Histoire Navale
Le Pourquoi pas? découvre l'épave d'un Aquilon disparu avec son pilote en 1960

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Le Pourquoi pas? découvre l'épave d'un Aquilon disparu avec son pilote en 1960

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Le navire océanographique Pourquoi pas?, copropriété de l'Ifremer et de la Marine nationale, a découvert par 2400 mètres de fond, le 20 novembre, un ancien avion de chasse Aquilon 203 de l’aéronautique navale disparu il y a 60 ans en Méditerranée. L’épave est celle de l’Aquilon n°83, qui à l’époque de sa disparition était affecté à la flottille 11F. Le 13 juin 1960, l’appareil et son pilote terminaient une campagne de qualification à l’appontage à bord du porte-avions britannique HMS Ark Royal. « Au cours du dernier catapultage avant le retour vers la base de Hyères, l’Aquilon n°83 tombe à l’eau et coule immédiatement. Son pilote, le Maître Jean Legouhy, âgé de 27 ans, disparaît avec lui », explique la Marine nationale. Celle-ci précise que « cet aéronef de l’Etat est désormais protégé au titre du code du patrimoine et de ses dispositions relatives aux biens culturels maritimes ».

 

L'épave de l'Aquilon (© : IFREMER)

L'épave de l'Aquilon (© : IFREMER) 

 

Identifiée grâce aux inscriptions parfaitement conservées visibles sur l’empennage de l’appareil, l’épave a été découverte en marge d’une campagne scientifique conduite par le Pourquoi pas ? au sud de Porquerolles. L’Aquilon n°83 a été retrouvé par Victor 6000, le robot télé-opéré de l’Ifremer capable de conduire des travaux jusqu’à 6000 mètres de profondeur et qui est actuellement embarqué sur le navire océanographique.

 

Le Pourquoi pas? (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le Pourquoi pas? (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE) 

Le robot Victor 6000 (© : IFREMER - MICHEL BONNEFOY)

Le robot Victor 6000 (© : IFREMER - MICHEL BONNEFOY) 

 

L’Aquilon était la version française du chasseur-bombardier britannique Sea Venom, conçu par De Haviland et qui réalisa son premier vol en 1951, sa mise en service intervenant trois ans plus tard dans la Royal Navy. Ce fut le premier avion à réaction opérationnel de la Marine nationale, la France produisant cet appareil sous licence dans les usines de la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-est, à Marignane. Plus de 100 appareils monoplaces et biplaces en sortirent, dont une trentaine pour la formation et l’entrainement. Ils ont succédé aux Seafire et Hellcat à hélice. Mais la carrière de l’Aquilon est très courte puisqu’il ne resta en service dans l’aéronautique navale que de 1955 à 1966, ses seuls engagements intervenant en Afrique du nord depuis des bases terrestres.

 

Un Aquilon (© : MARINE NATIONALE)

Un Aquilon (© : MARINE NATIONALE) 

 

Il faut dire que jusqu’au début des années 60, aucun porte-avions français n'était en mesure de l’accueillir. Même l’Arromanches, bien que modernisé en 1958 pour recevoir les nouveaux Alizé (lutte anti-sous-marine) et Fouga Zéphyr (entrainement) ne peut en faire autant avec l’Aquilon, faute de catapulte à vapeur (sa catapulte hydropneumatique n’étant pas assez puissante). Les seuls avions à réaction que l’ancien « R 95 » vit opérer sur son pont d’envol furent les Zéphyr, beaucoup plus légers que les Aquilon. Pour être précis, d’autres avions à réaction bien plus gros embarquèrent en 1964 sur l’Arromanches, en l’occurrence une douzaine d’intercepteurs F-8Crusader, les premiers achetés par la France aux Etats-Unis afin d’équiper les nouveaux Clemenceau et Foch, entrés en service en 1961 et 1963. Mais à cette occasion l’ancien Colossus britannique ne servit que de transport d’aviation pour ramener en France les chasseurs américains, grutés au départ et à l’arrivée. L’Aquilon fréquenta finalement le pont des porte-avions français avec l’arrivée du Clemenceau, un premier appontage intervenant sur le bâtiment lors de ses essais en mars 1960. Mais l’Aquilon tire donc sa révérence six plus tard, son dernier vol officiel intervenant le 30 juin 1966. La suite de l’histoire de l’aviation de combat embarquée française s’écrit en effet avec le nouvel avion d’attaque Etendard IV de Dassault - opérationnel en 1962 et qui succède au vénérable Corsair - complété par le Crusader et l’Alizé.

L’Aquilon joua cependant un rôle important puisqu’il a permis à l’aviation embarquée de s’initier aux appareils de combat à réaction. Y compris, en attendant de pouvoir apponter et être catapulté sur des bâtiments français, en réalisant des campagnes à bord de porte-avions britanniques, qui mettaient en œuvre le Sea Venom.  L'Aquilon fut, comme dit la marine, un « avion de transition » entre les vieux bâtiments et appareils à hélice anglo-saxons issus de la seconde guerre mondiale et le développement de technologies et capacités nationales modernes, incarnées par le tandem Clemenceau/Foch et l'Etendard IV notamment.   

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