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Le second porte-avions renvoyé à 2007 ?

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Le second porte-avions renvoyé à 2007 ?

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Vendredi dernier, lors du 28ème sommet franco-britannique de Paris, Jacques Chirac et Tony Blair ont annoncé, à propos des porte-avions en coopération, un « lancement de programme en 2007 ». Le chef de l’Etat et le premier ministre britannique ont estimé que le dossier était « essentiel pour la France, le Royaume-Uni et l'Europe. Les porte-avions constituent une capacité de défense importante qui renforcera notre aptitude à agir ». La date de 2007 suscite toutefois des interrogations, d’autant que l’Elysée n’a pas donné plus de précisions quant à la période où pourrait être signé le contrat. Jusque là, la notification était prévue, au plus tard, fin 2006. Du côté français, le programme connaîtra dans quelques jours une étape cruciale, avec la revue de conception interne, qui marquera la fin des études d’adaptation du navire britannique aux besoins de la Marine nationale. Une offre doit, ensuite, être présentée dans la troisième semaine de juillet à la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) par DCN, Thales. Malgré cette incertitude sur le calendrier, les industriels se veulent rassurants : « Nous restons dans le planning fixé », explique une source proche du dossier. Une commande avant la fin du mois de décembre est pourtant fortement souhaitée.

Une affaire très politique

La notification du contrat en 2007 serait, en effet, problématique à plusieurs titres. Le premier est d’ordre politique avec, en toile de fond, la présidentielle de mai, et les difficultés budgétaires du pays. Porté par Jacques Chirac et son ministre de la Défense, le second porte-avions ne fait pas l’unanimité au sein de la majorité, ni à gauche. Bien que des dizaines de milliers d’emplois en dépendent, « Il faut baisser notre budget de la Défense », affirme sans détour François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, dans son livre Devoir de Vérité. Lundi, à l’occasion d’Eurosatory, Michèle Alliot-Marie a répondu aux sceptiques du PS mais aussi de son propre camp : « quand j'entends que l'on n'a pas besoin d'un second porte-avions, je suis extrêmement inquiète. Dans les débats qui vont intervenir dans les mois qui viennent, je ferai entendre ma voix ». Aux yeux des industriels, la meilleure façon de sécuriser les programmes reste encore de les signer, et de les signer le plus vite possible. Dans le cas du PA2, un peu plus de 920 millions d’euros d’autorisation d’engagement sont prévus dans le budget 2006, un éventuel report à l’année suivante n’étant pas acquis. « C'est la dernière année où nous aurons les moyens financiers des ambitions fixées », explique-t-on dans les couloirs de l'Hôtel de Brienne.

Zone rouge au second semestre

Techniquement, le renvoi à 2007 du second porte-avions pourrait avoir des conséquences sur le programme. Si la mise sur cale n'est prévue qu’en 2009, certains éléments, dont les délais de production sont particulièrement longs, doivent être commandés dans les tous prochains mois. On parle, notamment, des deux catapultes à vapeur C 13-2, réalisées aux Etats-Unis. Des équipements de chaufferie seraient également concernés, ce qui fait dire à un proche du dossier : « Il est vrai que nous atteignons une zone rouge à l’été ». Pour l’industrie, il n’est évidemment pas question d’avancer le moindre euro, sans certitude que le projet voit le jour. La disponibilité d’une cale reste, par ailleurs, un sujet pour lequel DCN et Thales se montrent vigilants. Si le PA 2 est construit, sa coque sera réalisée aux ex-Chantiers de l’Atlantique, aujourd’hui Aker Yards France. Or, si la forme de construction de Saint-Nazaire est, pour le moment, libre en 2009, l’entreprise espère décrocher très prochainement une à deux commandes de paquebots, dont un navire à mettre sur tins dans trois ans. Pour le second porte-avions, une ultime menace se profile, et non des moindres. Dans un contexte de réductions budgétaires importantes, l’Etat pourrait bien être tenté de faire un choix entre ce bâtiment et les six sous-marins nucléaires du type Barracuda, dont la commande est, elle aussi, attendue en fin d’année.
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Voir la fiche technique du PA2

Voir la fiche technique du CVF


Naval Group (ex-DCNS)