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Le spectre d'une grève nationale plane sur le remorquage

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Le spectre d'une grève nationale plane sur le remorquage

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Les fédérations d'officiers et de marins CGT, CFDT et CGC doivent se réunir ce matin, au Havre, afin d'évoquer les modalités d'un préavis de grève dans le remorquage. Cet appel à cesser le travail pourrait non seulement concerner le port normand, mais également l'ensemble des places françaises. Au coeur du conflit se situe, toujours, les modalités d'armement des remorqueurs de la Société Nouvelle de Remorquage du Havre (SNRH), concurrente de Boluda (anciennement Les Abeilles). Depuis l'arrivée de la SNRH en Normandie, les syndicats ont régulièrement attaqué la société, dénonçant une « distorsion de concurrence », accusation que rejette la filiale du groupe néerlandais Kotug. Dernier épisode en date : Le mois dernier, Alain Bourgeois, délégué CFDT et chef mécanicien, a débuté une grève de la faim de 28 jours, qu'il a cessé mercredi soir. Il dénonce l'organisation du travail à bord des remorqueurs de l'entreprise, son action ayant débuté suite à un conflit avec la direction sur l'attribution de 12 jours consécutifs de congés payés. Alors qu'Alain Bourgeois cessait de s'alimenter, les syndicats ont tenté de négocier avec les pouvoirs publics. « On ne souhaite pas le départ de la SNRH mais nous voulons qu'elle respecte les décisions de justice en cours et l'arrêté préfectoral qui fixe les effectifs globaux », affirme un responsable syndical. Plusieurs réunions ont été organisées avec le préfet, le sous-préfet et la direction des affaires maritimes. Mais chacun semble y aller de son interprétation des textes, un exercice apparemment très délicat. A Paris, on ne semble en tous cas pas vouloir intervenir dans ce dossier aussi épineux qu'explosif. « La préfecture avait l'air favorable à la suspension d'agrément mais cette solution a été rejetée par la DAF, qui craint une action en justice ».

« Balayer nos conventions collectives »

En lieu et place, l'Etat aurait proposé la création d'un groupe de travail pour étudier ce qui peut être considéré, ou non, comme des heures effectives réalisées à bord des navires. Or, cette proposition suscite la plus vive inquiétude chez les syndicats. Elle pourrait, en effet, potentiellement se retourner contre les détracteurs de la SNRH. « Cela revient à rediscuter les conventions collectives et rediscuter les textes pour permettre à la SNRH de rentrer dans les clous ». Face à cette situation, l'intersyndicale a appelé l'ensemble des personnels du remorquage portuaire français à la plus grande vigilance et, éventuellement, à l'action. « Nous avons maintenant la certitude que le but final est de balayer nos conventions collectives (rythme, temps de travail, astreinte, effectifs...) Préparez vous à vous mobiliser dans tous les ports pour défendre les statuts régissant actuellement le remorquage portuaire. Il y va de vos emplois actuels et futurs et de vos conditions de travail qu'on souhaiterait apparemment voir niveler par le bas, et même le très bas. La situation est très grave, ce ne sont plus simplement les revendications de notre collègue en grève de la faim qui sont en cause mais l'avenir de la Profession d'officiers et marins du remorquage tout entier », ont écrit les représentants syndicaux dans un courrier diffusé hier aux quatre coins de l'Hexagone.
Si le prévis de grève est déposé, et si bien sûr il est suivi par la base, le trafic des ports pourrait être perturbé à compter de vendredi prochain.
Le 19 Octobre 2006, après 7 années de batailles juridiques avec les autorités françaises et malgré la farouche opposition des syndicats, la SNRH avait débuté ses activités dans le port du Havre. La société venait de tailler une importante brèche dans le quasi-monopole détenu alors par les Abeilles. Depuis, elle ne cesse de dénoncer les attaques « incessantes » dont elle fait l'objet.

Port du Havre