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Le service de transport fluvial FlexiLoire officiellement inauguré cette semaine

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C'était une demande récurrente, soustraire du trafic routier entre Nantes et Saint-Nazaire en développant le trafic fluvial. Après plusieurs expériences il y a de cela quelques années, un nouveau projet a vu le jour en 2018. Son nom : FlexiLoire. Il s'agit d'un service émanant de la volonté de Nantes Métropole, de la CARENE - Saint-Nazaire Agglomération et du Port de Nantes Saint-Nazaire. Mercredi 18, c'était l'inauguration de ce nouveau service en présence des élus et responsables économiques. L'opérateur de la ligne qui a été choisi est la Compagnie Ligérienne de Transport (CLT), une filiale de la Compagnie Fluviale de Transport, leader français en la matière.

 

Un service pour colis lourds et volumineux en attendant le transport de conteneurs

Le principe est simple dans l’absolu. Transporter des colis XXL sur une barge spéciale entre le terminal de Cheviré au sud-ouest de Nantes et le terminal de Montoir à l’est de Saint-Nazaire. Les deux sites disposent de pontons rouliers qui permettent le chargement et le déchargement de camions. Restait à mettre en place la désserte. C’est chose faite depuis le 16 janvier. Dans le cadre de FlexiLoire, la CLT opère une barge ro-ro, appelée Jules Verne, aidée d’un pousseur. Comme nous avons pu le constater sur place mercredi, l’attelage peut embarquer deux camions aux dimensions hors gabarit sans le moindre problème. L’intérêt de ce service est évident, d’autant que la nuit, les convois exceptionnels par la route peuvent être interdits pour raison de sécurité. Ce n’est pas le cas sur la Loire. « Notre service permet de prendre en charge la production d’un industriel réalisée en journée pour l’acheminer la nuit par exemple », indique Lénaick Le Faou, directrice de CLT.

 

Barge Jules Verne (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

CLT était déjà actif depuis plusieurs années sur la Loire. Le service FlexiLoire ne fait que renforcer sa présence. Les collectivités locales apportent un soutien financier pour le développement du programme. L’objectif étant de faire décoller le nombre de rotations et de marchandises transportées. « Nous pouvons effectuer des rotations tous les jours ouvrés. Nous avons encore des capacités disponibles », rappelle Lénaick Le Faou. En effet, en plus de la barge Jules Verne, l’opérateur peut utiliser trois autres barges adaptées aux colis lourds (jusqu’à 1800 tonnes), aux conteneurs (176 EVP) et aux vracs secs (3600 m3).

 

La barge Le Pacifique peut transporter 176 conteneurs EVP (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Pousseur Val d'Argoat (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

À terme, ce sont donc d’autres marchandises qui peuvent être prises en charge par le transporteur. Outre les colis lourds, il y a d’abord le transport de vracs secs comme les matériaux de construction et les déchets des chantiers du BTP. L’île de Nantes toute proche est en pleine métamorphose urbanistique et devrait voir de nombreux grands projets se réaliser comme le probable futur CHU. Et puis il y a un objectif qui tient à cœur aux différents porteurs du projet, le transport de conteneurs. Jusque-là, le fluvial sur la Loire n’avait pas réussi à tirer son épingle du jeu par rapport au transport routier. CLT espère que la complémentarité de son offre et le soutien des collectivités permettront d’être compétitif sur ce segment. La société table sur 2019 pour le lancement du trafic conteneurs.

 

L’apport crucial d’Airbus

Si le projet semble évidement, il lui faut un moteur pour l’entraîner du bon côté de la barrière. Airbus a décidé d’être cette locomotive. L’avionneur est déjà un intense utilisateur du trafic fluvial puisqu’il a été à l’origine de 70 convois l’année dernière. La différence vient cette fois-ci de l’engagement pris pour monter à 240 chargements par an. Un plan de charge important et régulier pour FlexiLoire dans sa quête de rentabilité financière. Pour le constructeur aéronautique, être partenaire du fluvial est logique et nécessaire « Nous montons en cadence dans plusieurs programmes aéronautiques. De nombreuses pièces de grandes dimensions transitent entre notre usine de Bouguenais et notre site d’assemblage de Montoir-de-Bretagne. Pour nous, c'est un investissement logique », explique Pierre Vermande, le chef de la logistique terrestre et des transports surdimensionnés chez Airbus.

 

 

Airbus est déjà connu pour utiliser le fluvial ailleurs en Europe. Et le transport par voie maritime reste prépondérant dans sa stratégie. Ainsi, l’alimentation en pièces détachées des usines extra européennes du groupe se fait par bateau. Montoir-de-Bretagne va devenir à partir du mois de mai prochain, le hub logistique pour toutes les pièces et morceaux de fuselage à destination de l’usine américaine Airbus de Mobile en Alabama. Le port nazairien va donc réceptionner des éléments venant de toute l’Europe pour les envoyer aux États-Unis. De son côté Hambourg servira de hub équivalent pour l’usine chinoise du groupe (Harbin).

 

D’autres potentiels clients sont intéressés

Airbus, malgré son engagement, ne suffira pas à rendre la ligne totalement viable. CLT cherche déjà d’autres clients, qu’ils soient pour des liaisons entre Cheviré et Montoir ou pourquoi pas entre d’autres endroits de la Basse-Loire comme Indret avec l’usine de Naval Group, Couëron et ses usines sidérurgiques, le terminal de Roche Maurice et ses vracs secs en face Cheviré, etc. En tout, neuf sites pouvant être desservis dans le futur entre Nantes et Saint-Nazaire ont été identifiés.

Lors de l’inauguration, deux entreprises étaient présentes pour témoigner de leur intérêt pour la démarche. Le groupe de BTP et d'immobilier Legendre tout d’abord, qui va ouvrir un entrepôt logistique de 24.000 m2 à Cheviré. Ensuite, la société espagnole de vente de matériaux de construction Cupa Stone pourrait être intéressée à l’avenir par FlexiLoire. Elle dispose d’un important centre logistique à Cheviré justement et sa principale agence commerciale se situe à Thouaré-sur-Loire dans la banlieue nantaise. Chaque année, elle fait acheminer 900 conteneurs par la route entre Montoir et Cheviré.

Pour l’instant, ces deux options ne sont que des prospects. Néanmoins, les porteurs du projet ont souhaité communiquer sur la présence d’un dynamisme autour de cette question du transport fluvial ligérien.