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Marine Marchande

Actualité

Le SeaFrance Molière arrive à Dunkerque

Marine Marchande

Après avoir été occupé en fin de semaine dernière par les marins CGT à Marseille, l'ex-Jean Nicoli, racheté en décembre par SeaFrance, est arrivé ce matin à Dunkerque. On devrait connaître, dans la foulée, le nom du chantier retenu pour effectuer sa refonte. Bien que les Arno soient évoqués, on assurait la semaine dernière chez SeaFrance que rien n'était joué. Estimé à 15 millions d'euros, les travaux seront consacrés à la mise aux standards de la compagnie, notamment au niveau des emménagements. Les cabines réservées aux passagers, qui n'ont aucune utilité sur une traversée transmanche d'une heure et demie, seront remplacées par des espaces publics plus vastes. Comme les autres navires de la flotte, le futur SeaFrance Molière disposera de deux bars, deux restaurants, une grande boutique et, pour les chauffeurs routiers, un restaurant et un espace de repos. La capacité en passagers sera portée à 1200 personnes, contre 730 aujourd'hui. La propulsion gagnera en puissance, tant au niveau des moteurs principaux que des propulseurs, afin de permettre au bateau d'opérer en toute sécurité dans le détroit et les deux ports, où les manoeuvres sont réputées délicates. Le Molière, qui devra assurer cinq allers-retours quotidiennement, ne naviguera toutefois pas à sa vitesse maximale actuelle (28 noeuds) afin de réduire la consommation en combustible. La refonte portera enfin sur la modification de l'avant du navire, qui devra pouvoir charger et décharger sur deux niveaux à Calais comme à Douvres. La capacité des garages sera de 660 voitures ou une centaine de pièces de fret. Fin juin, le ferry sera remis en service puis, après une série d'essais dans les deux ports, auxquels il faudra ajouter l'avitaillement, doit débuter ses rotations le 1er juillet.

Du Sperfast X au SeaFrance Molière en passant par le Jean Nicoli et le projet Jeanne d'Arc

Long de 203 mètres pour une jauge de 28.000 tonneaux, l'ex-Jean Nicoli a été construit en 2002 aux chantiers HDW de Kiel, en Allemagne. D'abord opéré en tant que Superfast X entre Zeebrugge et Rosyth, il avait été acheté au prix fort (112 millions d'euros) par Veolia Transport à l'été 2006. Nouvel actionnaire de la SNCM, fraîchement privatisée, le groupe avait décidé d'acquérir ce ferry au moment où la Compagnie Méridionale de Navigation (CMN) s'était rapprochée de Corsica Ferries, en vue de remporter la délégation de service public pour la desserte maritime entre Marseille et les ports corses. Or, pour remporter l'appel d'offre seule, la SNCM devait impérativement augmenter les capacités de sa flotte. L'achat du bateau, devenu Jean Nicoli, n'avait finalement pas été utile, la Méridionale renouvelant finalement son accord avec son partenaire historique. Depuis, Veolia cherchait un acquéreur. Convoité un temps par la marine, qui envisageait de le transformer en navire école pour remplacer la Jeanne d'Arc, le Nicoli sera finalement acheté en décembre 2007 par SeaFrance. Initialement, la compagnie de Calais souhaitait une unité neuve. Toutefois, la saturation des chantiers et la hausse du coût de la construction lui imposait un budget, trop élevé, de 150 à 200 millions d'euros. Et, dans le même temps, le nouveau ferry n'aurait pas pu être livré avant 2011. Dans ces conditions, SeaFrance a saisi l'opportunité d'acquérir d'occasion un navire récent et d'un gabarit équivalent aux Rodin et Berlioz, entrés en service en 2003 et 2005.

Dernier soubresaut de l'« ère SNCM »

Attendant la fin des contrats d'affrètement sous lesquels le Jean Nicoli était opéré ces derniers mois, SeaFrance a pris possession le 1er avril de son navire, alors amarré à Marseille. Mais le ferry, qui devait appareiller jeudi pour rejoindre Dunkerque, a été occupé par des marins CGT de la SNCM. Selon SeaFrance, ces derniers réclamaient un « renouvellement de la flotte de la SNCM et la participation des compagnies méditerranéennes SNCM et CMN aux autoroutes de la mer ». Après avoir fait constater par huissier l'occupation de son bateau, dont l'appareillage a été empêché par une centaine de personnes, Eudes Riblier a tapé du poing sur la table. « Cette prise d'otage est scandaleuse. Nous sommes retenus pour des sujets qui ne concernent en rien SeaFrance et nous mettrons en oeuvre tous les moyens pour libérer notre navire et faire valoir nos droits », déclarait vendredi le président du directoire de SeaFrance. Assigné en référé, le syndicat a été condamné par le tribunal de grande instance de Marseille à évacuer le navire, avec 1000 euros d'astreinte par heure de retard. « On peut noter en particulier dans la décision que l'impossibilité pour le navire d'appareiller constitue une voie de fait et un trouble manifestement illicite ; Le Syndicat CGT des Marins de Marseille est responsable de cette action qui s'apparente à de la piraterie », affirme SeaFrance. Après cet ultime soubresaut en Méditerranée, l'ex-Jean Nicoli et futur Molière a quitté le port vers 15 heures pour faire route vers Gibraltar puis l'Atlantique, la Manche et enfin le détroit.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)