Marine Marchande
Le Sea-Watch 3 accoste à Lampedusa, sa capitaine arrêtée

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Le Sea-Watch 3 accoste à Lampedusa, sa capitaine arrêtée

Marine Marchande

Comme elle l’avait annoncé, Carola Rackete, capitaine du Sea-Watch 3, a décidé de forcer le blocus des autorités italiennes et d’accoster à Lampedusa, où le navire de sauvetage de l’ONG allemande Sea-Watch est entré dans la nuit de vendredi à samedi. A bord, une quarantaine de migrants sauvés 17 jours plus tôt au large de la Libye et qu’il devenait urgent de débarquer (plusieurs autres l'avaient été déjà les jours précédents pour des raisons médicales). Pendant deux semaines, l’association a tenté de trouver une solution pour les mettre à l’abri et a même essayé de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg pour lui demander des mesures provisoires et la désignation d'un port sûr. La juridiction n'a cependant pas pu intervenir, puisqu'elle ne peut être compétente sur un recours formé par des particuliers en première instance. 

Un bras de fer s’est alors engagé entre Rome et l’ONG allemande, dont le navire a pénétré mercredi dernier dans les eaux territoriales de Lampedusa. Mais il avait été stoppé par l’intervention de vedettes des autorités italiennes, l’empêchant d’entrer dans le port. Carola Rackete est alors devenue la cible de Matteo Salvini. Malgré les injonctions et menaces du ministre italien de l’Intérieur, elle a donc décidé de passer en force, appuyant sa décision sur le droit international relatif à la sauvegarde de la vie humaine en mer. « Nous attendons encore et toujours une solution qui ne se dessine malheureusement pas. C'est pourquoi j'ai maintenant moi-même décidé d'accoster dans le port »,a-t-elle expliqué vendredi dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. L’entrée s’est faite à la faveur de la nuit. Une vedette italienne a tenté de s’interposer mais elle a été obligée de se retirer précipitamment, ne faisait pas le poids face au Sea-Watch 3 et la détermination de son commandant.

La jeune capitaine allemande de 31 ans, après l’accostage, a été interpelée par la police. Elle devrait être poursuivie pour complicité à l’immigration clandestine et refus d’obtempérer face aux injonctions d’un navire militaire. Elle risque une forte amende et jusqu’à 10 ans de prison selon les media italiens. La précédente capitaine du Seawatch 3, Pia Klemp, va d’ailleurs être jugée par un tribunal italien. Soupçonnée « d'aide et de complicité à l'immigration illégale » de 2016 à 2017, elle encourt jusqu'à 20 ans de prison. 

Quant aux migrants du Sea-Watch 3, ils ont été finalement débarqués samedi et transférés dans un centre d’accueil de Lampedusa. Le gouvernement italien a indiqué que cinq pays, l’Allemagne, la Finlande, la France, le Luxembourg et le Portugal étaient disposés à les accueillir.

La France a rappelé que la politique italienne de fermeture des ports est contraire au droit maritime (notion de port sûr le plus proche), alors que l'Allemagne, dont Carola Rackete est une ressortissante, a renouvelé une position très ferme contre la criminalisation du sauvetage en mer. Matteo Savini a lui rapidement répondu en poposant notamment, suite à la réaction française, d'inviter les navires des ONG à débarquer les migrants à Marseille ou en Corse. 

 

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