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Le premier SNA du type Barracuda va bientôt voir le jour

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Près de 10 ans après la notification du programme, le premier des six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque français du type Barracuda devrait sortir du hall de construction de Cherbourg cet été, en vue de sa mise à l’eau. Le Suffren enchainera ensuite les tests à quai avant de débuter ses essais en mer, prévus à priori début 2017. A l’issue, il doit être livré à la Marine nationale courant 2018.

Pour l’heure, les équipes de DCNS s’activent pour terminer l’assemblage de la coque, séparée en deux parties et qui sera normalement refermée le mois prochain. La Marine nationale a, quant à elle, déjà constitué un noyau d’équipage, fort de 65 marins, qui seront chargés de la conduite du bâtiment.

 

Le Suffren en construction en octobre 2015 (© : DCNS)

Le Suffren en construction en octobre 2015 (© : DCNS)

 

Des sous-marins bien plus performants que leurs aînés

Plus grands, plus puissants et plus silencieux que les six SNA du type Rubis (mis en service entre 1983 et 1993) qu’ils sont appelés à remplacer, les Barracuda mesureront 99.5 mètres de long et présenteront un déplacement de 4650 tonnes en surface (5300 en plongée). Très automatisés, ils seront armés par un équipage de 60 hommes (deux équipages se relaieront comme c’est le cas actuellement), qui pourra être partiellement féminisé si l’expérimentation conduite à partir de 2017 sur SNLE est concluante. A ce titre, 3 officiers féminins ont d’ailleurs été sélectionnés et sont en cours de formation.

Dotés d’une propulsion nucléaire basée sur une évolution du réacteur à eau pressurisée du type K15 (50 MW) développé pour les quatre SNLE du type Le Triomphant et le porte-avions Charles de Gaulle, les Barracuda pourront atteindre au moins 25 nœuds en plongée.

 

(© : DCNS)

(© : DCNS)

 

Un armement varié et conséquent

Leur armement, mis en œuvre depuis six tubes de 533 mm, pourra comprendre jusqu’à 20 armes, avec des torpilles lourdes F21, des missiles antinavire Exocet SM39 et des missiles de croisière (MdCN). Les Barracuda seront également en mesure de mouiller des mines et d’intégrer une défense antiaérienne contre des aéronefs de lutte anti-sous-marine. Cet armement pourrait être constitué de missiles Mica (concept A3SM de DCNS) mis en œuvre via le même véhicule que le SM39 dans le cadre d’un tir par les tubes lance-torpilles.

Opérations spéciales

Pour les opérations spéciales, les Barracuda pourront également embarquer, derrière le massif, un module abritant du matériel pour les commandos. Les capacités d’hébergement des bâtiments sont à cet effet de 10 places supplémentaires en plus des 60 membres d’équipage. A terme, des drones pourront également être intégrés.

 

Barracuda (© : DCNS)

Barracuda (© : DCNS)

 

Electronique de nouvelle génération

En matière d’électronique, les nouveaux SNA français seront équipés des systèmes les plus modernes (sonar de coque, antenne de flanc, antenne remorquée, sonar d’évitement de mines) et, comme les SNLE après refonte, du nouveau système de combat SYCOBS. Dotés de mâts optroniques non-pénétrants, ils seront équipés d’une nouvelle génération de contre-mesures. Il s’agit du Nemesis, basé sur le système Contralto de DCNS, qui applique un principe de  « confusion/dilution » et combine des manœuvres évasives avec le déploiement de nouveaux leurres Canto-S, intégrés sur les Rubis depuis 2014.

 

Concept du système Contralto (© : DCNS)

Concept du système Contralto (© : DCNS)

 

Des livraisons qui s’échelonneront jusqu’en 2029

La livraison du Suffren a été repoussée de 2017 à 2018, un léger retard imputable notamment aux difficultés qu'il a fallu surmonter, comme c'est toujours le cas pour un programme aussi complexe. En revanche, le glissement de calendrier que connait la suite du programme est liée à des questions budgétaires. En cours de construction à Cherbourg, le second SNA du type Barracuda, qui sera baptisé Duguay-Trouin, devrait être livré par DCNS en 2020, soit un an après la date prévue. Ensuite, les futurs Tourville, De Grasse, Casabianca (ex-Dupetit-Thouars) et Rubis (ex-Duquesne) seront achevés au rythme d’une unité tous les deux ans à deux ans et demi, avec une livraison du sixième et dernier SNA en 2029, au lieu de 2027 comme prévu lors de la notification du contrat en décembre 2006.

 

Design

Design Shortfin Barracuda Block 1A proposé à l'Australie (© : DCNS)

 

Un dérivé à propulsion conventionnelle proposé à l’Australie

En plus de la flotte française, on rappellera que le design des Barracuda a également servi de base à DCNS pour sa proposition à l’Australie dans le cadre du renouvellement de sa flotte sous-marine. Doté d’une propulsion classique, le Shortfin Barracuda Block 1A mesure 97 mètres pour un déplacement de 4500 tonnes en surface. Dans le cadre de ce projet, connu sous le nom de SEA 1000 et portant sur 8 à 12 nouveaux bâtiments, le gouvernement australien doit choisir cette année entre les modèles proposés par DCNS, l’Allemand TKMS et les industriels japonais.  

 

SNA du type Rubis (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

SNA du type Rubis (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Fin de carrière remarquable pour les Rubis

Quant aux Rubis, appelés à être désarmés au fil des entrées en service de leurs successeurs, ils auront donc atteint les 35 ans de service contre 25 prévus initialement. Cela, alors qu’ils sont très sollicités sur les différents théâtres d’opérations et, malgré cette activité très soutenue, affichent un niveau de disponibilité remarquable. Très supérieur à ce que connaissent d’autres marines comparables (il serait meilleur de 50% par rapport aux Trafalgar britanniques par exemple), ce taux de disponibilité n’a d’ailleurs cessé de croître depuis 10 ans grâce aux nouveaux contrats de maintien en condition opérationnelle (MCO) mis en place entre le Service de Soutien de la Flotte (SSF) et DCNS. Avec en plus de l’entretien technique différentes modernisations successives (système de combat, détection, propulsion, armement, contre-mesures…) permettant de faire évoluer les capacités des bâtiments et de les maintenir technologiquement à niveau, y compris jusqu’à la prochaine décennie puisque le dernier Rubis ne sortira de flotte que dans une douzaine d’années.

 

SNA du type Rubis en IPER (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

SNA du type Rubis en IPER (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Dernières IPER

Reste que chez DCNS, on se prépare déjà à la transition avec les Barracuda, même si la première Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparations du Suffren n’est pas prévue avant 2025/2026. Alors que le Rubis, qui a connu sa dernière IPER en 2012/2013, sera le premier de la série à être retiré du service (à partir de 2017), seulement deux des six bâtiments de cette classe bénéficieront encore d’un arrêt technique majeur leur redonnant une dizaine d’années de potentiel. Il s’agit de l’Améthyste, actuellement en cale sèche à Toulon et qui retrouvera la Marine nationale l’hiver prochain, ainsi que la Perle, qui achèvera son ultime IPER en 2019. Entretemps, DCNS assurera au second semestre 2017 l’arrêt technique intermédiaire (IE longue) du Saphir. Une fois désarmés et leurs tranches nucléaires débarquées, les Rubis rejoindront la filière de démantèlement, tout comme cinq anciens SNLE du type Le Redoutable, stationnés à Cherbourg. 

 

SNA du type Rubis  (© : MICHEL FLOCH)

SNA du type Rubis  (© : MICHEL FLOCH)

Naval Group (ex-DCNS) Marine nationale