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Le port de Nantes pousse le projet d’électrification du rail entre Nevers et Chagny

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Membres de Rhône – Alpes – Centre – Océan (RACO), créée en 1995 pour promouvoir le développement des liaisons ferroviaires entre l’estuaire de la Loire et Lyon, le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire accueillait la semaine dernière l’assemblée générale de cette association. L’occasion pour l’autorité portuaire ligérienne et la trentaine de membres de RACO, principalement les collectivités des régions concernées, de pousser une nouvelle fois le projet d’aménagement de la ligne ferroviaire entre Nevers (Nièvre) et Chagny (Saône-et-Loire). Il s’agit en effet du dernier barreau non encore électrifié de l’axe ferré Ouest/Est, qui permettrait de relier l’estuaire de la Loire et les régions du centre de la France au couloir rhodanien.  « Le développement de la ligne Nantes-Lyon constitue pour nous un enjeu majeur en termes d’organisation, et même de réorganisation des territoires traversés, des enjeux économiques, environnementaux mais aussi de mobilité, car on parle à la fois de fret et de voyageurs », souligne Jean-Michel Bodin, ancien vice-président de la région Centre Val de Loire (1998 – 2015), aujourd’hui à la tête de RACO.

200 millions d’euros pour 160 kilomètres

Après l’électrification des portions Bourges-Saincaize et Tours-Vierzon, il s’agit donc d’achever ce projet de grande transversale ferroviaire, la Voie Ferrée Centre Europe Atlantique (VFCEA), qui date de plus de 20 ans. Pour cela, alors que les 550 kilomètres entre Nantes et Nevers sont déjà électrifiés, il s’agit de traiter 160 derniers kilomètres jusqu’à Chagny, près de Beaune. Coût estimé de l’opération : 200 millions d’euros pour l’électrification et l’aménagement de la voie, qui passe par une adaptation aux gabarits, la reprise des tunnels et ouvrages d’art ou encore la GMRS (relais radio).

 

 

Développer l’offre ferroviaire à partir des ports

L’objectif est de densifier le trafic ferroviaire sur l’axe Nantes – Lyon, Nantes – Dijon / Clermont et Orléans – Lyon afin d’offrir un meilleur service voyageurs à la population desservie mais aussi soutenir le développement de l’activité des trains de fret, en particulier au profit des clients des ports de Nantes Saint-Nazaire et La Rochelle. « Sur les 29 millions de tonnes de marchandises que nous traitons dans l’année, un million de tonnes passent déjà par le rail, ce qui représente un quart du trafic fret de la région des Pays de la Loire. Dix entreprises sont à ce jour branchées en direct sur le réseau ferré à partir du domaine portuaire, où nous gérons 40 kilomètres de voies. Avec l’électrification complète de l’axe Nantes – Lyon, nous voulons développer l’offre ferroviaire et proposer de nouveaux services. Ce projet répond aux attentes d’un certain nombre d’acteurs économiques et s’inscrit dans notre stratégie de développement de solutions de transport combiné, qui comprend la création d’une plateforme multimodale à Montoir », explique Jean-Pierre Chalus, président du Directoire du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire.  

Accéder aux grands carrefours logistiques européens

Aujourd’hui, les marchandises passant par le port et empruntant les voies ferrées sont plutôt du vrac, en particulier des céréales et tourteaux de soja. Un trafic de « point à point », souvent effectué avec des motrices diesels. L’objectif est maintenant de développer d’autres activités en profitant de l’électrification, en particulier des marchandises conteneurisées. « L’électrification de l’ensemble de la transversale nous permettra de rejoindre directement et plus rapidement le couloir rhodanien, d’accéder aux carrefours logistiques européens. Il s’agit de consolider les bassins de fret existants et de trouver de nouveaux gisements en étendant l’hinterland ». 

De grands groupes industriels intéressés

Automobile, aéronautique, marchandises diverses en conteneurs, alimentation animale… A l’export comme à l’import, l’intérêt semble déjà bien marqué : « Nous avons des demandes de grands groupes industriels pour cette transversale, qui permettrait par exemple d’acheminer des pièces depuis l’Allemagne et l’Italie, plutôt que par la route. Nous avons également eu récemment des demandes pour acheminer des véhicules depuis Rhône-Alpes, en lien avec le développement de notre terminal roulier, qui dépasse désormais les 100.000 véhicules par an. On ressent vraiment un déficit et un besoin, les grands groupes attendant une offre de services complète  », précise Alain Le Blanc, du port de Nantes Saint-Nazaire.

Un itinéraire alternatif au passage par Paris

Au-delà des ports de l’ouest atlantique et des entreprises qui gravitent autour, la VFCEA présente également, selon ses promoteurs, un intérêt très important pour délester le réseau ferré d’île de France, par lequel transitent des marchandises qui pourraient bénéficier de l’électrification de la transversale et des embranchements qu’elle permet comme solution alternative : « Entre Rennes et Lyon, ou encore depuis Forbach, des conteneurs passent par Paris alors que le réseau francilien est saturé et que les trains de fret peuvent rapidement être confrontés à d’importants retards », assure Denis Gamard, chef du service infrastructures de la région Bourgogne Franche-Comté.  

Déjà, certains aménagements sur l’axe ferroviaire Ouest-Est démontrent l’intérêt d’un contournement de Paris, à l’image du port à sec de Vierzon, désormais utilisé pour le transport de marchandises depuis les ports du Havre et de Marseille-Fos, des discussions étant également en cours pour proposer une liaison avec Nantes Saint-Nazaire. Toujours dans la logique de contournement de la région parisienne et de limitation du trafic routier, la VFCEA intéresse fortement la Bretagne, qui exporte une quantité considérable de produits agricoles. Elle pourrait aussi être un atout crucial pour le report modal des marchandises des flux transitant entre la péninsule ibérique et l’Europe du nord, les axes traditionnels Hendaye-Paris / Vallée du Rhône étant proches de la saturation. Des itinéraires alternatifs passant par Toulouse, Limoges, Saint-Pierre des Corps puis Nevers et Chagny, ou bien Hendaye-Bordeaux-Saint-Pierre des Corps pourraient répondre à cette problématique.

 

Jean-Michel Bodin et Jean-Pierre Chalus (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Jean-Michel Bodin et Jean-Pierre Chalus (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« L’enjeu est national »

« On voit bien que le projet de la VFCEA et toutes ses ramifications dépasse largement les seules régions de la transversale, où il permettra de dynamiser les activités économiques. L’enjeu est national, et même international, avec au moment où l’on veut faire du développement économique durable en favorisant le report modal, la nécessité absolue de disposer d’un réseau performant. Et c’est aussi valable pour le transport de passagers, pour lequel nous devons développer des lignes permettant de soutenir le changement de comportement des usagers et les inciter à se déplacer en train plutôt qu’en voiture. C’est pourquoi il faut voir ce projet comme un vrai investissement sur l’avenir », martèle Jean-Michel Bodin.

Objectif 2025

Un débat public, organisé de décembre 2016 à mars 2017, a permis de confirmer l’intérêt du projet d’aménagement de la transversale, conduisant le Conseil d’administration de SNCF Réseau à valider sa poursuite en retenant le périmètre Tours-Nevers-Chagny pour la modernisation de cet axe ferroviaire.  

C’est maintenant à l’Etat de prendre la décision finale et les membres de l’association RACO appellent donc le gouvernement à faire le nécessaire afin que les travaux puissent débuter au plus vite. « Le maître d’ouvrage sera SNCF Réseau, qui a donc confirmé son intérêt pour le projet. Une étape importante a été franchie avec la reconnaissance de ce sujet, nous sommes aujourd’hui dans une dynamique positive mais il faut maintenant que cela aboutisse. L’Etat, qui ne peut pas faire l’économie d’un tel projet, sur lequel nous travaillons depuis 20 ans, doit prendre la décision finale ». Il faudra notamment élaborer le tour de table financier, dans lequel seront impliqués SNCF Réseau, l’Europe et les collectivités territoriales via notamment les contrats de plan Etat-Régions. RACO se fixe comme objectif de voir la VFCEA entièrement électrifiée et modernisée d’ici 2025.

Port de Nantes Saint-Nazaire