Marine Marchande
Le procès du TK Bremen s'est ouvert à Brest

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Le procès du TK Bremen s'est ouvert à Brest

Marine Marchande

Un cargo drossé vers le rivage par la tempête avant de s’échouer face au cordon dunaire d’Erdeven, à quelques dizaines de kilomètres de l’entrée de la rade de Lorient ; une pollution qui, en plein début de campagne présidentielle, vient souiller plusieurs sites naturels protégés, suite au déversement de 60 000 litres de fioul en mer ; une mobilisation de près de 300 personnes qui tentent de limiter les dégâts ; un chantier de démantèlement de l’épave qui débute peu de temps avant Noël, sur une plage fermée au public et à l’accès restreint pour les journalistes français et étrangers qui suivent cette mauvaise fortune de mer : à partir de du 16 décembre, le naufrage du TK Bremen a constitué l’un des feuilletons médiatiques de l’hiver 2011/2012.

C’est un autre épisode qui s’ouvre, ce mercredi, devant le tribunal correctionnel de Brest. Après une longue instruction, le temps est venu pour la justice d’établir les responsabilités sur ce naufrage et ses conséquences écologiques, survenu sous « les fenêtres du Cross Etel » comme le disait, en 2012, le directeur adjoint du Centre régional de surveillance et de sauvetage responsable des secours de la pointe de Penmarc’h (29) à la frontière espagnole.

Un choix hasardeux ?

Si on peut se féliciter du sauvetage des 19 membres de l’équipage (16 Turcs et 3 Azerbaïdjanais) de ce cargo naviguant sous pavillon maltais, son départ du port de Lorient où il avait déchargé quelque 5 300 tonnes de tournesol, a donné lieu à une vive polémique. Comme l’a établi le rapport du Bureau d’enquêtes sur les événements de mer, le 15 décembre 2012, le pilote du port avait informé le capitaine, qui est convoqué ce mercredi devant le tribunal de Brest, qu’il pouvait rester à quai du fait de l’annonce de l’arrivée de la tempête Joachim quelques heures plus tard.

À l’issue d’une communication avec l’armateur maltais, la société Blue Atlantic Shipping, le capitaine faisait le choix de quitter la rade de Lorient, pour se mettre au mouillage, à l’abri de l’île de Groix (56). La force de la tempête Joachim allait faire le reste. Poussé à la dérive par un vent de force 11, devenu incontrôlable dans des éléments déchaînés qui empêchent la sortie d’un remorqueur du port de Lorient, le TK Bremen talonne sur des roches avant de s’échouer, à 2 h du matin, sur la plage de Kerminihy, à Erdeven.

Marée noire « limitée »

Le capitaine du cargo est-il le seul responsable de cet enchaînement de mauvais coups du sort ? Où d’autres responsabilités doivent-elles être retenues du côté des autorités françaises, dans la gestion de cet épisode maritime hivernal qui a prouvé, si besoin était, qu’on ne doit jamais sous-estimer la force des tempêtes bretonnes ? C’est la thèse défendue, par exemple, par l’association Robin des Bois ou la CGT des marins du Grand Ouest.

C’est en tout cas l’un des enjeux de ces trois jours d’audience prévus devant le tribunal de Brest. Un autre sera bien sûr de déterminer la nature des dommages donnant droit à indemnisation. Car si la préfecture maritime de Brest a parlé un temps de « pollution limitée », il n’en reste pas moins que l’image d’une Bretagne une nouvelle fois frappée par une marée noire, si « limitée » soit-elle, a encore marqué durablement les esprits. Sans parler des frais occasionnés par les travaux de remise en état du site, du coût des opérations de dépollution des eaux et du rivage, de la facture salée du chantier de démolition de l’épave… Dans la salle d’audience du tribunal de Brest, 55 parties civiles demanderont réparation.

Un article de la rédaction du Télégramme

Pollution en mer et accidents