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Le premier sous-marin nucléaire de conception indienne en essais

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Les militaires indiens ont procédé en juillet à la divergence du réacteur nucléaire de l’Arihant, premier sous-marin de construction nationale doté d’une propulsion nucléaire et d’une capacité de frappe stratégique. Mis sur cale en 1998 et lancé en juillet 2009, le bâtiment va pouvoir, à l’issue d’une série d’essais à la base navale de Vishakhapatnam, dans le golfe du Bengale, prendre la mer pour la première fois. Long de 120 mètres pour une largeur de 14 mètres, l’Arihant présente un déplacement d’environ 7000 tonnes en plongée. Son armement doit comprendre des torpilles lourdes et missiles antinavire  SS-N-27, mis en œuvre depuis six tubes de 533mm. A cela, s’ajoutent quatre silos permettant chacun de lancer verticalement trois K-15 Sagarika. Il s’agit de missiles de croisière de 10 tonnes, longs de 10 mètres pour un diamètre d’1 mètre, capables de transporter une charge conventionnelle de 500 kilos où une tête nucléaire. Les essais de tir en immersion de cette arme (version navale du missile terrestre Prithvi), développée par la firme indienne DRDO, ont été menés en 2012 et jugés concluants par les industriels et la marine. L’un des missiles a atteint une cible située à 700 kilomètres, proche de la portée maximale du Sagarika.

 

 

Missile K-15 Sagarika (© : DRDO)

Missile K-15 Sagarika (© : DRDO)

 

 

Un SNA plus qu’un SNLE

 

 

Bien que considéré comme un sous-marin nucléaire lanceur d’engins par l’Inde, l’Arihant n’entre donc pas dans la même catégorie que les SNLE occidentaux, bien plus puissants et dotés de missiles balistiques intercontinentaux. Les 14 SNLE américains du type Ohio  (170 mètres, 18.750 tonnes) embarquent par exemple 24 missiles Trident 2 D-5 (14.6 mètres de long, 2.4 mètres de diamètre, 61.7 tonnes, 8 têtes de 100 kilotonnes) d’une portée de 12.000 km. Quant aux quatre SNLE français du type Le Triomphant (138 mètres, 14.000 tonnes), ils disposent (ou vont disposer après remplacement du M45 sur les trois premiers) de 16 missiles M51 (12 mètres de long, 2.3 mètres de diamètre, 56 tonnes, 6 têtes de 110 kilotonnes) pouvant atteindre des cibles situées à 9000 kilomètres. L’Arihant est donc plutôt considéré par les Occidentaux comme un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), même si ses missiles de croisière pourront emporter des têtes nucléaires.

 

 

« Un pas de géant »

 

 

Alors que la Chine est encore loin d’avoir atteint une capacité océanique stratégique de premier plan, seuls les Etats-Unis, la Russie et la France sont capables de développer, construire et mettre en œuvre une véritable force de frappe océanique (le Royaume-Uni construit et opère également des SNLE, mais ceux-ci sont dotés de missiles américains). Reste qu’avec l’Arihant, conçu avec l’aide technique russe, l’Inde monte clairement en gamme et dote sa marine d’une première capacité de frappe nucléaire sous-marine. « Un pas de géant pour les technologies indiennes appelées à protéger notre pays », a estimé le premier ministre Manmohan Singh. Un premier pas, en fait, vers le probable développement, à l’avenir, de vrais SNLE. Alors que la marine indienne a pu se familiariser avec les SNA en louant à la Russie un bâtiment du type Charlie I entre 1988 et 1991, elle se rôde de nouveau à l’exploitation de ce type de sous-marin avec un SNA russe du type Akula I, le Nerpa, loué pour 10 ans et livré en janvier 2012 (il a été rebaptisé Chakra).

 

 

Le SNA Chakra (© : MARINE INDIENNE)

Le SNA Chakra (© : MARINE INDIENNE)

 

 

De son côté, l’institut nucléaire Indira Gandhi est parvenu à concevoir le cœur de l’Arihant, offrant au pays son autonomie sur la réalisation de cet équipement critique, s’ajoutant à la capacité, dont il dispose déjà, de développer des armes nucléaires. On notera, de plus, que l’Inde va bénéficier, pour les parties conventionnelles, du savoir-faire acquis lors de la construction des six sous-marins classiques du type français Scorpène, réalisés à Mumbai en transfert de technologie (le premier doit être livré en 2015).

La construction de deux autres bâtiments du type Arihant est pour le moment programmée. La seconde unité de la série, l’Aridhaman, a vu sa construction débuter en 2011 et doit être mise à flot cette année pour une livraison prévue en 2015. Le troisième doit, quant à lui, rejoindre la flotte indienne en 2020. 

Marine indienne