Marine Marchande
Le propriétaire de l'Onyx attendu à Brest

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Le propriétaire de l'Onyx attendu à Brest

Marine Marchande

Révélée par Mer et Marine, l' « affaire » du ferry Onyx apporte, chaque jour, son lot de nouvelles et de révélations. L'« armateur », ou plutôt dans ce cas précis le propriétaire du navire, est attendu aujourd'hui à Brest. Il doit constater les avaries (réducteur, moteur de barre, pavois, chaumard...) et discuter avec les autorités françaises des réparations à entreprendre pour laisser repartir ce bateau. C'est mardi que l'Onyx, construit en 1966, a atteint la rade brestoise, après avoir été remorqué par l'Abeille Bourbon suite à une avarie de propulsion dans le rail d'Ouessant. Immobilisé durant deux ans en Finlande où il était considéré comme un « déchet » par l'agence de l'environnement, l'ex-Fennia (et ex-Casino Express) a été autorisé à quitter le port de Vaasa après que ses détenteurs aient fourni aux autorités finlandaises l' « assurance » que le bateau n'allait pas au ferraillage (auquel cas il aurait été soumis à la réglementation européenne sur l'exportation de déchets dangereux) mais allait reprendre une activité commerciale. Avant son appareillage, le navire, qui battait pavillon suédois et s'appelait C. Casino, a été rebaptisé Onyx et ré-immatriculé à Saint-Kitts et Nevis, considéré par les experts comme un « registre fantôme ».

Cap sur l'Inde plutôt que sur la Turquie ?

Le ferry, après son départ de Finlande, n'aurait, normalement, jamais dû faire parler de lui, s'il n'était tombé en panne de moteur devant la Bretagne. A son arrivée à Brest, sa destination fut connue : La Turquie. Des questions se sont donc immédiatement posées quant au devenir de l'Onyx, qui semblait devoir plus rejoindre les chantiers de démolition d'Aliaga, au nord d'Izmir, que reprendre une activité de transport de fret. Dès mercredi, nous rappelions néanmoins que les autorités turques avaient refusé à l'été 2008 l'accès à un chantier de l'Otapan, un bateau qui n'avait pas été préalablement désamianté. Dans notre édition d'hier (complétée en cours de matinée), nous évoquions la possibilité que le propriétaire de l'Onyx soit, en fait, un cash buyer (négociant en ferrailles navales) indien. Cette hypothèse s'est confirmée puisque, de sources concordantes, il s'agit de Prayati Shipping, société basée à Bombay. Contacté par Mer et Marine, un expert doute par conséquent que la destination finale de l'Onyx soit la Turquie, estimant que le bateau était plutôt destiné aux chantiers indiens : « Ce serait une première qu'un cash buyer indien envoie un bateau à la démolition en Turquie. Nous sommes vraiment devant une entourloupe. Tout ceci est un habillage pour contourner le règlement européen en utilisant toutes les ficelles de la complaisance permise par la convention de Montego Bay sur le droit de la mer ».

Le ferry peut-il repartir ?

Si l'Onyx devait bien rejoindre un chantier de démolition indien, l'affaire constituerait une violation manifeste de la Convention de Bâle et de la réglementation européenne en matière de transfert transfrontaliers de déchets dangereux. Dans ce cadre, les exportations de coques non dépolluées ne sont autorisées, au niveau de l'Union européenne, que vers les pays de l'OCDE, dont fait partie la Turquie. Mais, pour cela, le pays émetteur (ici la Finlande), doit justifier qu'il ne possède pas de capacités, au niveau national, pour traiter le navire. Quant à la France, elle fait une interprétation sensiblement différente des textes, en ne considérant comme valables pour les transferts à la démolition que les pays de l'UE et de l'Association européenne de libre-échange (AELE).
A la lumière de toutes ces informations, la France peut prendre une décision, ne serait-ce que pour montrer l'exemple. Mais, dans ce cas, le port de Brest hériterait d'une nouvelle épave bien encombrante avec, in fine, des risques de se retrouver avec le démantèlement à financer, au terme d'interminables procédures. De plus, la situation de l'Onyx est, dans le contexte actuel, très complexe. Le navire ne part, en effet, pas officiellement à la démolition. Il dispose d'un équipage, d'un propriétaire identifié et, apparemment, de papiers en règle. Légalement, une fois que les réparations seront effectuées et contrôlées par le Centre de Sécurité des Navires, rien ne justifie une immobilisation.
L'ancien ferry pourrait simplement être empêché d'appareiller si le CSN estimait qu'il n'est pas dans un état de navigabilité satisfaisant. Un remorquage peut, aussi, être envisagé, la question de la destination et du viol à posteriori de la réglementation restant en suspens (si le bateau va bien à la ferraille). Enfin, les conditions météorologiques sont actuellement mauvaises dans le golfe de Gascogne. Il faudrait sans doute, si le bateau repart, attendre une fenêtre météo favorable, d'autant que sa longueur (129 mètres) se prête mal, à cette saison, à la longueur d'ondes de la houle du golfe...

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