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Le Rafale et l'Eurofighter en finale pour décrocher le méga-contrat indien

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Le Rafale et l'Eurofighter en finale pour décrocher le méga-contrat indien

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New Delhi a tranché. Ce sont les Rafale et Eurofighter Typhoon qui ont été sélectionnés dans la « short list » du méga-contrat estimé à plus de 10 milliards de dollars et portant sur la commande de 126 avions de combat ( avec une option pour 74 machines supplémentaires) pour les forces armées indiennes. L'appel d'offres lancé dans le cadre de ce marché arrivait à terme jeudi dernier. A l'issue de cette procédure, les autorités indiennes ont convoqué les deux finalistes pour poursuivre le processus et détailler leurs offres, alors que les candidats recalés recevaient une lettre les informant que leurs propositions n'étaient pas retenues. Aux Etats-Unis, le choix indien a fait l'effet d'une bombe, l'administration Obama recevant une salve de critiques pour cet échec. En effet, le F/A-18 Super Hornet comme le F-16IN Super Viper ont été recalés, ce qui a provoqué la démission de l'ambassadeur américain en poste à New Delhi. Malgré le puissant lobbying opéré depuis Washington, Lockheed-Martin et Boeing ne sont pas parvenus à accéder à la finale. Selon certains experts, les militaires indiens auraient, en fait, été échaudés par les prestations américaines dans le domaine des avions de transport et, à la lumière de ce qui se passe dans certains autres pays, qui utilisent du matériel US, l'Inde aurait estimé que les propositions américaines ne pouvaient lui assurer l'indépendance souhaitée et la maîtrise de son outil de défense. Peut-être aussi que Washington paye son soutien au Pakistan, auquel des F-16 (moins performants toutefois que ceux proposés à l'Inde) ont été vendus.

F /A-18 Super Hornet  (© : BOEING)
F /A-18 Super Hornet (© : BOEING)

F-16IN Super Viper  (© : LOCKHEED-MARTIN)
F-16IN Super Viper (© : LOCKHEED-MARTIN)

Chez les Russes également, on accuse le coup, même si tout le monde n'a pas reconnu la défaite. Pour ce contrat géant, le MiG-35 était en compétition. Principal fournisseur étranger d'équipements militaires en Inde, Moscou pensait être très bien placée, d'autant que New Delhi a passé commande de MiG-29K pour renouveler le parc aérien de sa marine et équiper les futurs porte-avions Vikramaditya et Vikrant.
L'annonce indienne est, enfin, très dure pour le Gripen, qui joue actuellement sa survie. Alors que la chaine de production de l'avion suédois arrivera bientôt en bout de course, l'échec du Gripen NG en Inde, doublé des reports enregistrés sur d'autres appels d'offres, notamment au Brésil et en Suisse, placent les industriels suédois dans une position de plus en plus critique.

MiG-35  (© : DROITS RESERVES)
MiG-35 (© : DROITS RESERVES)

Gripen NG (© : DROITS RESERVES)
Gripen NG (© : DROITS RESERVES)

La Libye pour banc d'essais

Pour départager les deux avions retenus dans la short list, les autorités indiennes évalueront les offres des concurrents sur un plan technique et financier, mais également en matière de transfert de technologie. Dans le cadre du futur contrat, une chaîne d'assemblage doit, en effet, être créée en Inde, même si un certain nombre d'éléments resteront fabriqués en Europe. Le Rafale et l'Eurofighter sont présentés dans leurs dernières versions, équipées notamment d'un radar à antenne active, actuellement en cours d'expérimentation sur l'appareil français.
En dehors des présentations déjà réalisées, l'engagement en Libye du Rafale et de l'Eurofighter est regardé de très près par New Delhi.

Rafale Marine avec AASM  (© : MARINE NATIONALE)
Rafale Marine avec AASM (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Air avec Scalp EG  (© : ARMEE DE L'AIR)
Rafale Air avec Scalp EG (© : ARMEE DE L'AIR)

Rafale Air avec pod Reco-NG  (© : EMA)
Rafale Air avec pod Reco-NG (© : EMA)

Rafale Air tirant des leurres  (© : ARMEE DE L'AIR)
Rafale Air tirant des leurres (© : ARMEE DE L'AIR)

Depuis un mois et demi, les autorités indiennes scrutent à la loupe les missions réalisées par les deux avions contre les forces du colonel Kadhafi. A ce titre, l'appareil de Dassault Aviation a marqué des points. Depuis le territoire français ou le porte-avions Charles de Gaulle, les appareils de la Marine nationale ont démontré l'ensemble de leurs capacités. Le Système de Protection et d'Évitement des Conduites de Tir du Rafale (SPECTRA) a donné toute satisfaction contre la défense anti-aérienne libyenne, alors que les appareils tiraient avec succès des missiles de croisière Scalp EG, des bombes guidées laser et des Armements Air-Sol Modulaires. Lors d'une mission d'attaque au sol, un Rafale a notamment détruit, à l'impact, un char libyen, après avoir tiré un AASM à plus de 55 kilomètres. L'avion français a également utilisé avec succès sa nacelle de désignation d'objectif Damoclès, ainsi que son nouveau pod Reco NG, qui lui permet de mener des missions de reconnaissance et de transmettre en direct ses informations à sa base, via liaison de données.

Eurofighter Typhoon tirant une bombe  (© : DROITS RESERVES)
Eurofighter Typhoon tirant une bombe (© : DROITS RESERVES)

L'Eurofighter doit encore faire ses preuves

Le Rafale, actuellement en service dans sa version F3, fera l'objet de nouvelles évolutions dans les années à venir. C'est le cas pour le radar à antenne active (AESA), mais aussi du missile air-air à longue portée Meteor. L'Eurofighter, de son côté, doit encore faire ses preuves dans un certain nombre de domaines. Contrairement au Rafale, développé dès l'origine comme une plateforme polyvalente (« omnirôle » comme on dit chez Dassault), l'Eurofighter, conçu par EADS, BAE Systems et Alenia pour le compte du Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, était, initialement, limité aux missions de défense aérienne. Pour répondre aux demandes des forces armées et des clients export, une capacité air-sol a été développée. Et, le 12 avril dernier, deux Typhoon de la Royal Air Force ont profité de l'intervention en Libye pour délivrer en situation de combat leurs premières bombes, soit deux Paveway II, tirées sur des véhicules libyens. Toutefois, la Cour des comptes britannique estime qu'une capacité d'attaque au sol complète ne sera pas atteinte avant 2018. Les magistrats britanniques, qui ont sévèrement épinglé le programme, ont également critiqué la dérive des coûts de l'Eurofighter (+75% depuis son lancement) qui a conduit la RAF à réduire sa cible d'acquisition (160 au lieu de 232).

Eurofighter Typhoon  (© : DROITS RESERVES)
Eurofighter Typhoon (© : DROITS RESERVES)

Face à ce concurrent, le Rafale jouit actuellement sur un plan technique, de l'avis des spécialistes, de sérieux avantages. Les différentes rencontres et exercices de combat aérien menés ces dernières années ont, selon les militaires français, donné la majorité du temps l'avantage au Rafale, qui présente en outre, contrairement à l'Eurofighter, un tableau de chasse conséquent en Afghanistan et en Libye. L'appareil français est, de plus, le seul à pouvoir être embarqué sur porte-avions, le Typhoon n'étant pas « navalisable ». Même si l'Inde a pour le moment fait le choix d'acquérir des porte-avions à tremplins pour la mise en oeuvre d'avions à décollage court et appontage par brins d'arrêt (MiG-29K), l'option Rafale permettrait, à l'avenir, de pouvoir adopter des porte-avions à catapultes.

Rafale M survolant le Charles de Gaulle (© : ALEXANDRE PARINGAUX)
Rafale M survolant le Charles de Gaulle (© : ALEXANDRE PARINGAUX)

Malgré les atouts indéniables de leur champion, les Français se doivent, néanmoins, d'être très prudents et d'aborder ce marché avec humilité. Car, on le sait bien, ce genre de contrat ne se joue pas uniquement sur les performances des matériels proposés. La décision sera également, en très grande partie, conditionnée par des considérations politiques et financières. En plus des pays impliqués dans le programme, l'Eurofighter a déjà été vendu à l'Arabie Saoudite et l'Autriche (respectivement 72 et 15 avions), alors que le Rafale n'a pas encore trouvé preneur à l'export. Dans le cas indien, les montages proposés en matière de transfert de technologie seront également fondamentaux, l'objectif de New Delhi étant d'obtenir les plus grandes retombées économiques possibles sur l'industrie aéronautique indienne.

Rafale M  (© : EMA)
Rafale M (© : EMA)

Plusieurs prospects en vue

En service depuis 2001 (au standard F1) et depuis fin 2009 au standard F3, le Rafale peut mettre en oeuvre des missiles air-air (Mica EM et IR), des armements air-sol (AASM, GBU, Scalp EG), le missile antinavire Exocet AM39, le missile nucléaire ASMP-A, le pod Reco-NG ou encore des bidons supplémentaires pour le ravitaillement en vol. Il doit être livré à 234 exemplaires pour l'armée de l'Air et 60 pour la marine. Pour le moment, l'avion de Dassault a subi quelques revers commerciaux, tenant essentiellement à des raisons politiques et stratégiques. Ainsi, à Singapour, l'offre française n'a pas pesé lourd contre le rouleau compresseur américain. Au Brésil, les jeux semblaient très ouverts en 2009, le Rafale ayant la préférence du président Lula. Mais le contrat n'a pas pu être signé avant que le chef de l'Etat brésilien ne cède sa place à Dilma Roussel, arrivée aux affaires en janvier 2011. Le marché, qui porte sur 36 avions (pouvant déboucher sur une centaine d'appareils), a été retardé. Les pressions de Washington sont très fortes pour imposer le F/A-18 et le camouflet subit par les Américains en Inde devrait exacerber encore un peu plus la compétition. En parallèle, les Suédois demeurent en embuscade avec le Gripen, jouant notamment sur les difficultés budgétaires brésiliennes pour valoriser leur avion, moins onéreux que ses concurrents.
Le Rafale était également proposé à la Libye (14 avions) mais l'intervention militaire de la coalition a, bien évidemment, remis le projet en cause. Toutefois, à défaut d'un contrat, l'opération a permis aux Français de démonter les capacités de leur appareil contre une force armée constituée.
Enfin, Paris négocie avec les Emirats Arabes Unis le remplacement de leurs Mirage 2000-9 par 60 Rafale. Pour Dassault, le projet émirien est très intéressant puisqu'il comporte des perfectionnements significatifs pour le Rafale. Il faudrait notamment équiper l'appareil de moteurs plus puissants que les M88 des modèles français, afin d'obtenir une meilleure poussée, compatible avec un emploi en zone très chaude et dans un petit pays nécessitant une très grande rapidité d'intervention en cas d'interception. Mais, là aussi, les Français font face aux Etats-Unis, qui ne ménagent pas leur peine pour placer leurs avions.

Rafale Air  (© : EMA)
Rafale Air (© : EMA)

Dassault Aviation