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Le porte-aéronefs indien Viraat va partir à la démolition

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Le porte-aéronefs indien Viraat va partir à la démolition

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L’ex-HMS Hermes britannique, mis en service en 1959 et transféré à l’Inde en 1987, va être démantelé dans les chantiers indiens d’Alang. Le bâtiment, désarmé depuis 2017 à Mumbai, devrait y être remorqué courant septembre.

Long de 227 mètres pour un déplacement de 28.700 tonnes en charge, le Viraat, qui était armé par plus de 1300 marins, pouvait mettre en œuvre une vingtaine d’appareils, dont 12 Sea Harrier.

 

 

Le Vikramaditya et le Viraat en 2013 

Le Vikramaditya et le Viraat en 2013 (© INDIAN NAVY)

 

Placé en réserve à l’été 2016, et officiellement retiré du service le 6 mars 2017, il a été remplacé au sein de la flotte indienne par le Vikramaditya (283 mètres, 45.400 tpc, 36 aéronefs dont des avions MiG-29K), ex-Gorshkov russe datant de 1987 mais profondément modernisé à Severodvinsk et livré en 2013 à l’Inde. Celle-ci va également s’enrichir du Vikrant (262 mètres, 45.000 tpc, 30 à 35 aéronefs), son premier porte-aéronefs de construction nationale. Mais l’achèvement de ce bâtiment, mis à l’eau à Cochin en 2013, a pris beaucoup de retard. Sa livraison, initialement prévue en 2018, n’est toujours pas intervenue et il n’a même pas encore débuté ses essais en mer. la mise en service n’est plus espérée avant 2023.

 

Le Vikrant en 2015 

Le Vikrant en 2015 (© INDIAN NAVY)

Vue du futur Vikrant

Vue du futur Vikrant (© INDIAN NAVY)

 

La construction d’un sistership du Vikrant, dont la conception est inspirée du Cavour italien, était prévue à l’origine mais l’Inde a plutôt choisi de s’orienter vers un nouveau projet. Le Vishal, qui ne verra pas le jour avant 2030, devrait être plus gros (65.000 tpc environ) et pourrait être équipé de catapultes, ses prédécesseurs ayant un tremplin. Plusieurs industriels étrangers se sont positionnés sur ce programme et ont proposé des design, dont le Français Naval Group ou encore les Britanniques avec un modèle dérivé des nouveaux Queen Elizabeth de la Royal Navy.

Le départ prochain à la casse de l’ancien Viraat marque en tous cas la fin d’une époque, non seulement pour la marine indienne, mais aussi pour la Royal Navy. Ce bâtiment est en effet un ancien porte-avions léger britannique de la classe Centaur, dont huit exemplaires devaient être réalisés mais seulement quatre, mis en chantier en 1944, furent réalisés. Le Viraat devait initialement s’appeler HMS Elefant. Il fut toutefois rebaptisé pendant sa construction HMS Hermes, nom qui devait être attribué au cinquième Centaur, dont la réalisation avait été abandonnée en raison de la fin de la guerre. Comme ses aînés, les HMS Centaur, HMS Albion et HMS Bulwark, déclarés opérationnels en 1953/54, soit près de 10 ans après le début de leur assemblage, le HMS Hermes a vu son achèvement prendre beaucoup de temps, puisqu’il n’a intégré la Royal Navy qu’en novembre 1959. Ce délai avait notamment permis d’intégrer sur le bâtiment différentes améliorations liées aux avancées rapides de l’aéronavale. Il fut, par exemple, doté d’une piste oblique.

 

Le HMS Bulwark en 1980 

Le HMS Bulwark en 1980 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Transformé en transport de commandos en 1971, il est converti en 1980 pour la mise en œuvre des avions à décollage court et appontage vertical Sea Harrier. A cet effet, les catapultes sont débarquées et un tremplin incliné à 12 degrés est intégré à la proue. C’est dans cette configuration qu’il sert en 1982 de bâtiment amiral à la flotte anglaise pendant la guerre des Malouines contre les Argentins. Remplacé par le troisième porte-aéronefs du type Invincible, le HMS Hermes est désarmé en avril 1984 et racheté un an plus tard par l’Inde, où il est transféré en mai 1987 après une remise à niveau au Royaume-Uni.

 

Le Viraat début 2016 

Le Viraat début 2016 (© INDIAN NAVY)

 

 

En Inde, l’ex-Hermes, devenu Viraat, rejoint alors un autre vétéran de la flotte britannique, l'ancien Vikrant, ex-HMS Hercules. Dernier des six porte-avions de la classe Majestic, ce bâtiment, mis sur cale en 1943 et lancé en 1945, avait vu sa construction suspendue en 1946. Il n’intègra jamais la Royal Navy et est vendu en 1957 à l’Inde. Après achèvement, il entre en service en 1961. Long de 213 mètres et affichant un déplacement de près de 20.000 tonnes en charge, ce porte-avions à catapultes met en œuvre des appareils d’origine britannique, avec des chasseurs Sea Hawk et des hélicoptères Sea King, mais aussi des machines de conception française : des avions de lutte anti-sous-marine Bréguet Alizé (12 vendus à l’Inde) et des hélicoptères Alouette III, produits localement par HAL sous le nom de Chetak. Il reçoit ensuite les premiers Sea Harrier achetés au début des années 80 par l'Inde au Royaume-Uni. 

 

L'ex-Vikrant à Mumbai en mars 2014 

L'ex-Vikrant à Mumbai en mars 2014 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Premier porte-avions de la marine indienne, l’ancien Vikrant est désarmé en 1997 et transformé en musée à Mumbai, avec à son bord d’anciens appareils. Très délabré, le bâtiment est néanmoins fermé au public en 2012. Tous les projets de rénovation ayant échoué, l’ex-HMS Hercules termine finalement sous les chalumeaux des ferrailleurs indiens en 2015.

C’est le sort qui attend aussi le Viraat, aucun projet de préservation n'ayant pu voir le jour. La marine indienne avait indiqué en 2017 que plusieurs scenarii étaient envisagés, allant de la transformation en musée au démantèlement, en passant par l’océanisation afin de faire du porte-aéronefs un récif artificiel accessible aux plongeurs. Un projet de conversion en hôtel de luxe dans l’Etat de l'Andhra Pradesh, au sud-est de l’Inde, a également été envisagé. Mais il aurait fallu pour cela investir au moins 150 millions de dollars, rien que pour la transformation. 

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