Vie Portuaire
Le port de Saint-Nazaire va changer de visage

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Le port de Saint-Nazaire va changer de visage

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L’aménagement d’un grand hub logistique dédié aux énergies marines, et plus particulièrement à l’éolien offshore, ne constitue que l’une des facettes d’un vaste plan de requalification du complexe industrialo-portuaire de Saint-Nazaire. Celui-ci va, en fait, littéralement changer de visage dans les prochaines années. « C’est une vision globale pour l’avenir du site industriel de Saint-Nazaire. Il s’agit de soutenir la diversification des entreprises et le développement de nouvelles activités, cela avec une cohérence d’ensemble, ce qui n’a pas été le cas pendant des décennies », explique-t-on au Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire. La nécessité de structurer l’évolution de ce pôle historique est d’autant plus grande que les espaces disponibles sont rares. Il faut donc optimiser le foncier et réaliser les meilleurs choix pour répondre aux besoins industriels futurs et favoriser un maximum de retombées économiques. Pour cela, d’importants investissements vont être consentis, le contrat de plan Etat-Région 2015-2020 prévoyant par exemple une vingtaine de millions d’euros pour la requalification du site.  

 

L'avant port s'ouvrant sur les bassins (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

L'avant port s'ouvrant sur les bassins (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

 

Transfert des structures produites par Anemos

Avec ses 12 hectares, le hub logistique (voir notre article détaillé sur ce chantier), qui accueillera au bord de la forme Joubert les éléments d’éoliennes des parcs de Guérande et des Deux Iles, est une pièce maîtresse du programme porté par le GPMNSN. Mais c’est loin d’être le seul. Ainsi, dans le bassin de Penhoët, le quai de la prise d’eau doit lui aussi être réaménagé et renforcé. C’est en effet par là que transiteront les fondations métalliques (jackets) et sous-stations électriques produites par Anemos, la nouvelle usine de STX France dédiée aux énergies marines. Des structures qui seront chargées sur des barges pour être livrées.

 

Topside et jacket d'une sous-station électrique (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Topside et jacket d'une sous-station électrique (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le Quai des Charbonniers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Quai des Charbonniers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Quai des Charbonniers : Les moteurs et colis lourds atypiques

Dans le même temps, l’adaptation du quai des Charbonniers, où se trouve la grande bigue, est à l’étude. Le site va, en effet, être amené à traiter de plus en plus de colis lourds et atypiques, comme ce fut récemment le cas avec une cheminée du paquebot géant Harmony of the Seas. Une imposante structure, longue de 38 mètres, large de 15 mètres, haute de 14 mètres et d’un poids de 168 tonnes, acheminée depuis Lorient. L'activité du quai des Charbonniers est en fait très variée. Y sont ainsi mis à l’eau les bateaux réalisés par le chantier Ocea, tout proche, mais on y réalise aussi l’embarquement des machines produites par MAN. Un motoriste qui va inaugurer en 2016 une nouvelle usine destinée notamment à fabriquer des moteurs innovants de forte puissance. L’augmentation prévisible de la production, ainsi que du gabarit des équipements, nécessitera une adaptation du quai de chargement, dont son renforcement. Une évolution d’autant plus impérative si le projet Floatgen voit bien le jour à Saint-Nazaire. Car il faudra alors réaliser sur le terre-plein la fondation en béton de ce prototype d’éolienne flottante.

 

Le chantier avec son très grand portique (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le chantier avec son très grand portique (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Extension de STX France vers le boulevard des Apprentis

STX France, de son côté, est en pleine modernisation depuis plusieurs années. Le chantier a créé de nouveaux ateliers, remet en service le bassin C en tant que cale sèche et utilise depuis maintenant un an le TGP, plus grand portique d’Europe. Alors que le chantier naval tourne à plein régime, avec jusqu’à huit paquebots à construire d’ici 2022, il souhaite allonger la course du TGP, qui surplombe sur 900 mètres les deux formes de construction, ainsi que le terre-plein situé dans leur prolongement. Une zone que le chantier voudrait mieux utiliser pour le pré-montage des blocs. Or, avec ses gigantesques pieds, dont la base mesure pas moins de 80 mètres, le portique ne peut aller jusqu’au bout de cet espace. D’où un projet d’extension du terre-plein. Il s’agit de modifier le tracé du boulevard des Apprentis, l’objectif étant de dévoyer la route 150 mètres en arrière et de raser l’ancienne cantine des chantiers (le bâtiment rond sur la photo ci-dessus), désaffectée depuis une bonne quinzaine d’années. Un projet d’un montant global estimé à une quinzaine de millions d’euros. Une décision finale est attendue d’ici l’automne, le tour de table financier étant en cours, avec une participation importante des collectivités locales et du port aux côtés de STX France.

 

Nacelle d'éolienne offshore Haliade 150 (© ALSTOM)

Nacelle d'éolienne offshore Haliade 150 (© ALSTOM)

Emprise du futur hub logistique (© NSNP)

Emprise du futur hub logistique (© NSNP)

 

Un temple des EMR

D’ici quelques années, l’activité du bassin de Penhoët va donc profondément changer. En dehors d’Ocea, la construction navale pourrait aussi se développer dans le secteur des formes de radoub (servant traditionnellement à la réparation navale), où les entreprises du groupement Neopolia travaillent sur des navires de croisière fluviaux. Les grands paquebots, en revanche, ne fréquenteront plus Penhoët et la forme Joubert, STX France réalisant désormais les phases d’armement dans le bassin C, à l’intérieur du chantier. Les énergies marines auront donc une place majeure dans la configuration du nouveau port, avec la manutention de centaines d’éléments acheminés vers le hub pour être assemblés. Mais aussi la livraison de fondations et de sous-stations électriques, sans oublier la possible construction d’éoliennes flottantes, voire de structures d’hydroliennes. Après l’achèvement des parcs de Guérande et de Noirmoutier-Yeu, le hub pourra toujours, si l’activité baisse dans ce domaine, servir de zone logistique, par exemple à MAN, qui aura besoin de place pour stocker ses moteurs.

 

Moteurs produits par l'usine nazairienne de MAN (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Moteurs produits par l'usine nazairienne de MAN (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un foncier devenu très rare

La place, c’est d’ailleurs l’un des grands casse-têtes du port, dont les réserves foncières deviennent très limitées. Alors que les dernières disponibilités à Saint-Nazaire vont être mobilisées, quelques emprises seulement demeurent à Montoir, derrière les nouvelles usines d’Alstom, pour des implantations industrielles complémentaires. D’où, notamment, la volonté du port de développer un nouveau parc d’activités au Carnet. Mais il faut aussi anticiper des besoins en aval du pont de Saint-Nazaire, soit du fait de la saturation future des installations existantes, soit en raison du développement de nouvelles activités posant des problèmes de tirant d’air. On pense bien entendu à l’assemblage d’éoliennes flottantes, qui devrait impérativement se faire du côté de l’estuaire. C’est pourquoi le projet d’aménagement de la zone du Grand Tourteau, cette large vasière située entre le pont de Saint-Nazaire et STX France, est loin d’être abandonné. Ce n’est évidemment pas pour tout de suite car il y a d’autres priorités et l’aboutissement d’un tel projet prendrait sans doute une bonne décennie entre les procédures et les travaux. Mais le port poursuit ses réflexions sur le sujet, le Grand Tourteau constituant sa dernière réserve potentielle d’espace sur la rive droite de la Loire.  

Port de Nantes Saint-Nazaire