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Le porte-avions Charles de Gaulle entre en cale sèche

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Au « chausse-pied », la manœuvre est toujours aussi impressionnante. Hier, le Charles de Gaulle est entré au bassin Vauban sud-ouest afin d’être mis en cale sèche (reportage photo complet de Jean-Louis Venne en fin d’article). Une opération délicate, qui a nécessité une longue préparation. Quinze jours ont, ainsi, été nécessaires pour poser la ligne de tins, ces supports en bois de gaïac (réputé pour sa solidité), sur lesquels repose maintenant tout le poids du porte-avions (37.585 tonnes lège).  Durant l’entrée dans le bassin et l’assèchement de celui-ci, il a fallu positionner au plus juste le bâtiment par rapport à cette ligne de tins. Cela, grâce au coup de main (et d’œil) des pilotes, mais aussi de 12 plongeurs de DCNS, qui sont intervenus durant la phase de guidage. Ces hommes vont également, juste avant que le bâtiment soit totalement mis au sec ce vendredi, connecter différents tuyaux (arrivées d’eau, collecteurs incendie, raccordements pour les eaux usées…) entre le quai, la forme et le porte-avions, qui semble bien à l'étroit dans son bassin. Profonde de 14 mètres, la cale sèche mesure en effet 275 mètres de long, soit moins de 14 mètres de plus que le Charles de Gaulle, alors que la piste oblique de celui-ci, qui lui donne un empattement de 64 mètres, déborde largement au dessus des bords du bassin, qui ne fait que 45 mètres de large.

 

 

Le Charles de Gaulle hier matin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle hier, entrant au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Légèrement retardée suite à un incendie ayant détruit le tableau de commande de la station de pompage le 30 décembre, l’entrée au bassin du Charles de Gaulle intervient dans le cadre de l’IEI (Indisponibilité pour Entretien Intermédiaire) du bâtiment, actuellement commandé par le capitaine de vaisseau Olivier Lebas (voir son interview à la fin de la vidéo ci-dessous). Cette période de maintenance, qui s’achèvera à l’été, intervient entre deux arrêts techniques majeurs, appelés dans la Marine nationale IPER (Indisponibilités Périodiques pour entretien et Réparations). D’une durée de 18 mois, la première IPER du Charles de Gaulle est intervenue en 2008, la prochaine devant avoir lieu vers 2016/2017.

 

 

 

 

900 personnes mobilisées pour un million d’heures de travail

 

 

Menée sous la maîtrise d’ouvrage du Service de soutien de la flotte (SSF) et la maîtrise d’œuvre de DCNS, l’IEI représente un million d’heures de travail. Elle va mobiliser 900 personnes, soit 500 membres d’équipage, 200 collaborateurs de DCNS et 200 sous-traitants, une soixantaine d’entreprises étant impliquées dans ce chantier. Comprenant 5000 lignes de travaux à réaliser, cet arrêt technique est une grande visite au cours de laquelle les équipements sont testés et les matériels usés remplacés, alors que le navire est dans le même temps modernisé, avec le traitement d’obsolescences et l’intégration de nouveaux équipements. « Au cours des déploiements opérationnels effectués depuis 11 ans, le porte-avions Charles-de-Gaulle a démontré sa disponibilité et son endurance en tant que vecteur de projection de puissance. Au même titre que l’ensemble des bâtiments de la Marine nationale, le porte-avions fait l’objet de périodes de maintenance et d’entretien régulières pilotées par le service de soutien de la flotte. Ces périodes de travaux visent à assurer son niveau de disponibilité technique opérationnelle, à intégrer des matériels de nouvelle génération et à effectuer des opérations d’entretien programmées sur l’installation nucléaire du bâtiment. Cet arrêt technique prévoit des opérations d’entretien sur les chaufferies nucléaires et des travaux d’entretien de la carène », explique l’Ingénieur général de l’armement François Pintart, directeur central du SSF.

 

 

Lors de l'IPER, en 2008 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Lors de l'IPER, en 2008 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Lors de l'IPER, en 2008 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Visite de l’appareil propulsif et modernisation du système de stabilisation

 

 

L’IEI est, notamment, l’occasion de réaliser des contrôles et une visite complète du système de propulsion, qui comprend deux réacteurs nucléaires. Ceux-ci, rechargés durant les IPER uniquement, seront testés et contrôlés, faisant également l’objet d’échanges de pièces préventifs pour assurer leur capacité maximale. Le navire va également recevoir une nouvelle technologie d’accouplement pour ses lignes d’arbres.

De même, l’appareil à gouverner, constitué de deux safrans, les deux paires d’ailerons stabilisateurs et le système COGITE, qui permet au bâtiment de rester stable durant ses manœuvres, bénéficieront de la même attention. Le Charles de Gaulle va même recevoir un nouveau calculateur pour son système de stabilisation, qui anticipe les mouvements de la plateforme puis agit de manière coordonnée sur les safrans et les ailerons afin de stabiliser le roulis (+/-3 degrés), compenser les mouvements de lacet au niveau des brins d’arrêt et éviter les embardées.

 

 

Lors de l'IPER, en 2008 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Lors de l'IPER, en 2008 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le CDG hier, aux bassins Vauban (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

18 tonnes de peinture à appliquer et 35 km de câbles à installer

 

 

Datant comme la propulsion de la construction du Charles de Gaulle (dont la première tôle a été découpée à Brest en 1987 pour une mise à flot en 1994 et une admission au service actif en 2001), différents secteurs, comme les locaux vie, bénéficieront de rénovations (l’une des deux cuisines sera par exemple remise à neuf). De même, le système de combat et le système d’information et de communication du porte-avions seront modernisés. Le bâtiment, qui doit être entièrement équipé en IP  (protocole de communication Internet), sera, ainsi, préparé à recevoir de nouveaux réseaux de communication, 35 kilomètres de câbles devant être installés durant l’IEI.

Enfin, comme pour tout carénage, les travaux de peinture constitueront une part importante du chantier. Ainsi, plus de 19.000 m² de carène seront décapés puis peints, de même que 5000 des 12.000 m² du pont d’envol. Pour cela, quelques 18 tonnes de peinture seront utilisées. On notera que, pour le décapage, DCNS emploiera un système à ultra haute pression, soit 2000 à 3000 bars, contre 200 bars pour les équipements classiques de nettoyage à haute pression.

 

 

Le pont d'envol (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Une étape importante pour le bâtiment et son équipage

 

 

Alors que les travaux de maintenance permettent de maintenir le bâtiment techniquement à niveau, les diverses améliorations entreprises durant chaque chantier de ce type sont aussi l’occasion d’accroître son potentiel. « Par la modification ou l’ajustement des performances de certains systèmes, l’arrêt technique constitue une phase de modernisation du bâtiment en tant qu’unité combattante. Cette modernisation tient compte des enseignements tirés des actions opérationnelles passées et prépare le bâtiment et son équipage à la réalisation des opérations futures », note le vice amiral d’escadre Xavier Magne. Et le patron de la flotte de surface française, « ALFAN » (Amiral commandant la Force d’Action Navale) comme on l’appelle, de rappeler que cette période d’indisponibilité opérationnelle du porte-avions est très riche pour l’équipage. D’ailleurs, ce dernier travaille déjà depuis plusieurs sur la préparation de cet arrêt technique: « La période à quai du Charles de Gaulle est une phase très active pour les marins, qui sont très impliqués dans l’entretien de leur bâtiment aux côtés des acteurs industriels. Elle permet également d’opérer des relèves de personnel ainsi que d’envoyer des marins en cours ou en stages afin de poursuivre leur formation humaine et technique ».

 

 

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Un vecteur majeur de projection de puissance

 

 

Seul véritable porte-avions européen, ce qui demeure encore aujourd’hui une curiosité au regard de ce que devrait être la puissance militaire de l’UE par rapport à son poids économique et ses ambitions sur la scène internationale, le Charles de Gaulle mesure 261.5 mètres de long et présente un déplacement de plus de 42.000 tonnes à pleine charge. Capable d’atteindre la vitesse de 27 nœuds et de parcourir 1000 kilomètres par jour, il est armé par 1260 membres d’équipage, auxquels s’ajoutent les personnels en charge de la mise en œuvre de l’aviation embarquée (jusqu’à 540 hommes pour une quarantaine d’aéronefs maximum). Mettant en œuvre des avions de combat Rafale Marine et Super Etendard Modernisés (SEM), ainsi que des avions de guet aérien E-2C Hawkeye et des hélicoptères, le Charles de Gaulle est un vecteur de projection de puissance majeur de l’armée française. Outil diplomatique, qui par sa seule présence dissuasive peut apaiser des tensions, le porte-avions est doté d’une force de frappe considérable contre des cibles en mer ou à terre, d’autant que ses Rafale peuvent emporter des missiles nucléaires ASMP-A. « Ses caractéristiques, ses capacités de stockage et ses ateliers de maintenance aéronautique qui lui permettent de régénérer le potentiel de ses aéronefs embarqués confèrent au porte-avions Charles de Gaulle une grande autonomie. Il peut ainsi déployer un groupe aérien complet et polyvalent, loin, longtemps et en sécurité grâce à un système de détection intégré, un système de communication et de maîtrise de l’information et à un système d’autodéfense performants. Par sa capacité de projection aérienne et sa souplesse d’emploi, il permet une large palette d’utilisations et a vocation à jouer un rôle décisif dans la résolution des crises internationales », rappelle la Marine nationale.   

 

 

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Bientôt 12 ans d’une intense activité opérationnelle

 

 

En mai, cela fera 12 ans que le Charles de Gaulle est opérationnel. Une grosse décennie au cours de laquelle le bâtiment a été particulièrement actif, avec près d’un million de kilomètres parcourus, soit l’équivalent de 23 tours du monde.  Depuis sa mise en service, le porte-avions français a participé à plusieurs reprises au soutien des troupes déployées en Afghanistan dans le cadre de l’opération multinationale Enduring Freedom. C’est d’ailleurs sur ce théâtre qu’il a débuté sa carrière, de décembre 2001 à juillet 2002, lorsque ses appareils ont participé, dans le cadre de l’opération Héraclès, à l’intervention aérienne contre les talibans. Cette mission s’est prolongée au cours de plusieurs déploiements Agapanthe (mars-mai 2004, février-juin 2006, février-mai 2007, octobre 2010-février 2011).

 

 

Le Charles de Gaulle avec une frégate et un ravitailleur (© : MARINE NATIONALE)

 

Catapultage de Rafale et SEM (© : MARINE NATIONALE)

 

Catapultage d'un Rafale sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

 

En 2011, à peine revenu de quatre mois de mission en océan Indien, le Charles de Gaulle était de nouveau mobilisé, cette fois en Libye (opération Harmattan), où son groupe aérien embarqué contribua aux frappes contre les troupes du colonel Kadhafi, dans le cadre d’un mandat de l’ONU visant à protéger la population libyenne. Selon la Marine nationale, cet engagement a montré l’endurance et la polyvalence du groupe aéronaval (GAN), comprenant non seulement le porte-avions, mais aussi ses frégates d’escorte, une composante sous-marine et des moyens de ravitaillement. Le GAN a, ainsi, œuvré à la prévention de l’emploi des armes contre l’opposition libyenne (frappes aériennes et emploi de l’artillerie de marine), à l’application de la zone d’exclusion aérienne et à l’embargo sur les armes. Durant Harmattan, le Charles de Gaulle a parcouru en 138 jours de mer (sur 146 jours d’absence, dont 63 sans escale) 40.000 milles, soit presque deux tours du monde. Il a réalisé 2380 catapultages et appontages en 120 jours d'activité aéronautique, ses appareils cumulant 3600 heures de vol. Une endurance d’autant plus remarquable à la suite d’un premier grand déploiement faisant qu’entre octobre 2010 et août 2011, le bâtiment fut en mission 9 mois sur 10, un tour de force que la marine doit non seulement aux soins techniques apportés à son unique porte-avions, mais aussi au professionnalisme et à l’engagement de ses hommes et femmes.

 

 

LE REPORTAGE PHOTO REALISE HIER PAR JEAN-LOUIS VENNE :

 

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Entrée au bassin du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

L'îlot du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le CV Lebas, commandant du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Déflecteur de jet sur le pont d'envol (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

A bord du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le hangar du Charles de Gaulle (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

A bord du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

A bord du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

A bord du CDG (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Charles de Gaulle au bassin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

 

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)