorer la boucle énergétique au sein de la communauté portuaire. La seconde orientation verra l’entrée dans la phase opérationnelle de la coopérative carbone. Le GPM est entré comme actionnaire dans cette coopérative pour évaluer l’empreinte et créer des crédits carbones. « Cela nécessitera des investissements importants pour nous impliquer », a continué le président du directoire. Enfin, le GPM prévoit de développer l’utilisation de l’hydrogène pour le transport. Une utilisation qui peut se décliner pour les locotracteurs, les tracteurs routiers voire, nous a confié Michel Puyrazat, une réflexion pour l’appliquer à la drague du port.

Innovation: transformation de l’OFP en OIP

Dernier axe d’investissement du port, l’innovation appliquée à la logistique portuaire. Les investissements pourraient se consacrer à une réflexion sur une plate-forme digitale des services portuaires. L’OFP, auparavant opérateur commercial, s’est transformé en Opérateur d’Innovation Portuaire. Il travaille sur les différentes évolutions du marché et notamment l’intelligence artificielle ou encore la block chain. L’innovation digitale devrait aussi voir le déploiement d’interfaces entre les différents opérateurs du port depuis la capitainerie jusqu’aux entreprises en passant par les outils logistiques disponibles.

Ainsi, en 2020, si les trafics du GPM de La Rochelle ont perdu de leur volume, le port reste mobilisé pour réussir son entrée dans la décennie.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Copie interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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