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Le SNA Rubis va prendre sa retraite

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Premier sous-marin nucléaire d’attaque français et tête de série d’une classe comprenant six bâtiments, le Rubis va prendre sa retraite à l’aube de ses 34 ans de service.  Basé comme ses sisterships à Toulon, le SNA est attendu en janvier à Cherbourg, a indiqué lors de sa prise de fonction, début septembre, le nouveau commandant de la base navale normande. A l’issue d’une ultime navigation, le Rubis sera désarmé dans le port qui l’a vu naître et intègrera la filière de démantèlement des anciens sous-marins à propulsion nucléaire de la Marine nationale.

Changement de nom

Mis sur cale en décembre 1976 à Cherbourg, le Rubis devait initialement s’appeler Provence, ses deux premiers sisterships ayant également reçu des noms de régions (Bretagne pour le Saphir et Bourgogne pour le Casabianca).  Il fut finalement rebaptisé, en hommage à l’ancien Rubis (1933-1949) qui fit partie des Forces Navales Françaises Libres pendant la guerre et fut fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle. L’ex-Bourgogne reprit quant à lui le nom d’un autre illustre bâtiment français, le Casabianca, l’un des sous-marins parvenus à s’échapper de Toulon en novembre 1942 lors du sabordage des Forces de Haute Mer et qui a poursuivi brillamment la lutte aux côtés des alliés, en ayant en particulier un rôle crucial dans la libération de la Corse.  

Mis à l’eau en juillet 1979, le Rubis est admis au service actif en février 1983. Il ouvre une nouvelle ère pour la sous-marinade française qui ne disposait pas, jusque-là, d’unité d’attaque à propulsion nucléaire, cette technologie étant seulement employée par les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), nettement plus gros, et dont le premier exemplaire, Le Redoutable, fut mis en service en décembre 1971.  

 

L'Améthyste (© : MARINE NATIONALE - M. BREBEL)

L'Améthyste (© : MARINE NATIONALE - M. BREBEL)

 

Les plus petits SNA du monde

Long de 73.6 mètres pour un diamètre de 7.6 mètres et un déplacement de 2670 tonnes en plongée, le premier SNA français est nettement moins gros que ses homologues étrangers, comme les Los Angeles américains (109.7 mètres, 6900 tonnes), les Akula (110.3 mètres, 9200 tonnes) et les Trafalgar britanniques (85.4 mètres, 5200 tonnes).

Le Rubis est en fait le plus petit sous-marin nucléaire d’attaque du monde, les ingénieurs français ayant déployé des trésors d’ingéniosité et profité des évolutions technologiques comme de la miniaturisation des systèmes pour rendre le bâtiment et ses équipements particulièrement compacts. Un atout sur certains points, en particulier opérationnels, mais qui présenta aussi des désavantages, comme un accès plus difficile aux matériels lors des maintenances et réparations.

 

Quatre Rubis à Toulon (© : MARINE NATIONALE - S. DZIOBA)

Quatre Rubis à Toulon (© : MARINE NATIONALE - S. DZIOBA)

 

Les Turquoise et Diamant abandonnés en 1992

Après le Saphir en 1984 et le Casabianca en 1987, la série des "pierres précieuses" s’est allongée avec l’Emeraude (1988), l’Améthyste (1992) et la Perle (1993). Deux autres devaient suivre, les Turquoise et Diamant, mais ils furent abandonnés en 1992 suite à la fin de la guerre froide et aux restrictions budgétaire. Le chantier du premier s’est arrêté malgré sa mise sur cale en 1986. L’une de ses sections de coque,  restée stockée dans un coin de l’arsenal cherbourgeois, servira néanmoins en 1999, lorsqu’il est décidé de l’intégrer en lieu et place de la tranche réacteur du SNLE Le Redoutable, transformé en musée.

Armés par deux équipages de 70 marins (dont 8 officiers) se relayant à bord, les Rubis disposent de quatre tubes de 533mm leur permettant de mettre en œuvre des torpilles lourdes (F17 Mod2 et bientôt F21), des missiles antinavire Exocet SM39 et des mines. Dotés d’un réacteur à eau pressurisée K48, de deux turbo-alternateurs et d’un moteur électrique de propulsion, ces SNA peuvent dépasser 25 nœuds en plongée, la puissance propulsive étant de 7000 kW.

 

La Perle avec un Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE - C. LUU)

La Perle avec un Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE - C. LUU)

 

Des missions très variées

Depuis plus de trois décennies, les Rubis naviguent dans la plupart des grandes zones maritimes du monde, du Grand nord à l’océan Austral, en passant par l’Atlantique, l’océan Indien et bien sûr la Méditerranée. Capables de se déployer loin, longtemps et très rapidement en plongée grâce à leur propulsion nucléaire, les SNA sont conçus pour chasser d’autres sous-marins ou des navires de surface, couper les lignes d’approvisionnement d’un ennemi et perturber ses opérations navales, pouvant aller suivant les pays visés jusqu’à interdire purement et simplement les mouvements d’une marine adverse. C’est typiquement ce qui s’est passé en 1999 pendant la guerre du Kosovo, lorsque les Rubis se sont relayés devant les Bouches de Kotor, empêchant ainsi par leur seule présence la flotte serbe de sortir en Adriatique.

Les principales missions des SNA sont d’assurer la sûreté des SNLE et du porte-avions Charles de Gaulle, mais ils sont aussi, grâce à leur discrétion, largement utilisés pour des missions de renseignement et le déploiement de forces spéciales.

 

Avec les commandos marine (© : MARINE NATIONALE)

Avec les commandos marine (© : MARINE NATIONALE)

 

La relève arrive avec les Barracuda

Des capacités qui vont s’accroître significativement avec les Barracuda, appelés à succéder aux Rubis. Premier de cette seconde génération de SNA français, le Suffren est en achèvement. Il sortira dans les prochains mois du hall de construction de DCNS afin d’être mis à l’eau. Après les essais à quai, les sorties en mer débuteront en vue d’une livraison du bâtiment à la Marine nationale en 2018. Son premier sistership, le Duguay-Trouin, doit suivre en 2020. Puis viendront le Tourville et le De Grasse. La marine a, pour la suite, choisi de perpétuer la tradition puisque les cinquième et sixième Barracuda, qui devaient initialement s’appeler Dupetit-Thouars et Duquesne, seront finalement baptisés Casabianca et Rubis. Ils doivent rejoindre la flotte en 2027 et 2029.

 

Fin de la dernière IPER du Rubis en 2013 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Fin de la dernière IPER du Rubis en 2013 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Dernières IPER en vue

A cette date, tous les SNA actuels auront été désarmés mais, en attendant, ils continueront d’être mis à niveau et modernisés, comme ils l’ont été régulièrement depuis leur mise en service. Les quatre premiers avaient ainsi été refondus entre 1990 et 1995 sur le modèle de l’Améthyste et de la Perle, plus discrets et dotés notamment d’une coque plus hydrodynamique comme de nouveaux senseurs. Ces dernières années, le système de combat, les équipements sonars, les mâts ou encore les contre-mesures ont également été modernisés, de même que la propulsion avec l’adoption d’une pompe-hélice réduisant les phénomènes de cavitation.

 

Le Rubis dans sa configuration initiale (© : DCNS)

Le Rubis dans sa configuration initiale (© : DCNS)

La forme de coque arrivée avec l'Améthyste (© : DCNS)

La forme de coque arrivée avec l'Améthyste (© : DCNS)


La mise en retraite du Rubis dès cet hiver peut paraitre rapide dans la mesure où le Suffren ne sera vraisemblablement pas admis au service actif avant 2020, compte tenu de la complexité que représentent la construction, les essais, la mise au point et la qualification d’un tel prototype. Le Rubis, qui a connu en 2012/2013 sa dernière Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparations (IPER), arrêt technique majeur de 18 mois intervenant normalement tous les 10 ans et comprenant entre autres le rechargement du cœur nucléaire, aurait sans doute pu naviguer encore un peu. L’état-major de la marine en a décidé autrement pour plusieurs raisons. Ce retrait du service permet, par exemple, de « gagner » budgétairement deux équipages alors que le Suffren commencera à naviguer en 2017. Le désarmement du Rubis tient également compte du calendrier de maintenance de l’escadrille des SNA.  Seulement deux des six bâtiments du type Rubis bénéficieront encore d’un arrêt technique majeur leur redonnant une dizaine d’années de potentiel. Il s’agit de l’Améthyste, actuellement en cale sèche à Toulon et qui retrouvera la flotte cet hiver, ainsi que la Perle, qui achèvera son ultime IPER en 2019. Sachant que ces bâtiments et les autres Rubis bénéficieront encore d’arrêt technique intermédiaire (IE longue) jusqu’à leur retraite, la Marine nationale va donc jouer avec le calendrier des maintenances et celui des livraisons de Barracuda pour renouveler ses SNA et maintenir au mieux ses capacités opérationnelles. 

Le fait que le Rubis est resté opérationnel pendant quasiment 34 ans est en tous cas une belle performance, qui prouve la qualité de sa construction et le haut niveau d'entretien du bâtiment comme de ses sisterships. Ces SNA ne devaient en effet pas avoir une durée de vie aussi longue, étant initialement conçus pour naviguer 25 ans. 

Marine nationale