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Le possible abandon des frégates Horizon 3 et 4 confirmé

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Le possible abandon des frégates Horizon 3 et 4 confirmé

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L’amiral Oudot de Dainville confirme l’information que nous vous livrions en juin dernier. Interrogé par le journal Le Marin (*), le chef d’état-major de la marine explique qu’« une réflexion est actuellement en cours afin de construire deux frégates antiaériennes sur les coques de frégates multimissions (pour) remplacer les Cassard et Jean Bart ». Ces bâtiments viendraient se substituer aux Horizon 3 et 4, prévues pour prendre la relève des frégates antiaériennes livrées en 1988 et 1991. La taille des Fremm ne s’oppose en effet nullement à cette hypothèse, avec un déplacement à pleine charge de 5500 tonnes contre 5000 tonnes pour les Cassard. Seule la capacité d’emport de missiles surface/air pourrait être réduite (32 au lieu de 40) si le nombre de lanceurs prévu pour les frégates multimissions n’est pas augmenté. Plusieurs éléments ont conduit la marine à renoncer à la refonte à mi-vie de Cassard et Jean Bart. Tout d’abord, une question de coût, le budget nécessaire au remplacement de la rampe SM 1 MR par un système PAAMS (missiles Aster 30) et des senseurs correspondants est jugé trop élevé. Les Cassard souffrent par ailleurs de problèmes de structures liés au travail du métal (torsion) à la mer. Dérivées des frégates anti-sous-marines du type Georges Leygues, dont elles conservent la coque, elles ont rencontré, comme leurs aînées, des soucis de microfissures. Constatées au centre des navires, à la jonction entre le premier pont et les superstructures, ces fissures de quelques centimètres sont apparues au début des années 90 et ont nécessité la mise en place d’un bulge de 60 mètres de long sur chaque bord (lesté de 210 tonnes de béton) pour renforcer la structure. L’installation d’un système d’armes plus important et l’alourdissement des hauts étaient donc difficilement envisageables.

Bâtiments hors de prix

Construits en coopération avec l’Italie, les frégates Horizon faisaient à l’origine partie d’un programme tripartite avec la Grande-Bretagne. Cette dernière souhaitait construire 12 navires de ce type pour remplacer ses destroyers du type 42. La France et l’Italie désiraient quant à elle acquérir quatre bâtiment pour leurs marines respectives. Avec un total de 20 frégates, ce projet aurait donc constitué le plus important programme naval jamais mené en Europe. Des divergences sur le montage industriel et sur les senseurs ont toutefois conduit Londres à se retirer d’Horizon. Dès lors, le coût du programme a explosé, atteingnant 2,5 milliards d’euros (**) pour les deux premières unités françaises, soit plus que l’enveloppe actuellement envisagée pour le second porte-avions ! L’émergence du programme Fremm, avec un effort particulier sur la modularité et sur les coûts, ont donc naturellement conduit la marine à s’intéresser à une version antiaérienne : « Cela nous permettra de bénéficier de l’effet de série à la fois lors de l’acquisition, mais également en coût de possession », explique l’amiral Oudot de Dainville. Rien que sur l’équipage, l’évolution est sidérante. Alors que le Duquesne (1970) est armé par 346 hommes, le Cassard (1988) n’aligne plus que 250 hommes et les Fremm (2011) n’auront besoins que d’un équipage de 108 hommes. Les deux premières Horion, les Forbin et Chevalier Paul, actuellement en construction à DCN Lorient, seront quant à elles mises en œuvre par 190 personnes.

Modifications pour une Fremm antiaérienne

Les navires antiaériens, bâtiments traditionnellement les plus complexes après les porte-avions, nécessiteront, avec comme support une coque de frégate multimissions, d’importants aménagements. Il faudra tout d’abord installer les senseurs correspondant à cette nouvelles mission (radars de la famille S 1850 et EMPAR ou radar intégré Herakles). Le missile employé sera ensuite l’Aster 30, au lieu de l’Aster 15. Cet engin, qui équipera les Horizon, affiche une portée de 100 Kms, contre 30 pour son prédécesseur. Sa longueur atteint donc 4,8 mètres (4 mètres pour l’Aster 15) et son poids 445 kg au lieu de 300 kg. Il faudra également voir si deux lanceurs Sylver supplémentaires peuvent être mis en place, pour porter le nombre de cellules de 32 à 48. Dans tous les cas, l’adoption de l’Aster 30 entraînera un gain de poids par rapport à la Fremm traditionnelle. Contrairement aux apparences, cette donnée n’est pas la plus contraignante puisque, dès la conception, les ingénieurs ont prévu une marge de manœuvre de 500 tonnes, permettant d’accueillir de nouveaux équipements (déplacement maximum prévu en fin de vie : 5900 tonnes). En revanche, si la turbine LM 2500 + E est retenue pour motoriser les Fremm, un problème de vitesse pourrait apparaître sur des navires antiaériens qui, par définition, doivent afficher une certaine célérité. Contrairement à la turbine britannique MT 30, dont la puissance avérée est de 36 MW (avec un potentiel de 40 MW), la machine américaine n’est annoncée qu’à 32 MW. Pour mettre en concurrence Rolls-Royce et General Electric, Paris et Rome avait déjà consenti à baisser la puissance envisagée pour les Fremm de 34 à 32 MW, limitant la vitesse du navire à 27 nœuds. Dans ce schéma, les frégates ne disposeront d’aucune réserve de puissance si elles sont alourdies par des équipements supplémentaires.

(*) Le Marin a sorti cette semaine un excellent hors-série sur le navires militaires.
(**) Selon un rapport du Sénat, armes et études comprises.
Voir l'article du 21 juin sur les frégates Horizon

Naval Group (ex-DCNS) Frégates Horizon Marine nationale