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Le porte-aéronefs italien prêt pour le F-35B

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Le porte-aéronefs italien prêt pour le F-35B

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Le Cavour achève 16 mois d’arrêt technique et de modernisation à l’arsenal de Tarente, où il est passé en cale sèche dans le dock Edgardo Ferrati. Le 6 mai, le bâtiment amiral de la flotte italienne a de nouveau franchi le canal de Tarente, détenant depuis son premier passage le record du plus grand navire ayant franchi cet ouvrage séparant le Mar Piccolo du Mar Grande depuis les anciens cuirassés italiens pendant la seconde guerre mondiale.

 

Le Cavour franchissant le canal de Tarente (© : MARINA MILITARE) 

 

Durant cette période, le porte-aéronefs a bénéficié d’une révision complète de ses systèmes, de différentes rénovations mais aussi, et surtout, d’importants travaux d’adaptation pour la mise en œuvre d’avions à décollage court et appontage vertical F-35B. Ces derniers vont remplacer la quinzaine de vieux AV-8B Harrier II de l’aéronautique navale italienne et permettre à la Marina militare de disposer pour la première fois de son histoire d’une force de frappe aérienne significative, du moins sur le plan qualitatif. En effet, même si le F-35B n’offre pas les capacités d’avions catapultés, comme les F/A-18 Super Hornet, Rafale Marine et F-35C, il sera autrement plus puissant et dissuasif que les Harrier que la flotte italienne met en œuvre depuis les années 90.

Mis en service en 2009, le Cavour est l'un des plus grands bâtiments de combat européens. Long de 244 mètres pour une largeur de 40 mètres et un déplacement de 27.900 tonnes en charge, il a été conçu et dimensionné dès l’origine pour recevoir la version STOVL (Short Take Off and Vertical Landing) du nouvel avion de combat américain développé par Lockheed-Martin. A cet effet, son gabarit est bien supérieur à celui du Garibaldi (180 x 30 mètres, 13.850 tpc), le premier porte-aéronefs italien, opérationnel depuis 1985 et qui sera remplacé en 2022 par le porte-hélicoptères d’assaut Trieste, en achèvement à flot et qui pourra lui aussi embarquer des F-35B.  

 

Le Cavour et le Garibaldi (© : MARINA MILITARE)

Le Cavour et le Garibaldi (© : MARINA MILITARE) 

Le Trieste lors de son transfert de Naples vers La Spezia en janvier dernier (© : GIORGIO ARRA)

Le Trieste lors de son transfert de Naples vers La Spezia en janvier dernier (© : GIORGIO ARRA) 

 

Pendant 10 ans, le Cavour, qui n’a participé jusqu’ici à aucune opération de combat et s’est pour l’essentiel contenté de missions de représentation, de commandement et humanitaires, a embarqué des Harrier et hélicoptères (jusqu’à 24 aéronefs). La refonte dont il vient de bénéficier a permis d’adapter ses systèmes et installations au F-35B (mise en œuvre, manutention, logement dans le hangar, maintenance, soutes à munitions, électronique…) Alors que l’arrêt technique du bâtiment se termine à flot aux quais de Tarente bordant le Mar Grande, le Cavour et son équipage entameront ensuite une période d’essais et d’entrainement à la mer. Puis il faudra mener les tests et qualifications pour l’embarquement des F-35B. A cet effet, comme ce fut le cas en 2018/2019 pour le nouveau porte-avions britannique, le HMS Queen Elizabeth, le Cavour va réaliser une campagne aux Etats-Unis, prévue dans les mois qui viennent. Les moyens d’essais en mer sont en effet regroupés au sein de l’Integrated Test Force (ITF), stationnée sur la base aéronavale de Patuxent River, dans le Maryland.

 

AV-8B italiens, ici sur le porte-aéronefs Garibaldi (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

AV-8B italiens, ici sur le porte-aéronefs Garibaldi (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Pour mémoire, l’aéronautique navale italienne a réceptionné, entre 1994 et 1997, 14 AV-8B et dispose également de 2 biplaces TAV-8B livrés en 1991. Tous sont basés Grottaglie, près de Tarente. Participant au programme JSF dans le cadre du renouvellement de son aviation embarquée mais aussi de ses forces aériennes, l’Italie dispose d’une chaîne d’assemblage final à Cameri. Située dans le Piémont, cette usine créée par Leonardo, en partenariat avec Lockheed Martin, emploie 800 personnes. Elle comprend en dehors de la chaine d’assemblage une unité de fabrication d’ailes. Il s’agit de la seule usine de production de F-35B située en dehors des Etats-Unis, où Lockheed-Martin réalise les appareils STOVL destinés à l’US Marine Corps ainsi que ceux qui embarqueront sur les nouveaux porte-avions britanniques.

 

Le premier F-35B de la marine italienne a été livré en 2018 (© :

Le premier F-35B de la marine italienne a été livré en 2018 (© : MINISTERO DELLA DIFENSA) 

 

Cameri assure également l’assemblage de la version classique de l’avion, le F-35A. Le premier destiné à l’armée de l’air italienne (60 prévus) en est sorti en septembre 2015 et après un passage aux Etats-Unis a rejoint en décembre 2016 la base aérienne d’Amendola. L’usine italienne, qui doit également produire 29 F-35A pour les forces aériennes néerlandaises, a livré en janvier 2018 le premier F-35B destiné à la Marina militare. L’appareil a ensuite, tout comme le second avion de série fin 2018, rejoint les Etats-Unis, où ces deux F-35B servent à la formation des pilotes et techniciens italiens. En tout, 15 F-35B ont été spécifiquement commandés pour l’aéronautique navale italienne, 15 autres appareils du même type devant être livrés à l’armée de l’Air, en plus de ses 60 F-35A. Des questions se posent d’ailleurs de l’autre côté des Alpes quant à la mutualisation de l’emploi de ces 30 appareils pour des applications navales. Car avec 15 avions seulement en parc, la Marina militare aura certes des capacités plus importantes qu’avec ses vieux Harrier, mais toujours réduites du fait d’un nombre limité de F-35B. Une situation qui tient à la décision de Rome, en 2012, de revoir à la baisse sa participation au programme Joint Strike Fighter (JSF), qui a été ramené côté italien à seulement 90 appareils (60 F-35A + 30 F-35B) au lieu des 131 initialement prévus (69 F-35A + 62 F-35B).

Alors que le Cavour devrait pouvoir, au mieux, embarquer une douzaine de F-35B, la marine italienne a décidé, afin de conserver une permanence opérationnelle de son aviation embarquée, d’adapter le successeur du Garibaldi à la mise en œuvre de son nouvel avion. Le Trieste, ce qui n’était pas prévu initialement, a donc été doté comme le Cavour d’un tremplin à la proue.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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