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Le Swordship, précurseur des marines du futur

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Le Swordship, précurseur des marines du futur

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Comme à chaque salon Euronaval, DCN présente un nouveau concept ship, c'est-à-dire une plateforme rassemblant les technologies en cours de développement et celles pressenties à moyen et long terme. Après les sous-marins futuristes SMX-21 et SMX-22 d’il y à deux ans, l’industriel s’est, cette fois, attaqué aux bâtiments de surface. Avec son « navire épée », le Swordship, DCN, précurseur en matière de furtivité avec les La Fayette (1996), a poussé la réduction de la signature à son paroxysme. « Nous allons le plus loin possible dans la furtivité et, avec le Swordship, on peut pratiquement parler de navire indétectable », explique Michel Accary, directeur Marketing & Nouveaux Produits de DCN. « C’est une technologie très difficile à maîtriser et seuls quelques pays sont capables de construire des navires vraiment performants en la matière. Après les La Fayette, beaucoup ont tenté de réaliser des bâtiments à la signature réduite mais, derrière les apparences des superstructures inclinées, les performances n’ont souvent pas été au rendez-vous ». Extérieurement, le bâtiment pourrait être assimilé à un mariage du destroyer américain DD(X) et du Littoral Combat Ship (LCS) du team General Dynamics / Austal, doté d’une coque catamaran. Toutefois, selon ses concepteurs, le Swordship va plus loin en matière de furtivité. Reprenant le systèmes des antennes planes, développé à partir des années 80 par les Américains, le Sworship ne dispose d’aucun aérien, l’ensemble des senseurs étant disposés dans une mâture unique et parfaitement intégrés à une superstructure pyramidale, sans la moindre aspérité. Le système antennaire ne se limite toutefois pas au bloc passerelle, des antennes radios et HF étant intégrées à l’ensemble de la coque, ce qui permet, au passage, de résoudre les problèmes de compatibilité électromagnétique : « C’est une vision à long terme de ce que peut être un bâtiment de surface et, dans cette perspective, nous atteignons le graal de la furtivité. Grâce à la simulation, on sait que la disparition du navire est faisable », précise Phlippe Goubault, architecte à DCN Ingénierie.

Une passerelle à la Star Trek pour une bataille en réseau

D’une longueur de 145 mètres pour une largeur de 33.6 mètres et un déplacement de 5300 tonnes en charge, le Swordship présente ce qui pourrait être une évolution majeure en matière de conduite du navire. La passerelle, dotée d’une vue à 360 degrés sur l’extérieur, dispose, en son centre, d’un central opération digne d’une salle du Futuroscope. Les opérateurs sont, en effet, entourés par un ensemble d’écrans circulaires donnant une vue virtuelle à 360° de la situation extérieure. Sur ces écrans, qui s’apparentent à certains simulateurs, les officiers pourront lire toutes les informations relatives aux plots détectés, aux forces alliées présentes dans le secteur ou encore aux moyens déployés par le navire, comme un hélicoptère ou des drones. « Le Warship management system doit donner à l’opérateur une visibilité élargie », souligne Philippe Goubault. Dans le concept du Swordship, les engins autonomes ont une place très importante : « Dans le futur, la guerre se fera par moyens déportés et les drones auront de plus en plus d’importance », affirme Jean-Pierre d’Hérouville, responsable des navires de surface à DCN. Le Swordship pourrait embarquer, en plus d’un hélicoptère lourd, trois drone d’1.5 tonne dans un hangar, situé sous la plateforme d’appontage. De plus, la mise en œuvre de deux drones de surface est également prévue. Dans cet horizon lointain, le concept voit la consécration de la guerre en réseau et des « systèmes de systèmes », avec une intégration très poussée de la coordination des navires entre eux, de la mutualisation de leurs moyens de détection et d’intervention, le tout intégrant également les engins déportés, drones aériens (UAV) et sous-marins (USV). Pour les ingénieurs, la poursuite des progrès en matière d’automatisation devrait aboutir, dans une vingtaine d’années, à des bâtiments de 5000 à 6000 tonnes armés par une quarantaine de personnes, soit presque 9 fois moins que sur une frégate comme le Duquesne (1970).

Armement et « Naval shield »

Côté armement, le Swordship reste dans la lignée des navires actuellement construits en matière de missiles. Le bâtiment est doté de lanceurs verticaux, sur l’arrière de la plateforme, dotés de 48 missiles (antinavire, antiaérien, missiles de croisière). Suivant l'exemple américain des DD(X), les ingénieurs français travaillent sur le retour de l’artillerie de gros calibre pour l’attaque de cibles sur le littoral. Dotées d’obus guidés, les futures pièces pourraient être capables de tirer à plus de 150 kilomètres. Une différence d’approche est toutefois constatée avec le destroyer US. Alors que ce dernier sera équipé de deux tourelles simples de 155 mm, le Swordship verrait le retour d’une tourelle triple du même calibre, dispositions qui a disparu après la seconde guerre mondiale, les derniers bâtiments français dotés de ce type de tourelles (en 152 mm) étant les croiseurs du type Georges Leygues (1937 – 1969) et Emile Bertin (1934 – 1959). Un siècle plus tard, les futurs bâtiments de surface pourraient recevoir de nouveau une tourelle triple, avec une dotation de 300 obus en soute. Outre la menace lointaine, un soin tout particulier a été apporté à la défense rapprochée, l’armement lourd n’étant d’aucune utilité contre des commandos ou une attaque terroriste, à l’image d’une opération suicide. Le navire est donc placé dans une bulle de protection rapprochée : « C’est le Naval Shield qui assure une protection dans l’environnement immédiat. L’ensemble des moyens, senseurs et armes à courte portée, sont automatisés et capables de repérer et de traiter une menace à très courte distance, y compris des nageurs. L’ensemble de la surveillance est intégrée dans un rayon de 200 à 300 mètres », explique Philippe Goubault.

Pile à combustible et pump jet

Pour les ingénieurs et architectes navals, le navire du futur sera doté d’une propulsion totalement électrique. Sur le Swordship, deux moteurs électriques d’une puissance totale de 42 MW doivent propulser la plateforme à 30 nœuds, l’énergie étant assurée 4 moteurs diesels (10 MW) et une turbine (45 MW). Là encore, le concept ship doit servir à identifier les évolutions futures et à prédire l’avenir : « Des réflexions sont lancées sur une propulsion électrique utilisant la supraconductivité. De même, les piles à combustible pourraient être utilisées. Nous pensons que demain, ce système sera beaucoup plus performant qu’aujourd’hui », estime Michel Accary. Enfin, toujours côté propulsion, le Swordship serait équipé de pump jet dérivé des pompes hélices actuellement en service sur les SNLE du type Le Triomphant et Vanguard, ainsi que sur les SNA du type Virginia, Seawolf, Trafalgar et depuis peu sur les Rubis. Le Swordship verra-t-il le jour ? Comme l’essentiel des concept ships, probablement pas, du moins pas exactement, bien qu’une coque trimaran miniature du bâtiment ait déjà été testée en bassin d’essais des carènes. Selon Philippe Goubault : « Le but n’est pas de préparer une offre pour demain mais d’avoir une visibilité sur ce que la technologie va apporter. Ainsi, nous adaptons nos projets de R&D pour pouvoir répondre, quand le moment sera venu, à la demande ». Bien que les ingénieurs pressentent les évolutions qui marqueront les prochaines décennies, le coût des recherches nécessaires pour maîtriser ces futures technologies est très lourd, alors que le marché est de plus en plus concurrentiel. Pour Jacques Lebreton, directeur de la technologie et du développement à DCN : « Quand on fait un métier technologique comme le nôtre, la R&D est le moteur du progrès. Il nous faut les têtes, les savoirs manuels et les investissements pour anticiper les besoins. C’est essentiel dans le secteur de la défense, où la concurrence est très rude. Or, contrairement à l’aéronautique, on ne peut pas dire que le naval soit particulièrement gâté par les investissements en recherche et développement du ministère de la Défense ».

Euronaval 2006