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Le second îlot du porte-avions HMS Queen Elizabeth posé

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L’imposant portique Goliath du chantier Babcock de Rosyth, en Ecosse, a procédé le 28 juin à la pose de l’îlot arrière du nouveau porte-avions britannique. D’un poids de 753 tonnes, cette structure, longue de 32 mètres, large de 21 mètres et haute de 31 mètres, est l’un des derniers blocs constituant le plus grand bâtiment de guerre réalisé jusqu’ici en Europe. En fait, le montage de la coque est désormais achevé. Il ne reste plus, pour les parties les plus visibles, qu’à poser les mâts et, à l’avant, le tremplin qui servira au décollage des avions F-35B. Cette structure sera intégrée au pont d’envol d’ici la fin de l’année, la mise à flot du HMS Queen Elizabeth étant prévue en 2014.

 

 

L'îlot arrière soulevé par le portique Goliath du chantier Babcock de Rosyth (© : ACA)

L'îlot arrière soulevé par le portique Goliath du chantier Babcock de Rosyth (© : ACA)

 

Pose de l'îlot arrière (© : ACA)

Pose de l'îlot arrière (© : ACA)

 

Pose de l'îlot arrière (© : ACA)

Pose de l'îlot arrière (© : ACA)

 

Le HMS Queen Elizabeth le 28 juin à Rosyth  (© : ACA)

Le HMS Queen Elizabeth le 28 juin à Rosyth  (© : ACA)

 

 

Portée par l’Aircraft Carrier Alliance (ACA), regroupant BAE Systems, Babcock, Thales UK et le ministère britannique de la Défense, la construction du nouveau porte-avions et de son sistership, le futur HMS Prince of Wales (dont la première tôle a été découpée en mai 2011), a été confiée à cinq différents chantiers, dont Rosyth, qui assure l’assemblage. Les autres sites (les établissements BAE System de Barrow, Glasgow et Portsmouth, ainsi que celui de Babcock à Appledore) ont fourni différents méga-blocs, transférés par barge en Ecosse afin d’être assemblés les uns aux autres.  

 

 

Construction par méga-blocks (© : ACA)

Construction par méga-blocks (© : ACA)

 

L'îlot arrière transporté par barge depuis Glasgow (© : ACA)

L'îlot arrière transporté par barge depuis Glasgow (© : ACA)

 

 

284 mètres de long, 65.000 tonnes et 40 aéronefs

 

 

Après sa mise à l’eau et son achèvement à flot, le HMS Queen Elizabeth devrait débuter ses essais en 2016. Le bâtiment, qui sera basé à Portsmouth, présentera une longueur de 284 mètres pour une largeur de 73 mètres et un déplacement de 65.000 tonnes en charge. Son pont d’envol, d’une surface de 16.000 m², sera relié à un vaste hangar (169 mètres de long pour 29 mètres de large avec une capacité d’accueil de 20 avions) par deux ascenseurs pouvant lever 70 tonnes, soit deux F-35B chacun. En tout, 40 aéronefs, dont 36 avions, pourront être mis en œuvre par le bâtiment, armé par un équipage d’environ 1500 personnes (dont 700 pour le groupe aérien embarqué). Les F-35B apponteront verticalement et seront lancés au moyen du tremplin, appelé « sky jump » par les Anglo-Saxons.

On notera que le HMS Queen Elizabeth et le HMS Prince of Wales seront les premiers porte-avions modernes à disposer de deux îlots (celui situé à l’avant étant plutôt dédié à la navigation et celui logé à l’arrière accueillant notamment les fonctions de gestion du pont d’envol et de l’activité aérienne).

 

 

Les futurs HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales mettront en oeuvre des F-35B (© : ACA)

Les futurs HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales mettront en oeuvre des F-35B (© : ACA)

 

 

Armement léger et propulsion électrique

 

 

L’armement sera plutôt léger car uniquement dédié à l’autodéfense rapprochée (systèmes Phalanx, artillerie légère télé-opérée), la Royal Navy confiant la défense de ses porte-avions aux destroyers, frégates et sous-marins d’escorte. Les équipements électroniques comprendront notamment un radar de veille longue portée SMART-L, ainsi qu’un radar tridimensionnel ARTISAN 3D.

Capables d’atteindre la vitesse de 25 nœuds, les nouveaux porte-avions seront équipés chacun de deux turbines à gaz MT30 (Rolls-Royce), d’une puissance unitaire de 36 MW, et disposeront d'une propulsion intégrée tout-électrique (IFEP) développée par Converteam, les deux lignes d'arbres dotées d'une hélice de 33 tonnes étant entrainées chacune par deux moteurs asynchrones. L'ensemble de l'appareil propulsif développera 80MW, soit environ 50.000 cv sur chacune des deux lignes d'arbres. 

 

 

Les futurs porte-avions britanniques (© : ACA)

Les futurs porte-avions britanniques (© : ACA)

 

Vue du futur HMS Queen Elizabeth à Portsmouth (© : ACA)

Vue du futur HMS Queen Elizabeth à Portsmouth (© : ACA)

 

 

Pièce maîtresse des futures capacités britanniques de défense

 

 

Après une période très difficile pour la Royal Navy, étrillée par les restrictions budgétaires (qui ont notamment conduit au désarmement prématuré, début 2011, du porte-aéronefs HMS Ark Royal et des avions embarqués Harrier), les Britanniques attendent avec impatience l’entrée en flotte de leur nouveau porte-avions. « Le HMS Queen Elizabeth sera au centre des capacités britanniques de défense au cours des 50 prochaines années », souligne contre-amiral Steve Brunton, directeur des acquisitions de navires outre-manche. « Ce bâtiment sera absolument unique et, combiné avec les autres atouts des forces armées, apportera au Royaume-Uni un niveau de capacité sans précédent pour protéger les intérêts britanniques et apporter un soutien humanitaire partout dans le monde ». Même si le projet de modifier le design afin d’ajouter des catapultes et brins d’arrêt pour la mise en œuvre du F-35C (qui dispose d’une meilleure autonomie et de capacités d’emport d’armements supérieures au F-35B, limité par le carburant dépensé pour les appontages verticaux) a été annulé pour des questions de coûts, le HMS Queen Elizabeth va redonner à la flotte britannique un véritable potentiel de projection de puissance depuis la mer.

 

 

Le futur groupe aéronaval britannique, avec T45 et SNA du type Astute (© : ACA)

Le futur groupe aéronaval britannique, avec T45 et SNA du type Astute (© : ACA)

 

 

Un outil que la Royal Navy avait perdu à la fin des années 70 lorsque les porte-avions classiques avaient été abandonnés au profit de petits porte-aéronefs aux capacités limitées, initialement conçus pour l’escorte de convois (la classe Invincible, comprenant notamment le HMS Ark Royal). La marine britannique va, de plus, disposer de deux porte-avions (seul le HMS Prince of Wales aurait été modifié si la version avec F-35C avait été retenue, le HMS Queen Elizabeth servant alors uniquement de porte-hélicoptères), ce qui assurera une disponibilité permanente de son groupe aéronaval, même si l’un des porte-avions est immobilisé ou en arrêt technique. Quant au reste du groupe aéronaval britannique, il va bénéficier de la mise en service de nouvelles unités. Les six destroyers lance-missiles du type 45 naviguent désormais tous, alors que les deux premiers sous-marins nucléaires d’attaque du type Astute (7 prévus) ont été livrés et seront opérationnels en 2014. Le reste du corps de bataille repose sur les 13 frégates du type 23, en cours de modernisation et dont le remplacement est d’ores et déjà programmé à partir de 2021 avec les nouvelles frégates du type 26.

 

 

Le projet français de PA2 dérivé des porte-avions britanniques (© : DCNS)

Le projet français de PA2 dérivé des porte-avions britanniques (© : DCNS)

 

 

Ce que la France aurait pu avoir…

 

 

Pour mémoire, un troisième bâtiment dérivé des HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales (avec piste oblique, brins d’arrêt et catapultes pour la mise en œuvre de Rafale et Hawkeye) devait être réalisé par la France dans le cadre d’un accord de coopération signé en 2006. Ce projet, qui visait une livraison du « PA2 » à partir de 2015, a néanmoins été abandonné en 2008 par le gouvernement français pour des questions budgétaires. En voyant le HMS Queen Elizabeth devenir aujourd’hui réalité, on ne peut évidemment, en tant que Français, que penser à ce qu’aurait été le PA2. Car, si ce projet avait été maintenu, une coque à peu près au même niveau d’achèvement serait actuellement en construction à Saint-Nazaire, ce qui aurait au passage bien arrangé le chantier et ses sous-traitants, confrontés depuis des mois à un important creux de charge. L’histoire en aura donc voulu autrement. Au-delà du manque de travail pour Saint-Nazaire, la décision prise il y a cinq ans par le président Sarkozy a pour conséquence de priver durablement la France de la permanence de l’un des outils majeurs de son armée et de sa diplomatie. Il est en effet trop tard, désormais, pour relancer le programme de second porte-avions, le Charles de Gaulle étant déjà en service depuis 12 ans. Le seul espoir, pour la Marine nationale, est que la situation économique s’améliore au cours des 15 prochaines années, afin que le projet de futur porte-avions, qui doit assurer la succession du CDG, comprenne cette fois deux bâtiments. En attendant, la France et sa marine n’ont plus qu’à espérer qu’elles n’auront pas besoin de leur unique porte-avions lorsque celui-ci sera en arrêt technique. 

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