Marine Marchande
Le tanker SW Cap Ferrat 1 n’a pas « dégazé » devant les côtes françaises

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Le tanker SW Cap Ferrat 1 n’a pas « dégazé » devant les côtes françaises

Marine Marchande

La préfecture maritime de l’Atlantique a fait savoir hier que les affirmations selon lesquelles le SW Cap Ferrat 1, chimiquier panaméen construit en 2002, aurait effectué des rejets polluants près des côtes charentaises étaient erronées. La rumeur s’est répandue mercredi lorsqu’un chalutier de l’île d’Oléron a alerté le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) d’Etel qu’il observait des rejets suspects depuis ce navire. Des images prises par les pêcheurs ont ensuite été diffusées sur les réseaux sociaux, montrant une « nappe » d’eau très trouble alimentée par un rejet depuis le côté tribord du tanker. Certains ont alors dénoncé un « dégazage » juste devant les côtes françaises, le navire de 183 mètres et 36.000 tonnes de port en lourd se trouvant au mouillage, à une trentaine de milles de Chassiron, au nord d'Oléron.

Un simple déballastage d’eau sédimenteuse

L’enquête menée immédiatement par les services de l’Etat a permis de déterminer la cause réelle de ce rejet. Alerté à 9H45 par les pêcheurs, le CROSS d’Etel a relayé 10 minutes plus tard ce message de suspicion de pollution au CROSS Corsen, qui a ordonné à 10H10 à l’hélicoptère Dauphin de la Marine nationale basé à La Rochelle de s’envoler pour mener des investigations. L’appareil, sur place à 11H30, a pris des photos de la « nappe » et interrogé l’équipage du SW Cap Ferrat 1 sur la nature du rejet. « Aucune pollution n’a été constatée sur zone », ont rapporté les militaires, les marins du tanker expliquant qu’ils procédaient simplement à la vidange des eaux de ballast. Des eaux troubles car chargées de sédiments puisqu’elles avaient été embarquées lors de l’escale du navire au port pétrolier d’Ambès, situé au fond de l’estuaire de la Gironde, là où se rejoignent la Garonne et la Dordogne. Alors que ce port ne dispose pas de station de traitement des eaux de ballast, le SW Cap Ferrat 1 y a déchargé du 1er au 2 novembre 30.000 tonnes de gasoil et compensé en ballastant. Le navire s’est ensuite mis en mouillage d’attente pendant cinq jours près d'Oléron. L’équipage en a profité pour remplacer l’eau très sédimenteuse par de l’eau de mer, afin d’éviter les dépôts d’alluvions fluviales dans ses capacités.

 

 

Demande de contrôle par l’Etat du port

Malgré tout, alors que le SW Cap Ferrat 1 a appareillé dans la journée de mercredi afin de rejoindre l’Europe du nord, les autorités françaises, dans le cadre du Memorandum de Paris, ont fait une demande de contrôle par l’Etat du port à la Suède, où le navire doit se rendre. Ce contrôle sera réalisé à Norrkoping, où le navire devrait arriver le 12 novembre, ou à défaut impérativement lors de son escale suivante.

« Intransigeance des autorités quant aux actes de pollution volontaire »

Suite à cette affaire et aux rumeurs de pollution sauvage qu’elle a engendrées, la préfecture maritime de l’Atlantique, manifestement très agacée, regrette que l'on ait « jeté l'opprobre sur un bateau, donné l’impression que nos eaux ne sont pas surveillées et laissé penser qu’on peut y "dégazer" en toute impunité ». La Premar rappelle que les eaux françaises sont surveillées en permanence, notamment dans le cadre de la lutte contre la pollution. En plus du réseau sémaphorique et des bateaux des différentes administrations assurant l’action de l’Etat en mer, des survols très réguliers sont menés au large par des appareils de la Marine nationale ou encore de la Douane. S’y ajoutent même une surveillance satellitaire, conduite par le système Cleanseanet conçu pour la détection de pollutions et qui dépend de l’agence européenne de sécurité maritime (EMSA). « Les navires qui transitent au large des côtes françaises savent l’intransigeance des autorités quant aux actes de pollution volontaire, qui sont sévèrement réprimés. En plus de tous les moyens mis en œuvre pour détecter d’éventuelles pollutions, le cas du SW Cap Ferrat 1 montre de plus que les signalements provenant des usagers de la mer entrainent une réaction immédiate ».

Suite au renforcement de la surveillance, avec à la clé de nombreux déroutements assortis de fortes cautions et de sévères condamnations des armateurs et capitaines contrevenants devant les tribunaux, les affaires de pollution maritime au large de l’Hexagone ont d’ailleurs quasiment cessé ces dernières années.